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Full text of "Syvain van de Weyer, ministre d'Etat, ancien membre du gouvernement provisoire et ancien ministre plénipotentiaire de Belgique à londres : d'après des documents inédits"

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LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 



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SYLVAIN VAN DE WEYER 

MINISTRE d'ÉTAT 

ANCIES MEMBRE DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE . ET ANCIEN MINISTRE IM.ÉXII'OT ES ITÏ 111! E 
DE BELGIQUE A LONDRES 

D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS 



THÉODORE JUSTE 







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H8ME MAISON A GAND HT A LEIPZIG 

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SYLVAIN VAN DE WEYER. 



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TOCS DROITS RESERVES. 



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LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 



SYLVAIN VAN DE WEYER 

MINISTRE d'ÉTAT 
ancien membre du gouvernement provisoire ET tNClEN ministre plénipotentiaire 

DE BELGIQUE A LONDRES 

D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS 



THÉODORE JUSTE 



II 




C. MUQUARDT 

SÏETSrRrSr J>A:ETtZBA.CÏÎ, STJCCBSSEUE 
MÊME MAISON A GAND ET A LEIPZIG 



1871 



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FR. GOBBAERTS, IMP. DU ROI, SUCCESSEUR D KMM. DEVROYE, 

Bruxelles, 40, rue de Louvnin. 



* 



TABLE. 



VI (1833-1839). — Séjour de M. Van de Weyer à Bruxelles ; il con- 
sent à faire partie d'un nouveau ministère ; cette combinaison 
avorte. — Les anciens amis de M. Van de Weyer. — M. Gende- 
bien ; son duel avec M. Rogier. — Retour à Londres. — Troubles 
à Bruxelles (avril 1834). - Le parti orangiste. — Mort du premier 
prince royal. —Vive discussion avec le prince de Talleyrand.— 
Jugement du roi Léopold sur Talleyrand. — Le duc de Wellington 
forme un nouveau ministère. — Informations rassurantes adres- 
sées par M. Van de Weyer au roi Léopold. — Recommandation du 
roi à son représentant près la cour de Saint-James. — M. Van de 
Weyer dans le Wiltshire et dans le Herdfordshire ; la vie de 
campagne en Angleterre. - Lady Morgan. - Important entretien 
avec le duc de Wellington. — Les wliigs reprennent le pou- 
voir (1835). — Le roi Léopold charge M. Van de Weyer de trans- 
mettre des paroles de gratitude au duc de Wellington, à sir Robert 
Pee) et à lord Aberdeen. - Lord Palmerston met le cabinet de 
Bruxelles en garde contre les exagérations du système prolecteur. 
— Le roi Léopold, ne pouvant se rendre lui-même en Portugal 
avec son neveu, le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg, prie 
M. Van de Weyer de le remplacer. — Reconnaissance de la 
Belgique par la Sublime Porte. — Au mois de mars 1836, M. Van 
de Weyer s'embarque pour Lisbonne avec le prince Ferdinand. — 






, 



VI 



TABLE. 



- Mariage Je ce prince avec la reine doua Maria. — Situation du 
Portugal dépeinte à M. Van de Weyer par un des ministres natio- 
naux. - Véritable caractère de la mission remplie par M. Van de 
Weyer. - Satisfaction du roi Léopold ; témoignages de confiance 
donnés au ministre belge par le prince Ferdinand et la reine 
doua Maria. - Retour de M. Van de Weyer en Angleterre ; il 
décline TolTre d'un titre nobiliaire. - Nouveau voyage en Belgi- 
que (4837); il y rencontre Sidney Smith. - Il assiste à la procla- 
mation de l'avènement de la reine Victoria. - Lettre de la reine 
des Belges et réflexions du roi Léopold. - Le roi de Hollande, par 
une déclaration inattendue (1838), donne son adhésion au traité 
du 15 novembre 1831. - Vive émotion en Belgique ; opinion du 
roi Léopold. - Le Limbourg et le Luxembourg peuvent-ils encore 
être détachés de la Belgique? - M Van de Weyer émet l'avis 
qu'il faut, avant tout, essayer de maintenir le statu quo. — 
Impossibilité de se soustraire à l'intervention delà conférence. — 
Personnages dont elle est composée à celte époque. — Portrait 
de M. Van de Weyer par un ancien diplomate. — ta conférence» se 
montre disposée à signer immédiatement les vingt-quatre articles 
avec le plénipotentiaire hollandais; M. Van de Weyer fait échouer 
ce projet. — Efforts déployés de part et d'autre pour soutenir ou 
pour combattre les prétentions de la Belgique. - L'Angleterre et 
la France maintiennent les arrangements territoriaux des vingt- 
quatre articles. — Négociations pour la réduction de la dette 
imposée à la Belgique. - Protocole final du G décembre. - M. de 
Gerlache est envoyé à Londres avec des instructions secrètes. - 
Lord Palmerston écrit à M. Van de Weyer (11 janvier 1839) que 
M. de Gerlache est arrivé huit mois trop tard. — M. Van de 
-Weyer, au nom du gouvernement belge, offre néanmoins de 
racheter le territoire contesté pour une somme de soixante 
millions de francs. - Insuccès de cette dernière tentative. — 
M. de Theux, ministre des affaires étrangères, propose aux Cham- 
bres belges l'adoption des résolutions de la conférence.— Curieuse 
lettre de Surlet de Chokier, ancien régent de la Belgique. — Le 
cabinet de Bruxelles ne se presse point de signer le traité; billet 
de lord Palmerston à M. Van de Weyer. — Discussion du ministre 



-•»• 



- 



M 






TABLE. 



VII 



■ 



belge avec le général Sébastiani. — Arrivée de M. Nothomb, 
membre du cabinet, à Londres. — Le traité est signé par M. Van 
deWeyer le 19 avril. — Note d'adhésion. — Lettre au roi Léo- 
pold. — Conduite des orangistes durant les dernières 1 négociations. 

— M. Wallez. — M. Van de Weyer découvre que cet ancien 
secrétaire de la légation belge est l'auteur de brochures hostiles 
au roi Léopold et à la Belgique indépendante.— Un tableau exact 
de la Belgique. — Mariage de M. Van de Weyer avec M"« Bâtes. 

— La reine Victoria, par une faveur exceptionnelle, veut être 
marraine du premier enfant issu de cette union. — Le désir du 
roi Léopold de. voir M. Van de Weyer à la tête d'un nouveau 
ministère ne peut encore s'accomplir pp. 1-54 

VII. (1840-1846). — M. Van de Weyer arbitre dans les questions 
litigieuses qui restent à régler entre le Portugal et l'Angleterre. 

— Les Mémoires de M. Guizot et M. Van de Weyer. — Traité du 
15 juillet 1840 ; intervention du roi Léopold par l'entremise de 
M. Van de Weyer. — Paroles prononcées par le baron de Bùlow et 
lord Holland. — Le rôle du roi des Belges apprécié par M. Van de 
Weyer. — Mission confidentielle. — Les affaires de l'Europe pendant 
les quatre années suivantes. - Position de M. Van de Weyer dans la 
société anglaise. — Holland-House. — Visite à Sydney Smith 
dans le presbytère de Combe-FJorey. - Simon Stevin et M. Dwnor- 
tier. — Crise ministérielle en Belgique. — M. Van de Weyer est 
chargé de la formation d'un nouveau cabinet. — Ministère du 
30 juillet 1845. — Ouverture de l'exposition des beaux-arts. — Les 
agrégés universitaires. — Discours prononcés à Liège et à Gand. — 
Le mouvement flamand. — Prix décernés aux lauréats du concours 
desathénées et des collèges; souvenirs d'ancienne confraternité.— 
Réorganisation de l'académie des sciences de Bruxelles. — La 
session législative de 1845-1846. — Profession de foi de M. Van de 
Weyer au Sénat. — Mémorables discussions à la Chambre de3 
représentants. — MM. Devaux et Rogier. — Quinze ans, par 
M. De Decker. — Sentiments du roi Léopold et de la reine Victoria. 
— Causes de la dissolution du ministère du 30 juillet 1855. — La 
loi sur renseignement moypn. — Lettre inédite de M. Van de 
Weyer où il expose ses principes. — Vaine tentative pour recon- 









■ 



VIII 



TABLE. 



stituer le ministère. — Attitude des libéraux. — M. Gendebien. — 
M. Verhaegen, etc. — M. Van de Weyer reprend les fonctions de 
ministre plénipotentiaire près la cour de Saint-James . pp. 90 
VIII. (1847-1857). — Correspondance régulière du roi Léopold avec 
M. Van de Weyer. — Approche de la tempête. — La révolution du 
24 février 1848. — L'Angleterre et la Belgique.— Entretien de 
lord Palmerston avec M. Van de Weyer. — Les princes d'Orléans. 

— M. et M"* Bâtes mettent à leur disposition le château de Sheen. 

— Remarquables communications du roi Léopold. — Avènement 
de Guillaume III, roi des Pays-Bas. — Vœux du roi Léopold et de 
M. Van de Weyer pour une solide amitié entre les Belges et les 
Hollandais. — Fin de l'arbitrage anglo-portugais. — Lettre de 
lord Palmerston à M. Van de Weyer. — Sir Henri Bulwer et le 
gouvernement de la reine Isabelle II. — M. Van de Weyer est 
l'intermédiaire des négociations pour le rétablissement des rela- 
tions diplomatiques entre l'Angleterre et l'Espagne. — Enquête de 
la chambre des communes sur les bibliothèques publiques (1849) : 
MM. Van de Weyer et Guizot consentent à comparaître devant le 
comité; conseils donnés par M. Van de Weyer.- Position littéraire 
de M. Van de Weyer en Angleterre. — Discours prononcé à la 
Société royale de géologie et réponse de sir Robert Peel. — Le 
royal lilerary fund; éloge de M. Van de Weyer et réponse de 
celui-ci. — Il préside, en 1851, le soixante-deuxième anniversaire 
de la Société. — Hommage rendu à la Reine et au prince Albert. — 
Réponse à lord Ashburton : M. Van de Weyer se glorifie d'être 
parvenu par sa plume à la position qu'il occupe. — M. Quetelet, 
Archibald Alison, Thackeray, etc. — M. Van de Weyer prend part 
à l'exposition universelle de Londres. — Le rapport de M. Firmin 
Didot. — Le Club; admission de M. Van de Weyer dans cet illustre 
cénacle littéraire ; appréciation de lord Mahon. — Relations de 
M. Van de Weyer avec des savants belges et autres. — MM. Van 
Meenen et Gruyer. — Le D r Payen. — Influence des Essais de Mon- 
taigne sur la littérature anglaise. — Lettres sur les Anglais gui 
ont écrit en français. — De la littérature de l'exil. — Dédicaces 
adressées à M. Van de Weyer par Robert Bell, W. Noël Sainsbury, 
Blakey, A. Vera. — Épitre dédicatoire de V Introduction à la 



TABLE. 



IX 



philosophie de Hegel. — Conclusion d'un traité de commerce avec 
l'Angleterre (1851). — Coup d'État du 2 décembre. — M. Van de 
Weyer à Paris; ses entrevues avec le prince-président et ses 
principaux auxiliaires. — Dissentiment avec le ministère belge; 
démission donnée et non acceptée. — La guerre de Crimée. — 
Voyage de la reine Victoria et du prince Albert à Paris ; M. Van 
de Weyer s'y rend également. — Le vingt-cinquième anniversaire 
de l'inauguration de Léopold 1".— Lettre du roi à M. Van de 
Weyer sur les anciens membres du Congrès. — Nouveaux efforts 
de M. Van de Weyer pour redresser les dernières préventions des 
Anglais contre la Belgique. — La révolte des Indes. — Dis- 
cours prononcé par M. Van de Weyer à Maidenhead; il exhorte 
le peuple anglais à secourir ses frères chrétiens. — Immense 
effet de ce discours. — Lettres de lord Howard de Walden et du 
roi Léopold. — Les volontaires. — Service rendu à l'Angle- 

134 



terre. 



pp. 



IX (1857-1 8G7). — New-Lodge, résidence de M. Van de Weyer dans 
la forêt de Windsor. — L'allée des merles : Jacques 1« et le chau- 
dronnier. — Le château actuel. — La paroisse de Bray-Wood; 
église érigée à la mémoire de M Bâtes. — Vue du château royal 
de Windsor. — La défense de la Belgique. — Lord John Russell 
et M. Van de Weyer. — Dernière visite du prince Albert à New- 
Lodge. — La reine el la duchesse de Nemours. — Mort du prince 
Albert. — Le duc de Brabant et le comte de Flandre à Windsor. 
Lettre de M. Van de Weyer sur le prince Albert. — Seconde 
exposition universelle de Londres. — Richard Cobden, roi des 
Belges! — Lettres du roi Léopold et de lord Clarendon. — Les 
fortifications d'Anvers. — M. 0. Delepierre. — Choix d'opuscules 
■philosophiques, historiques, politiques et littéraires de Sylvain Van 
de Weyer. — Jugements de la presse anglaise. — M. Cuvilier- 
Fleury et le Journal des Débals. — Le roi Léopold au château de 
Windsor avec M. Van de Weyer. — L'art de parler. — Billet de 
Sainte-Beuve. — Mort de M"' et de M. Bâtes. — Affreux accident; 
témoignages de sympathie de la société anglaise. — Touchantes 
paroles de la reine Marie-Amélie et du roi Léopold. — Mort du 
premier roi des Belges. — Lettres de lord Clarendon et de lord 



X TABLE. 

Broughlon à M. Van de Weyer. — Inauguration du roi Léopold II . 
— Le général Grey, témoin de cette solennité, communique ses 
impressions à M. Van de Weyer. - Les médecins ordonnent à 
M. Van de Weyer de quitter les affaires. — Il fait connaître sa 
résolution à la cour de Bruxelles. — Le barrage de l'Escaut; la 
neutralisation du Luxembourg ; les excursionistes belges, etc. — 
M. Van de Weyer présente ses lettres de recréance à la reine 

d'Angleterre l'P- 135-160 

Conclusion PP- 161-166 

APPENDICE. 

I. Extrait des Mémoires de lady Morgan 169 

II. M. Van de Weyer et Sydney Smith (Extrait des Mémoires 

de lady Holland) 170 

III. La science en Belgique. — M. Van de Weyer au roi 

Léopold (Londres, 10 février 1835) 173 

IV. Arbitrage anglo-portugais. —Lord Palmerston à M. Van 

de Weyer (29 juin 1849) #174 

V. Enquêtes sur les bibliothèques publiques (Extraits du 

rapport du comité de la Chambre des communes.). 175 
VI. Discours de M. Van de Weyer à la Société royale de 

géologie 178 

Discours de M. Van de Weyer à la Société royale des 

antiquaires 182 

VII. Les philosophes. 

M. Laromiguière 185 

M. Van Meenen 186 

M. Gruyer .188 

VIII. Révolte des Indes. 

Discours prononcé par M. Van de Weyer au Town-hall 

de Maidenhead 189 

Lord Howard de Walden à M. Van de Weyer (Bruxelles, 

12 octobre 1857) 191 

IX. Le roi Jacques et le chaudronnier 192 






^ 



TABLE. X1 

X. Exposition universelle de Paris. (Les commissaires de 

Sa Majesté à M Van de Weyer, janvier 1863.) . . . 198 

XI. Lettre de lord Clarendon au sujet de Richard Codben, roi 

des Belges (8 octobre 1862) 201 

9fl9 

XII. Œuvres de M. Van de Weyer 

XIII. Léopold I" (LordBrougnton à M. Van de Weyer, 11 dé- 

cembre 1865) 

XIV. Les volontaires belges en Angleterre ? 10 



■ 









VI 



Vers la fin de cette année 1833, si féconde 
en événements, M. Van de Weyer, profitant du 
répit que lui laissait l'interruption des négo- 
ciations, se rendit en Belgique. 11 y arriva en 
pleine crise ministérielle : le général Goblet 
avait donné sa démission, et il était question du 
retour de M. de Muelenaere. Par dévouement 
au roi et au pays, M. Van de Weyer consentit 
à faire partie, pendant quelque temps, du 
ministère projeté (') ; mais cette combinaison 
avorta. Le comte Félix de Mérode remplaça 






■ 
■ 



(') M. Van de Weyer à M. de Stockmar, Bruxelles, le 
24 décembre 1833. 

M. i 






2 SYLVAIN VAN DE WEYER. 

provisoirement le général Goblet et les autres 
ministres restèrent à leur poste. 

A Bruxelles, M. Van de Weyer revit ses 
anciens amis et retrouva en eux les sentiments 
qu'ils n'avaient cessé de lui témoigner. On pou- 
vait dire, et on le disait, que l'Excellence était 
restée ce qu'était le docteur, le professeur, 
l'avocat, même l'étudiant. M. Gendebien parti- 
culièrement avait pour M. Van de Weyer la 
plus haute considération. 11 lui en avait donné 
une preuve manifeste quelque temps aupa- 
ravant. Après son duel avec M. Rogier, il 
crut devoir expliquer sa conduite. Connaissant 
l'estime profonde et la grande affection que 
M. Van de Weyer conservait pour leur ancien 
collègue du gouvernement provisoire, M. Gende- 
bien lui avait adressé (2 août 1833) une longue 
lettre, où il relatait les causes et les divers inci- 
dents de la rencontre. « Mes regrets, ajoutait-il, 
suivirent de près le triste événement qui faillit 
coûter la vie à un de nos anciens collègues. » Il 
ne pouvait, d'ailleurs, dissimuler l'estime qu'il 
avait aussi pour le caractère et le courage de 
M. Rogier. 

De retour à Londres, M. Van de Weyer fut à 
la fois irrité et consterné des troubles suscités 
à Bruxelles, au mois d'avril 1834, par le parti 



SYLVAIN VAN DE WEYEU. 



orangiste. Jl jugeait sévèrement ce parti qui, 
selon lui, n'avait point, comme le parti carliste 
en France, un passé qu'il pouvait invoquer, un 
avenir qu'il pouvait promettre. « Il est composé, 
disait-il dans une lettre au roi Léopold, de 
quelques hommes honorables, blessés dans 
leur amour-propre; de quelques négociants, 
lésés dans leurs intérêts, et de beaucoup d'intri- 
gants et de fripons, qui exploitent les passions 
des uns et les illusions des autres, — instru- 
ments que méprisent ceux mêmes qui les 
emploient. Ils pourront tenter la cupidité de 
quelques officiers, ajouter au déshonneur de 
ceux qui, sous ce rapport, n'ont déjà plus rien 
à perdre, et, malheureusement, plus rien à 
récupérer; mais, pour créer un mouvement 
dans le pays, je crois qu'on peut les en défier. » 
Le 46 mai mourait le premier prince royal 
Beaucoup de membres de la Chambre des 
représentants, dans leur anxiété, voulaient 
prier le roi d'assurer éventuellement la ligne 
de succession au trône, en faisant usage du 
droit que lui donnait la Constitution. On dési- 
rait que son choix se portât sur l'un de ses 
neveux, fils du duc Ferdinand de Saxe-Co- 
bourg-Cohary. Ce projet, ayant été ébruité à 
Londres, donna lieu à une très-vive et longue 



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à 



I 

I 



4 SYLVAIN VAN DE WEYER. 

discussion entre le prince de Talleyrand et 
M. Van de Weyer. Le premier, perdant son 
sang-froid, avait fini par dire : « Jamais la 
France ne permettra qu'il y ait en Belgique 
des agnats de la maison de Cobourg. » M. Van 
de Weyer répliqua aussitôt : « Prince, c'est le 
premier anachronisme que je vous entends com- 
mettre. Vous vous croyez encore l'ambassadeur 
de Napoléon le Grand. La Belgique indépen- 
dante et son roi ont le droit incontestable de 
choisir un successeur à la couronne ('). » 

C'est vers cette époque que le roi Léopold 
disait de Talleyrand à M. Van de Weyer : 
« Talleyrand nous offrirait tout bonnement en 
holocauste. » Il n'avait aucune confiance en lui, 
tout en se montrant prévenant à son égard. 

Un événement important s'accomplit en 
Angleterre, dans l'automne suivant. Le 16 no- 
vembre succomba le ministère whig, dont lord 

(') Le jeune diplomate, qui tenait si fièrement tête au 
prince de Talleyrand, dont le nom* seul était un épouvan- 
tail, écrivait intimement en ces jours mêmes : «... On ne 
croira jamais à ma timidité ni à ma défiance en moi-même, 
parce que jeté jeune, trop jeune peut-être, dans le monde 
et sur la scène politique, il m'a fallu toujours vaincre l'une, 
dissimuler l'autre, et montrer une assurance de conduite, 
une décision d'opinion sans lesquelles on n'est bon à rien...» 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



Melbourne était devenu le chef après le comte 
Grey, et les torys allaient reprendre le pouvoir 
sous la direction du duc de Wellington, ayant sir 
Robert Peel pour principal auxiliaire. Le lende- 
main, M. Van de Weyer écrivit au roi Léopold : 
« ... La retraite du ministère et la rentrée du 
duc de Wellington sont décidées... 11 est impos- 
sible de conjecturer quelle sera sa politique 
intérieure. Quant à l'extérieur, je suis d'opinion 
qu'il fera tous ses efforts pour maintenir la 
paix, et qu'il ne s'associera point, contre la 
France et la Belgique, aux cours du Nord et au 
roi de Hollande. Il ne perdra point de vue que 
les whigs se sont faits, du maintien de la paix, 
un élément de succès chez les industriels et les 
commerçants, et une arme contre les torys, 
accusés de vouloir la guerre à tout prix. C'est 
pour le duc un point capital de montrer que la 
paix ne court pas plus de dangers avec lui 
qu'avec les whigs; et, plus ses embarras seront 
grands à l'intérieur, plus à l'extérieur une poli- 
tique pacifique estimpérieusement commandée. 
11 attachera peut-être même, en outre, un intérêt 
d'amour-propre à terminer promptement ce que 
le ministère précédent n'a pu amener à bonne 
fin. Je ne serais donc pas surpris que le roi de 
Hollande fût vivement pressé de conclure. » 



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M 






6 SYLVAIN VAN DE WEYER. 

Quelques jours plus tard, le duc de Wellington 
justifiait la confiance que M.Van de Weyer avait 
en sa sagesse. 11 fut avec lui d'une amabilité 
parfaite, et déclara que, s'il pouvait terminer 
promptement la question belge, ce serait aux 
mêmes conditions et d'après les mêmes prin- 
cipes qui avaient été posés par le cabinet 
précédent ('). 

A Bruxelles, cependant, l'avènement des torys 
avait répandu une vague inquiétude, que par- 
tageait le cabinet ( 2 ). M. Van de Weyer se 
hâta de le rassurer. Il écrivit que, quel que fût 
le ministère, l'Angleterre avait une politique 



■ 



■ 



(') M. Van de Weyer s'était préparé aux nouvelles négo- 
ciations qu'il prévoyait. Il écrivait au roi Léopold (16 dé- 
cembre 1834) : h J'avais remis à M. le baron de Stockmar, 
avant son départ pour Bruxelles, un travail complet sur 
la question du Luxembourg, que j'envisageai surtout sous 
le point de vue germanique. M. de Stockmar avait fait tra- 
duire ce travail en allemand, et il se proposait de le publier 
sous forme de brochure, afin de rectifier les idées erronées 
répandues à dessein en Allemagne. J'ignore si cette publi- 
cation a eu lieu; mais, si le manuscrit est resté en porte- 
feuille, on pourrait aujourd'hui l'en faire sortir fort utile- 
ment. » 

(*) Depuis le 4 août 1834, M. de Muelenaere avait repris 
le portefeuille des affaires étrangères et M. de Theux celui 
de l'intérieur. 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



traditionnelle dont elle ne se départirait point, 
et que les torys n'étaient pas plus à craindre 
pour les Belges que les whigs. 

Le roi Léopold, allant au-devant de la pensée 
de son représentant à Londres, lui recomman- 
dait une attitude prudente, mais sans que l'on 
pût toutefois y découvrir de l'ingratitude à 
l'égard des whigs, qui avaient tant fait pour 
assurer l'indépendance de la Belgique. « Pour 
votre conduite, écrivait-il le 20 novembre, je 
désire que vous soyez d'une grande prudence; 
ne négligez pour aucune considération ceux qui 
ont été si bons pour nous, et à la tête desquels 
se trouve Palmerston. Mais ne vous montrez pas 
homme de parti ouvertement; laissons venir et 
effaçons-nous : cela doit être notre politique; il 
ne faut pas nous en départir un seul instant. » 

M. Van de Weyer alla passer les vacances de 
Noël hors de Londres. Cette vie de campagne, 
si chère aux Anglais, ne lui déplaisait point. Il 
faut l'écouter lui-même : 



« 29 décembre 1834. — ... J'ai passé les dix derniers 
jours à la campagne, d'abord dans le Wiltshire, puis dans 
le Herdfordshire. On ne peut guère décemment se trouver 
en ville à la Noël. Le mince-pie et le dindon, mets d'obliga- 
tion, doivent se manger en famille, hors du rayon de la 
capitale. C'est le jour des grandes invitations, où the 



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8 SYLVAIN VAN DE WEYER. 

princely hospitality des grands seigneurs est officiellement 
annoncée à l'univers dans toutes les gazettes. La vie de 
campagne est ce qu'il y a de plus frappant en Angleterre. 
Elle plairait peu à nos voisins de France, qui veulent du 
mouvement, de la gaieté, une conversation vive et piquante; 
qui veulent que l'on s'occupe d'eux, que l'on se cotise pour 
combattre l'ennui. Ici, chacun vit de son propre fonds, lit, 
chasse, écrit, ou se promène, et jouit d'une liberté que ne 
viennent troubler aucune proposition intempestive, aucune 
fâcheuse intervention. Après le dîner, on lit soit un journal 
soit un roman, et, si l'on peut, on cause, mais sans tyran- 
niser Yéloquence ou le silence de personne, comme disait 
feu M. Van Snick ('). On y dit ce qu'on veut, bien souvent 
rien du tout et, à minuit, l'on se retire sans souhaiter une 
bonne nuit à personne, attendu, sans doute, que rien n'est 
plus inutile qu'un pareil souhait. C'est à la campagne que 
j'ai lu l'ouvrage de lady Morgan sur la Belgique, the Princes*. 
Ce n'est pas un roman, ce n'est pas de l'histoire, ce n'est 
pas un voyage ; c'est un peu de tout cela, mais singulière- 
ment fondu ou confondu. Elle veut réparer envers la 
Belgique les torts de la plupart des écrivains anglais, et dit 
de nous tout le bien que nous en pensons nous-méme. C'est 
trop de moitié. Son coloris est trop emprunté à l'école fla- 
mande et passe la vérité. Toutes nos célébrités ont posé 
devant elle, et quelques-uns de ses portraits historiques ont 
toute la vérité du roman. Moi-même, qu'elle n'a jamais vu, 
quoiqu'elle soit venue plusieurs fois chez moi pour cela, 
j'attrape en passant un coup d'encensoir. Elle me déclare 
habile et spirituel, comme si elle était juge de mon habileté 



(') C'était un ancien membre du Congrès belge. 



^m 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 9 

et qu'elle eùt-entre les mains un échantillon de mon esprit (') ! 
Mais, de nos jours, tout homme qui a le malheur d'être ce 
qu'on appelle un homme public devient corps et âme pro- 
priété publique dans toute la force du terme ; il ne s'appar- 
tient plus. On lui vole dans le monde, non sa bourse, on est 
devenu plus moral, mais son caractère et sa figure. » 

M. Van de Weyer n'avait qua se louer de ses 
rapports avec les nouveaux membres du minis- 
tère anglais, notamment avec sir Robert Peel 
qui, dans un long entretien, s'était plu à recon- 
naître l'état prospère de la Belgique f). Au sur- 
plus, l'ancien membre du gouvernement provi- 

(') Lady Morgan vit M . Van de Weyer l'année suivante et 
fut loin de modifier l'excellente opinion qu'elle s'était formée 
de lui. Voir, dans l'Appendice, un extrait des Mémoires de 
lady Morgan. 

( s ) C'est ce qu'attestait également sir H. Bulwer qui, 
en 1830, avait vu Bruxelles soulevé, et qui, en 1835, y 
revint comme » chargé d'affaires » du roi de la Grande- 
Bretagne. Quel changement ! Laissons-le parler : « ...Aking 
was on the throne, ruling with as much regularity as if he 
had inherited that throne from a long line of ancestors. 
A constitution which would not perhaps hâve succeeded 
elsewhere, but which, granting every liberty that a peuple 
could ask for, and which few people could temperately 
exercise, was in full and quiet opération. There was 
nothing to fear from powerful neighbours nor from internai 
distractions... » Thelife of lord Palmerston, t. II, p. 220. 



■ 



I 



10 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



- 






■ 



soire ne s'était point fait illusion en affirmantque 
l'existence de son pays ne dépendait plus du 
triomphe de tel ou tel parti en Angleterre ('). 

Il put bientôt constater toute la loyauté et la 
circonspection du duc de Wellington. « Votre 
règle avec le duc, lui avait d'ailleurs écrit le roi 
Léopold ( 2 ), doit être de ne jamais le fatiguer 
avec de petites affaires, et en général plutôt se 
laisser appeler par lui. La clarté et netteté de 
votre esprit sera une arme puissante près du 
duc, puisqu'il est homme pratique et n'aime 
pas à perdre son temps. » 

Dans les premiers jours de mars, M Van de 
Weyer eut un long et important entretien avec 
le vainqueur de Waterloo. II lui exposa, jusque 
dans les plus petits détails, quelle avait été la 

(') Lettre au roi Léopold, -13 janvier 183o. Le roi lui 
avait écrit quelques jours auparavant (2 janvier) : « Je vous 
souhaite une bonne année et bien des succès que vous 
méritez par vos talents et votre excellent cœur, que j'apprécie 
également ; et d'être apprécié est rare, car rien ne répugne 
autant à la grande masse des mortels que de rendre justice. 
—Toutes les communications du gouvernement anglais sont 
des plus satisfaisantes. Je connais assez bien l'Angleterre en 
général et le duc de Wellington et sir Robert Peelen particu- 
lier pour ne jamais avoir eu des doutes sur cela, comme mes 
toutes premières communications ont dû vous le prouver. » 

( 3 ) Le roi Léopold à M. Van de Weyer, 24 janvier 1855. 






SYLVAIN VAN DE WEYEU. 



11 



F 



conduite du cabinet de la Haye dans tout le 
cours des négociations, et par quelle série de 
sacrifices la Belgique avait passé pour en 
venir à un traité définitif avec la Hollande. 
Il ajouta que cependant les difficultés ne 
viendraient point du côté des Belges, et que 
le roi Léopold serait toujours disposé à bien 
accueillir toute proposition juste et raison- 
nable ('), mais que l'expérience du passé exigeait 
des précautions pour l'avenir, d'autant plus que 
des faits récents étaient venus corroborer la 
conviction que le roi Guillaume, balançant les 
avantages d'un traité avec ceux du maintien de 
ses droits, penchait plus que jamais vers ce 
dernier côté. Le duc dit qu'il comptait beaucoup 
sur l'influence personnelle qu'il avait sur l'esprit 
du roi de Hollande, pour vaincre, sans grande 
difficulté, toutes ses résistances. « Les cours du 
Nord, poursuivit-il, sont toutes disposées à en 

(') En effet, le roi Léopold avait écrit àM. Van de Weyer 
le 24 janvier ■. «... La politique de la Belgique doit être 
loyale comme elle l'a toujours été ; elle doit se montrer 
disposée à toute négociation raisonnable qui mènerait à un 
traité définitif équitable ; mais elle doit être inébranlable 
dans sa détermination de ne pas se laisser entraîner dans 
des négociations factices destinées à lui donner des 
embarras insurmontables et rendre un traité impossible. » 



V 






12 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



finir; elles ont de nouveau manifesté ce désir au 
roi Guillaume, qui a répondu à ces ouvertures 
d'une manière satisfaisante. Ce que m'écrit régu- 
lièrement M. Jermingham (') confirme les com- 
munications que je reçois de Vienne, de Berlin 
et de Saint-Pétersbourg. 11 est, en effet, impos- 
sible que ce souverain ne se rende pas à nos 
représentations, et qu'il ne sente pas enfin 
combien il importe au bien-être de ses sujets 
de conclure à l'amiable avec la Belgique. » — 
Je souhaite, répondit M. Van de Weyer, que 
nous nous trompions; mais quand viendra le 
moment de négocier, Votre Grâce rencontrera 
des obstacles inattendus, habilement déguisés, 
à la vérité, sous un apparent et trompeur 
empressement d'en finir, qui cache une résis- 
tance contre laquelle ont échoué tour à tour et 
les prières, et les remontrances, et les plaintes 
de ses plus intimes alliés. — « Pour moi, reprit 
le duc, je crois que vous vous exagérez les 
répugnances du roi Guillaume, qui est trop 
éclairé, qui est homme trop pratique et trop 
habile pour vouloir l'impossible et pour sacrifier 
des avantages positifs et certains, à des espé- 
rances dont rien ne lui promet la réalisation. 



(') Ministre d'Angleterre à la Haye. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



13 



De votre côté, vous ne pouvez pas méconnaître 
ce qu'il y aurait d'utile, de rassurant, de maté- 
riellement et de moralement productif, dans 
votre reconnaissance par la Hollande. Le roi 
Léopold a montré Irop de prudence et de 
sagesse, il a une trop grande expérience des 
hommes et des affaires, pour ne pas chercher 
à mettre son heureuse position en Europe à 
i'abri des révolutions ministérielles de la France 
et de l'Angleterre, et d'autres événements encore 
dont l'Europe n'a pas cessé d'être menacée. » — 
M. Van de Weyer interrompit le duc, et lui dit 
que rien ne prouvait mieux le degré de stabilité 
où la Belgique était parvenue, que son attitude 
calme et rassurée au milieu des derniers chan- 
gements. — « 11 n'en est pas moins vrai, 
repartit le duc, que vous ressentez encore le 
contre-coup de tout ce qui se passe à Paris et 
ici. Or, il doit vous tarder d'échapper à ces 
influences, et de vous asseoir, neniine cuntra- 
dkenie, dans cette position d'indépendance et 
de neutralité qui vous a été faite, et dans laquelle 
il importe que rien ne vous vienne troubler. 
C'est pour parvenir à ce résultat que nous 
réunirons bientôt nos efforts, et que des démar- 
ches amicales ont été faites auprès des deux 
parties. Je n'ai rien écrit d'officiel à sir Robert 






r 



■ 



14 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



Adair, et mes lettres ont été purement confiden- 
tielles et particulières, parce que je ne veux pas 
même avoir l'air de trop presser le roi Léopold. 
D'un autre côté, je vous donne ma parole d'hon- 
neur que je n'ai rien écrit ailleurs que je ne 
puisse vous montrer. Mais je compte beaucoup 
sur le sens droit et juste des deux parties pour 
opérer bientôt un rapprochement entre elles. Si 
j'y travaille activement, ce n'est pas que la non- 
conclusion de vos affaires embarrasse le moins 
du monde le gouvernement anglais : nous avons 
trouvé la question belge où elle est encore 
aujourd'hui, ce n'est pas nous qui en avons fait 
ce qu'elle est devenue; et, si les deux gouver- 
nements, sourds à nos avis, aveugles dans leurs 
intérêts, persistent à prolonger l'état actuel des 
choses, ce n'est pas nous qui en souffrirons. 
Mais nous ne saurions voir avec indifférence, 
sans tâcher d'y porter remède, deux États à la 
prospérité et à la tranquillité desquels nous 
nous intéressons, demeurer dans cet état de 
tension contre nature, et dans une attitude 
hostile pleine de dangers. Quoi qu'il en soit, 
je n'ai pas encore pu me concerter avec les 
membres de la conférence sur les moyens de 
renouer les négociations interrompues. Ce ne 
sera guère qu'après le retour de M. Sébas- 









SYLVAIN VAN DE WEYER. 



15 



tiani (') que nous pourrons mettre cette question 
en délibération. Les difficultés que nous avons 
à combattre à l'intérieur ne sont un secret 
pour personne, et elles expliquent notre inac- 
tion forcée sur tout le reste. » — M. Van de 
Weyer répéta au duc qu'il trouverait toujours 
à Bruxelles cet esprit de conciliation qui distin- 
guait éminemment la politique du roi Léopold, 
mais que les propositions de la Hollande avaient 
toujours été conçues de manière à porter une 
atteinte mortelle à la prospérité commerciale 
et industrielle de la Belgique, et par conséquent 
à son existence politique. — « Vous devez, 
répondit le duc, repousser tout ce qui porte ce 
caractère, et personne n'appuyera les demandes 
que le roi Léopold jugera incompatibles avec 
l'indépendance politique et commerciale de la 
Belgique, ou qui n'obtiendraient point l'assen- 
timent de ses Chambres. » 

En rendant compte de cet entretien au roi 
Léopold, M. Van de Weyer ajoutait : 

« Il est évident, d'après tout ce que le duc m'a dit, et 
d'après ce qu'il a écrit à sir Robert Adair, qu'il ne veut 
s'engager dans la négociation qu'à bon escient, et avec la 



■ 



I 



l 



(') Le général Sébastiani avait remplacé à Londres le 
prince de Talleyrand. 






16 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



presque certitude de la terminer heureusement, laissant à 
ses prédécesseurs et aux deux parties intéressées toute la 
responsabilité de la prolongation du stalu quo. De là, des 
lettres confidentielles et l'arrivée à Londres de M. de 
Zuylen, que le roi Guillaume, qui n'aime pas à s'engager 
par écrit, a envoyé au duc, en réponse à ses premières 
ouvertures. De là, cette lenteur à réunir les membres de 
la conférence et cette résolution de se borner à leur annoncer 
que l'on essayerait, avant tout, ce que l'on pourrait faire 
par des communications confidentielles aux deux gouver- 
vernements. Tout le monde est convaincu que, de tous les 
ministres anglais, le duc est le seul qui puisse déterminer 
le roi Guillaume à finir. Si le duc échoue, le temps et le 
bon sens public seront des diplomates plus fermes et plus 
habiles. Mais, dans l'intervalle, nous devons éviter avec 
soin tout ce qui aurait l'air d'une opposition systématique. 
Nous devons, ainsi que Votre Majesté l'a fort bien établi, 
être à même de prouver que nous sommes tout disposés à 
traiter directement avec la Hollande, si, de son côté, elle 
consent à déblayer le terrain des obstacles qu'elle y a jetés 
à dessein. Or, la meilleure et la seule preuve qu'elle puisse 
donner d'un changement de système, c'est la production 
immédiate de l'assentiment des agnats de Nassau et de la 
confédération germanique aux arrangements territoriaux. 
Si nous abandonnons cette position, nous sommes de prime 
abord jetés dans les détails inextricables du traité, détails 
que le duc n'aura ni le loisir, ni la disposition d'étudier de 
bien près, dont il ne saisira ni l'importance ni la portée, et 
qu'il jugera d'un intérêt bien médiocre et bien secondaire. 
Notre opposition sera donc, à chaque, pas, attribuée au désir 
que nous avons de prolonger les avantages du statu quo, 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



17 



et de ne pas payer à la Hollande les intérêts de la portion de 
la dette qui nous a été imposée. Le roi Guillaume se trouverait 
ainsi sur le terrain favorable où il a toujours cherché à se pla- 
cer. Le seul moyen d'empêcher qu'il ne s'y mette, c'est de 
nous en tenirau dernier procès-verbal de la conférence, pièce 
dont on déplore assez amèrement l'existence aujourd'hui. » 

Peu de temps après cette importante com- 
munication, les whigs ressaisissaient le pouvoir : 
le 18 avril, lord Melbourne redevenait premier 
ministre et lord Palmerston chef du Foreign- 
Office. Bien que le roi Léopold ne dût pas voir 
ce changement avec déplaisir, il se garda bien 
de se montrer injuste à 1 égard des chefs du 
parti vaincu. Il écrivit à M. Van de Weyer 

(19 avril) : « On ne peut pas se cacher que 

nos ennemis avaient particulièrement espéré 
en un ministère comme celui qui vient de 
quitter, les uns pour voir mettre fin à nos 
jours, et les autres pour terminer nos diffé- 
rends avec la Hollande entièrement à nos 
dépens. D'avoir passé sans perte, d'avoir été 
bien avec un ministère tory, nous a été d'une 
grande utilité. » Mais il ajoutait : « Il faut que 
les hommes politiques sortants sachent, par 
nos bons procédés et notre conduite modérée, 
qu'on ne triomphe non-seulement pas de leur 
chute, mais qu'on est reconnaissant pour leurs 
il. 2 










\M 












I 



18 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 



bons procédés et qu'on a de la confiance en 
eux. — Comme pays , certes , notre existence . 
heureuse et indépendante est utile pour l'Angle- 
terre; nous lui évitons des embarras et nous lui 
offrirons de plus en plus des avantages. 11 est 
donc important pour nous que, outre le parti 
libéral qui a tenu ce langage , le parti conser- 
vateur ait pu cesser de nous considérer comme 
un tas de rebelles. L'Angleterre doit être notre 
principal soutien ; elle ne peut ni ne veut nous 
manger, et elle n'a pas les sottes préventions 
des puissances du Nord... » 

Le duc de Wellington, dans une lettre d'adieu 
à sir Robert Adair, avait dit que son seul 
regret, en quittant le pouvoir, était de n'avoir 
pu devenir l'instrument d'un accord entre le 
roi des Belges et la Hollande. « J'ai commencé, 
écrivit le roi Léopold à M. Van de Weyer, par 
prier Adair de remercier le duc; mais je vous 
chargerai plus spécialement de cette tâche. 
Dites au duc des choses aimables sur les rela- 
tions que nous avons eues avec lui depuis le 
mois de novembre ; que je le connais depuis 
vingt et un ans; que j'ai toujours eu pour lui, 
ce qui est strictement vrai, une sincère amitié, 
et que, dans maintes circonstances, il m'a donné 
des preuves de confiance et de bienveillance 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



19 



que je n'ai pas oubliées. >» Le roi priait M. Van 
de Weyer de témoigner la même gratitude à 
sir Robert Peel, ajoutant que cet homme d'État 
avait toujours été très-bien depuis que, seize 
ans auparavant, ils avaient fait connaissance 
en Ecosse, où ils étaient à la chasse. M. Van de 
Weyer ne devait pas oublier lord Aberdeen. 
Le roi ajoutait encore une autre recommanda- 
tion : « Une chose à laquelle je vous prie de 

travailler autant que vous pourrez, disait-il, 
c'est de rendre le gouvernement prussien un 

peu plus raisonnable envers nous Le pays, 

ici, est bien disposé, et, en Allemagne, on 
attache du prix à se lier avec nous. Si nous 
périssons, ce ne sera que dans une bien grande 
convulsion de l'Europe, et la Prusse n'a pas, ce 
me semble, beaucoup à y gagner... » 

Lord Palmerston, fidèle à ses actes antérieurs, 
continua de montrer la même sollicitude envers 
la Belgique. Parmi les témoignages de sa vigi- 
lance, il faut mentionner une curieuse lettre, 
qu'il adressait, vers la fin de l'année, à M. Van 
de Weyer, pour mettre le cabinet de Bruxelles 
en garde contre les exagérations et les abus du 
système protecteur ('). 




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(') Cette lettre, écrite en français, mérite d'être citée : 









20 SYLVAIN VAN DE WEYER. 

Le roi Léopold, qui avait une arrière-pensée, 

« Stanhope, 27 novembre 1835. Je suis fâché de voir que 
la Belgique donne dans les mauvaises voies du vieux 
système commercial qui consistait dans la science de 
gênes et d'entraves réciproques. Ce système appartient au 
vieux temps de l'ancien régime, quand le génie de l'homme 
s'épuisait en efforts pour inventer et multiplier les moyens 
de contrainte ; contrainte pour le corps par moyen d'habits de 
cours trop étroits et de souliers trop petits ; contrainte pour 
les idées par moyen de lettres de cachet et de bastilles ; 
contrainte pour l'industrie par moyen de prohibitions et de 
droits protecteurs ; contrainte pour les nations par moyen 
de force armée et de gouvernements despotiques. Mais, 
nous avons changé tout cela, nous avons commencé une 
ère nouvelle, et il ne convient pas aux nations qui jouis- 
sent d'une liberté politique de se laisser faire des instru- 
ments pour en assujettir le commerce et l'industrie à 
l'esclavage. — Soyez sûr que personne ne gagne à ce vieux 
système. — Une nation ne peut pas acheter, sans vendre; 
la chose est physiquement impossible. On ne peut ni 
acheter sans vendre ni vendre sans acheter. L'erreur de 
ces vieilles doctrines consiste en ceci, qu'on oublie la 
différence entre le débit d'un boutiquier et le commerce 
d'une nation ; et l'on croit que parce qu'un particulier 
devient riche à force d'accumuler de l'or et de l'argent, 
que pareillement l'or et l'argent font les richesses d'une 
nation, tandis qu'il est démontré qu'un excès de métaux 
précieux est un inconvénient pour tout pays. 

« Tout à vous, 
(i Palmerston. » 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



21 



recommandait, depuis quelque temps, à son 
représentant près la cour de Saint-James detu- 
dier attentivement l'état du Portugal et de 
s'enquérir de ses besoins ainsi que des hommes 
importants dont on pourrait tirer parti pour le 
gouvernement. M. Van de Weyer, qui s'était 
douté des intentions du roi dès le jour où 
celui-ci lui avait demandé s'il savait le portu- 
gais, s'était mis à étudier avec ardeur la langue 
et la situation de l'ancienne Lusitanie. Enfin, le 
roi lui fit savoir qu'il avait jeté les yeux sur lui 
pour accompager à Lisbonne le prince Ferdi- 
nand de Saxe-Cobourg, qui devait épouser la 
reine doîîa Maria. Ayant dû renoncer au désir 
qu'il nourrissait d'accompagner lui-même son 
neveu pour six semaines ou deux mois, Léopold 
faisait appel au dévouement de son ministre 
à Londres ( l ). M. Van de Weyer accepta. En 
apprenant cette détermination, lord Palmerston 
écrivit au roi des Belges pour le féliciter du 
choix qu'il avait fait. « Je ne connais pas, 
disait-il, un homme plus convenable que lui 
pour remplir une mission qui exige du talent, 
du jugement et de la fidélité ( 2 ). » Après avoir 

(') Le roi Léopold à M. Van de Weyer, 18 et 25 dé- 
cembre 1835. 

(*) Lord Palmerston au roi des Belges, 8 janvier 1836. 









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22 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 






négocié avec Nourri - Effendi la reconnaissance 
de la Belgique et du roi Léopold par la Sublime 
Porte, M. Van de Weyer s'embarqua, au mois 
de mars 1836, avec le prince Ferdinand, qui ne 
tarda pas à lui témoigner la plus grande con- 
fiance et une véritable affection. 

Ils débarquèrent à Lisbonne le 9 avril 1836. Le 
lendemain, M. Van de Weyer assista au mariage 
du prince Ferdinand de Saxe-Cobourg avec la 
reine dona Maria. Deux jours après, à une 
grande fête de la cour, l'un des ministres na- 
tionaux qui avait le plus contribué à faire réussir 
cette union traça le tableau le plus sombre de 
la siluation du Portugal. « Je voudrais en vain, 
dit-il à M. Van de Weyer, vous le dissimuler ; 
mon devoir l'emporte, et je dois vous prévenir 
que nous sommes sur un volcan; l'éruption 
peut éclater d'un moment à l'autre. A voir la 
royauté, comme elle est ici, entourée d'hon- 
neurs et d'hommages, de ministres, de grands 
officiers, de soldats et de gardes, vous la diriez 
sans doute forte, puissante et à l'abri de tout 
danger. Mais le fait est que la couronne est à 
terre. Il n'est aucun de ces individus qui se 
prosternent devant la reine,qui ne puisse, s'il le 
veut, la renverser de son trône. On s'humilie 
à la cour, mais on conspire en sortant. La reine 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



23 



ne trouve aucun appui autour d'elle. L'aristocra- 
tie est lâche, blasée, corrompue, avide d'argent 
et de plaisirs. La classe moyenne a été démora- 
lisée par les guerres civiles; elle ne voit dans 
le gouvernement représentatif qu'un moyen, 
qu'elle n'avait point auparavant, d'arriver au 
pouvoir, non pour servir le pays, mais pour 
l'exploiter et pour partager cette proie mainte- 
nant commune. 11 n'y a de bon et de sain que 
le peuple. Là, et là seulement, dévouement à la 
famille royale, attachement au pays. Or, ce 
peuple se lasse de voir la Chambre empêcher 
tout bien, paralyser toute amélioration par une 
opposition spéculatrice ; il se lasse de voir une 
assemblée, où siègent soixante- huit avocats et 
neuf médecins, prétendre qu'elle représente la 
nation , tandis que les intérêts commerciaux 
ne sont représentés que par deux membres et 
la propriété territoriale par douze; il se lasse 
de ces luttes qui ne produisent que des change- 
ments d'hommes, et, dans sa colère, il est tout 
disposé à renverser ces institutions nouvelles, 
qui n'ont apporté aucun soulagement à ses 
maux. Nous sommes menacés, d'un côté, par 
les clubs révolutionnaires et l'armée, et, de 
l'autre, par les partisans de don Miguel. Les 
têtes sont montées, et je m'attends à chaque 













mi 



M 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



instant à une émeute populaire et à une tenta- 
tive de révolution. » Or, pour tout remède, 
nombre d'hommes politiques des plus impor- 
tants ne voyaient que l'appui d'une armée auxi- 
liaire du dehors. M. Van de Weyer ne cessa de 
maintenir que la charte elle-même et les traités 
offraient les moyens légaux de combattre l'anar- 
chie et de faire, au besoin, un appel aux alliés du 
royaume. Cependant, les sinistres prédictions 
des Portugais ne tardèrent point à se réaliser 
au milieu des plus déplorables et des plus hon- 
teuses intrigues; les révolutions et les contre- 
révolutions qui suivirent sont connues de tout 
le monde. La reine dona Maria et le prince don 
Fernando y déployèrent un admirable courage. 
M. Van de Weyer resta fidèle à son thème, car, 
ce qu'il a toujours voulu en Portugal, avec le 
roi Léopold, avec l'Angleterre et son digne 
ministre lord Howard de Walden, avec tous les 
hommes sensés et les politiques les plus distin- 
gués, c'était de mettre ce pays à l'abri d'une 
restauration absolutiste et miguéliste; la reine 
à l'abri de tout danger personnel, à l'abri des 
clubs et de leurs violences, des pronunciamen- 
los militaires excités par de basses jalousies et 
de honteuses cupidités ; en un mot, ce qu'il a 
toujours voulu fortement, sincèrement, c'est le 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



25 



maintien de cette charte libérale dont l'empe- 
reur dom Pedro avait, dans ses dernières 
paroles, recommandé la stricte observation à 
sa fille, et que la nation, fatiguée d'émeutes et 
d'intrigues politiques, a enfin rétablie et conso- 
lidée. 

L'établissement d'une monarchie constitu- 
tionnelle en Portugal était, on le sait, une tâche 
difficile. Craignant pour les nouveaux souve- 
rains le contre-coup des événements d'Espagne, 
le représentant du roi des Belges devait à la 
fois s'efforcer de protéger la reine contre 
des agressions anarchiques, faire respecter la 
charte donnée par dom Pedro, en 1826, et 
s'opposer aux tentatives des miguelistes. Le 

roi Léopold lui écrivait, le 30 avril : « Je 

suis fort heureux de voir la confiance entière 
que place en vous mon neveu. 11 m'a demandé 
d'une manière qui m'a fait un bien grand plai- 
sir de vous garder aussi longtemps que possible 
et m'a dit que c'était en vous qu'il plaçait tout 
son espoir... La fermeté et le courage de mon 
neveu seront les meilleures armes qu'il aura 
dans sa position. Il me paraît certain que qui- 
conque a le courage de se maintenir ferme et 
en place dans une crise politique, s'il a à sa 
disposition quelques moyens d'action, ne sera 






26 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 






jamais facilement déplacé, et je ne puis m'em- 
pêcher de penser à ce fait que Louis XVI a été 
traité avec respect par la Convention jusqu'à ce 
qu'il eût envoyé aux Suisses l'ordre de mettre 
bas les armes. » 

M. Van de Weyer résolut de faire avec le 
prince époux un long voyage à l'intérieur du 
pays, afin que dom Fernando connût par lui- 
même la véritable situation. Au moment où 
M. Van de Weyer se mettait en route avec le 
prince, la reine lui remit de sa main les insignes 
du grand- cordon de l'ordre de la Tour et de 
l'Épée. Cette gracieuse marque d'attention et 
les félicitations constantes du roi Léopold prou- 
vaient que son représentant avait justifié toute 
la confiance qu'on avait placée dans sa fermeté 
et sa capacité ('). 



(') Le marquis de Sa da Bandeira, dans un écrit récent, 
a donné quelques détails sur la conduite de M. Van de 
Weyer pendant la révolution de septembre 1836. Le 
célèbre homme d'État portugais, après avoir dit qu'il avait 
d'abord résisté aux instances de la reine qui le pressait de 
se charger de la formation d'un nouveau ministère, con- 
tinue en ces termes : « Peu de temps après (c'était le 
10 septembre), le vicomte, aujourd'hui marquis de Sa da 
Bandeira, reçut un nouvel ordre de se rendre dans le 
cabinet du prince, où il trouva Son Altesse Boyale, ayant 




SYLVAIN VAN DE WEYER. 



27 



Quand, forcé par l'état de sa santé,qui souffrait 
du climat, M. Van de Weyer se rembarqua pour 



près d'elle le ministre d'Angleterre, lord Howard de Wal- 
den, et le ministre de la Belgique, M. Van de Weyer. — 
Le prince fit asseoir le vicomte près de la table, et Son 
Altesse, prenant la parole, insista pour que le vicomte se 
chargeât de la formation d'un nouveau ministère ; en 
ajoutant que, dans les circonstances où l'on se trouvait, 
ce serait le plus grand service qu'il pût rendre à la reine. 
— Les deux diplomates insistèrent aussi, en présentant 
des raisons également pressantes. — Cependantle vicomte 
persistant dans son refus, le prince lui prit le bras (le seul 
qui lui reste) et, en le serrant avec force, répéta que le plus 
grand service que le vicomte pouvait rendre à la reine, 
ce serait d'accepter, ne fût-ce que pour peu de temps, et 
il ajouta qu'il ne lui laisserait point le bras libre avant qu'il 
promît d'accepter. — Le vicomte dit alors que Son Altesse 
pratiquait envers lui une contrainte morale et physique, à 
laquelle il se trouvait dans la nécessité de céder ; mais 
qu'il le ferait à une condition très-explicite, et cette con- 
dition était : — qu'il se chargerait de former un ministère 
dans le but de faire prévaloir les principes proclamés par 
la révolution, en cherchant toutefois à harmoniser, autant 
que possible, la constitution de 1822, avec la charte con- 
stitutionnelle de 1 826. — Le vicomte ajouta que de la 
sorte il agirait avec loyauté envers la couronne et envers le 
peuple. Le prince approuva ce programme aussi simple 
que politique. Les diplomates l'approuvèrent également. 
— Le prince lâcha alors le bras du vicomte, et se rendit 



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28 



SYLVAIN VAN DE WEYEU. 



Londres, le 25 décembre, ce fat, selon l'expres- 
sion même du roi des Belges, un coup bien 
douloureux pour le prince Ferdinand. Plein de 
cœur et d'une haute intelligence, ce dernier 
conserva toujours un souvenir reconnaissant 
du dévouement que M. Van de Weyer lui avait 
montré dans des circonstances si importantes 
et parfois si périlleuses. 

Pour donner à son ministre une marque 
plus éclatante encore de sa gratitude, le roi 
Léopold lui offrit le titre de comte. M. Van de 
Weyer pria le roi de ne pas donner suite à ce 
projet : s'il avait existé une pairie en Belgique, 
il eût été inexcusable de ne pas accepter une 
position politique; mais quant à une qualifica- 
tion nobiliaire, il espérait, disait-il, avoir un 
jour un nom et ne prétendait pas à un titre. 

Pendant un court séjour qu'il fit en Belgique, 
l'année suivante, M. Van de Weyer eut la satis- 
faction de recevoir un Anglais célèbre, dont 
l'esprit sympathisait avec le sien, le vicaire de 
Combe-Florey, le très-spirituel Sydney Smith. 
Celui-ci, qui revenait de la Hollande dont le 



de nouveau avec lui près de la reine... » Lettre adressée 
au comte Goblet d'Alviella, sur l'ouvrage : l'Etablissement 
des Cobourg en Portugal (Lisbonne, 1870), pp. 6 et suiv. 




I 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



29 



séjour ne lui avait guère plu, fut heureux de 
rencontrer à Bruxelles l'homme également spi- 
rituel qu'il appelait son ami, et qui le combla 
d'attentions. Présenté à la mère du diplomate 
belge, Sydney Smith fut frappé de sa vive intel- 
ligence et de la fermeté de son caractère ('). 
M. Van de Weyer se trouvait à Londres, 
lorsque, le 20 juin 1837, fut proclamé l'avéne- 
ment de la reine Victoria I r0 . Le nouveau règne 
commençait sous les plus heureux auspices : 
tous les partis manifestaient le même dévoue- 
ment, la même loyauté. Au dehors, à la cour 
de Bruxelles particulièrement, et à la cour des 
Tuileries, on montrait une confiance absolue 
dans les destinées de la jeune et puissante sou- 
veraine. La reine des Belges écrivit, le 22 juin, 



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(') « ... On his return, by Brussels (1837), he received 
much kindness and attention from his friend M. Van de 
Weyer, who was then staying there, and made acquain- 
tance with Madame Van de Weyer, his mother, with whom 
he was excessively struck, both from her talent and her 
vigour of character. He had, whilst hère, the honour of an 
interview with king Leopold, who afterwards sent himi an 
invitation to dine with him at his palace at Laeken, and 
was kind enough to send his carriage te Brussels lo take 
him there and bring him back. Memoir of the Rev. Sydney 
Smith,by his daughter, lady Holland, t. 1" pp. 253-254. 









30 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



à M. Van de Weyer : « Il n'est question en 
France que de la mort de Guillaume IV et de 
l'avènement de la reine Victoria. C'est un évé- 
nement européen qui nous touche de près et 
qui occupe tous les esprits. L'avènement de la 
reine Victoria cause une satisfaction univer- 
selle. » A cette lettre, le roi Léopold ajouta 
les mots suivants : « Il est du plus haut inté- 
rêt de la France et de l'Angleterre de rester 
unies ; car de cette union dépend la paix du 
monde. » 

Dans les premiers jours du printemps de 1838, 
une nouvelle inattendue vint tout à coup réveil- 
ler la question belge avec tous les dangers 
qu'elle recelait. Le roi Guillaume 1 er , en présence 
de l'attitude inquiétante des états généraux, avait 
enfin, quoique à contre-cœur, donné son adhé- 
sion au traité du 15 novembre 1831. Cette 
brusque résolution était consignée dans une 
note laconique du 14 mars 1838, transmise à 
lord Palmerston par M. Salomon Dedel. 

On conçoit l'émotion que cette nouvelle dut 
exciter en Belgique. Le sacrifice qu'on exigeait 
d'elle en 1831, après des événements funestes, 
fallait-il encore s'y soumettre après sept années 
d'une vie commune et heureuse avec le Lim- 
bourg et le Luxembourg? Non. Le roi Léopold 



■ 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



31 



■ 



écrivait à M. Van de Weyer, le 17 avril : « Le 
roi Guillaume a joué à la loterie en n'acceptant 
pas le traité du 15 novembre. 11 pouvait gagner; 
il a perdu. C'est à ceux qui perdent de payer. » 
La Belgique était maintenant résolue à résister, 
elle aussi, aux injonctions de l'Europe, dût-elle 
succomber dans une lutte inégale. 

Demandons-nous, toutefois, si le cabinet de 
Bruxelles, en se confiant trop aveuglément aux 
stipulations provisoires de 1833, avait montré 
toute la prévoyance nécessaire; s'il n'eût pas 
mieux valu, durant la trêve même issue de la 
convention du 21 mai, entamer spontanément 
de nouvelles négociations que d'être mis en 
demeure de les reprendre? Quand ce moment 
fatal fut arrivé, le gouvernement belge, du 
moins, ne négligea rien pour défendre les 
graves intérêts qui lui étaient confiés. 

M. Van de Weyer avait émis l'avis que les 
négociations entre la Belgique et la Hollande 
devaient désormais être directes et non plus 
soumises à l'intermédiaire de la conférence. - Un 
pareil traité, disait-il, ne peut se conclure qu'à 
l'aide d'une négociation directe entre les deux 
parties, où elles consulteraient leurs conve- 
nances et leurs intérêts réciproques en ce qui 
concerne le territoire, la dette, la navigation 



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■■ 



I 






32 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



des fleuves et rivières, etc. » Cet avis avait été 
approuvé par le roi Léopold et par M. de Theux, 
qui réunissait alors dans ses mains les porte- 
feuilles des affaires étrangères et de l'inté- 
rieur. En outre, M. Van de Weyer estimait 
qu'il fallait, avant tout, essayer de maintenir le 
statu quo ('). 

C'était se faire illusion que d'espérer de se 
soustraire à l'intervention de la conférence. Ce 
haut tribunal européen existait toujours et ne 
songeait point à renoncer aux prérogatives qu'il 
s'était attribuées. Mais il avait subi des change- 
ments considérables depuis 1834 : Talleyrand, 
le cauteleux ami des Belges, était descendu dans 
la tombe ; Wessemberg, suspect de libéralisme, 
avait encouru, disait-on, la disgrâce du gouver- 
nement autrichien, et vivait dans un château 
près de Fribourg, avec quelques amis et ses 
livres; le prince et la princesse de Lieven pour 
d'autres motifs, avaient aussi été retirés de la 
scène politique. La conférence de 1838 se com- 



(') M. de Theux lui écrivait, le 30 mars 1838 : « Je vois 
avec plaisir que nous sommes bien d'accord sur l'utilité de 
conserver le statu quo. Quant aux moyens à employer, je 
compte entièrement sur votre habileté à tirer parti des 
hommes et des choses. » 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



33 



posait du plus riche des magnats hongrois, le 
prince Esterhazy, suppléé, lorsqu'il était absent, 
par un vétéran de la diplomatie, le comte Senfft- 
Pilsach, ministre d'Autriche à la Haye; du baron 
Bûlow, le représentant de la Prusse, remar- 
quable à la fois par la mobilité et la vigueur de 
son esprit; du comte Pozzo di Borgo,qui repré- 
sentait la Russie et prétendait hériter de la 
renommée du prince de Talleyrand; du général 
Sébastiani, l'ambassadeur français, encore imbu 
des idées du premier empire, mais libéral à 
sa façon et très-aristocrate. Lord Palmerston, 
qui représentait l'Angleterre, est suffisamment 
connu. MM. Dedel et Van de Weyer étaient 
seulement accrédités près de la conférence. Un 
ancien diplomate disait que M. Dedel était ce 
que l'on pouvait attendre d'un gentilhomme 
hollandais élevé en Angleterre pendant les 
épreuves de la maison de Nassau; il unissait la 
prudence et la loyauté de son pays natal à la ré- 
solution d'un Anglais. Quant à M. Van de Weyer, 
on ne pouvait voir en lui, suivant un écrivain de 
Berlin, le prototype de ses « rudes et turbulents 
compatriotes; » c'était un savant, un homme 
littéraire. Il n'avait rien de commun avec les 
loups et les renards de la diplomatie; il se dis- 
tinguait par la douceur, l'adresse, la souplesse : 

5 





■ 



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34 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



il fascinait ses collègues et atteignait avec une 
étonnante habileté l'objet qu'il avait en vue (*)• 
Les ministres de 1838 ont eux-mêmes rendu 
justice à M. Van de Weyer, qui les seconda avec 
une rare intelligence. Déjà un projet de note 
avait été rédigé, par lequel la conférence décla- 
rait qu'elle était prête à signer les vingt-quatre 
articles avec le plénipotentiaire hollandais. On 
aurait ainsi coupé court aux réclamations de la 
Belgique, et ou l'aurait réduite à subir silencieu- 
sement des conditions contre lesquelles elle 
protestait. M. Van de Weyer, dans des pour- 
parlers officieux, combattit énergiquement ce 
projet; il fit comprendre aux plénipotentiaires 

(') Citons le texte anglais que nous nous sommes borné à 
résumer... : « M. Van de Weyer ably represents theBelgian 
crown, but he is no prototype of his coarse and noisy coun- 
trymen. Previous to his rise in the world he was engagcd 
in a trade in which he has become familiar with, and 
embibed ail that is civilising in literature. If other diplo- 
mates may be compared with foxes and wolves, he may 
aptly be likened to a cat in diplomacy. He moves softly, 
stealthily, and warily to.his object ; his touch is so velvety 
and soft, and he purrs round his colleagues with so coaxing 
a voice that they are api to forget that in an à propos 
moment he will fix his claws on his prey, and secure it 
out of reach. ■> Lettre de Berlin du 18 novembre 1838, 
dans le Morniwj Post du 7 décembre. 



I 






i% 



SYLVAIN VAN DE WEYEE,. 



35 



français et anglais, lord Palmerston et le général 
Sébastiani, le préjudice qui résulterait pour les 
Belges d'un acte aussi décisif. Il obtint le résultat 
désiré. Apres de vives discussions entre les man- 
dataires des diverses puissances, il fut enfin 
convenu, le 6 avril, que le représentant de la 
Grande-Bretagne répondrait à M. Dedel par un 
simple accusé de réception, pendant que les 
représentants des autres cours demanderaient à 
leurs gouvernements respectifs des instructions 
nouvelles ('). 



I 






(■) On lit dans le rapport fait, le 1" février 1839, par 
M. de Theux, ministre des affaires étrangères : « Dès que 
j'eus reçu avis de la communication de M. Dedel, je m'em- 
pressai de faire savoir à M. Van de Weyer que, dans le 
cas où il serait appelé à prendre immédiatement part aux 
conférences, i] s'y refusât, attendu qu'il n'avait pas cru 
devoir, en l'absence d'une notification officielle de la 
démarche du cabinet de la Haye, réclamer des instructions 
de son gouvernement. M. Van de Weyer recevait en même 
temps l'invitation de ne rien négliger pour éviter la reprise 
des négociations sous l'influence de la conférence, de conti- 
nuer ses rapports officieux avec les plénipotentiaires, rap- 
ports si utiles en ce qu'ils permettaient d'agir sur les esprits, 
mais en ayant soin qu'ils ne pussent, en aucun cas, être 
envisagés comme une sorte d'adhésion à un arbitrage 
désormais sans motif. Je fis sentir que la ratification pure 
et simple des vingt-quatre articles n'était plus possible et 



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Il 



36 



SYLVAIN VAN DE WEYEU. 



Les séances de la conférence furent alors sus- 
pendues de fait, sans toutefois que la diplomatie 
se condamnât à l'inactivité. Les plus grands 
efforts furent, au contraire, déployés, de part 
et d'autre, pour soutenir ou pour combattre les 
prétentions de la Belgique. Dès le 20 mars, le 
cabinet de Bruxelles avait écrit à M. Van de 
Weyer qu'il fallait s'attacher à la conservation 
du territoire, et le ministre belge s'efforçait, par 
ses démarches et ses entretiens, de seconder 
les manifestations nationales dont son pays 
était le théâtre. Malheureusement, il venait dès 
lors se heurter contre des déterminations qui 
paraissaient irrévocables. 

Des travaux excessifs et les anxiétés d'une 
tâche difficile avaient exercé une influence 
fâcheuse sur la santé du ministre belge, lors- 
que, au mois d'avril, il perdit son père. Le roi 



que les plénipotentiaires réunis en conférence ne devaient 
prendre aucun engagement à l'égard du cabinet de la Haye, 
avant un sérieux examen de la situation diplomatique, si 
essentiellement modifiée. Notre intérêt était de prévenir 
tout acte positif de la part de la conférence, de nous procurer 
des délais et de les mettre à profit pour sonder le terrain 
et préparer les voies à notre système. Mes instructions 
furent rédigées dans ce sens. Nos efforts obtinrent un 
premier succès... » 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



37 



Léopold, en lui exprimant la part vive et sincère 
qu'il prenait à cet événement, lui recommanda 
de la manière la plus instante de songer avant 
tout à sa propre santé ('). 

Mais bientôt M. Van de Weyer fut obligé de 
redoubler de vigilance politique. Contraint par 
la majorité de ses collègues, lord Palmerston 
avait fait connaître aux cours du Nord, sans 
même s'être concerté avec le cabinet de Paris, 
que le gouvernement britannique était résolu à 
maintenir les arrangements territoriaux des 
vingt- quatre articles. C'était remplir les vœux 
les plus ardents des cours du Nord et découra- 
ger le cabinet des Tuileries ( 2 ). Si la Belgique des 



(') Le roi Léopold à M. Van de Weyer, 23 avril i 838. 11 
réitère sa recommandation le 27. Puis, le 22 mai, il lui 
écrit : «... Je vous remercie pour tout le zèle et tout le 
dévouement dont vous n'avez cessé de me donner des 
preuves; chez vous il y a cette harmonie du cœur et de 
l'esprit qu'on rencontre si rarement et bien rarement dans 
notre pays ici. Je vous apprécie beaucoup et vous porte une 
grande affection. » 

( 2 ) La correspondance du représentant de la Belgique à 
Paris nous a fait connaître les causes de cette sorte de' 
démonstration. — Piqué du mode d'opposition de lord 
Palmerston, dans les premières séances de la conférence, 
le prince de Metternich agit sur l'esprit de sir Frédéric 
Lamb, ambassadeur d'Angleterre à Vienne et beau-frère de 






38 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



vingt-quatre articles, comme disait Louis-Phi- 
lippe, eût été attaquée, la France l'aurait défen- 
due; mais pour les parties contestées du Lim- 
bourg et du Luxembourg, le roi des Français, 
destitué du concours de l'Angleterre, se résignait 
maintenante leur sacrifice et devait s'attacher, 
en outre, à recommander la même résignation 
au roi des Belges. 

Le cabinet de Saint-James avait également 
émis l'opinion que rien ne pouvait être changé 



i 



lord Melbourne. On chercha à le convaincre qu'une affaire 
aussi grave que celle de Belgique méritait lattention de 
tout le ministère anglais; que probablement la France, 
en vue d'ajourner la constitution définitive du nouvel 
État belge , favoriserait tous les moyens d'empêcher le 
maintien intégral et l'exécution immédiate du traité ; 
qu'une pareille tactique était absolument en opposition 
avec l'intérêt anglais ; que lord Melbourne et ses collègues 
ne pourraient s'y associer, même indirectement, sans com- 
promettre leur existence, et que, pour prévenir tout 
reproche fondé de connivence ou de participation à ce sys- 
tème, ils devaient prendre une position nette vis-à-vis de 
la conférence et des parties intéressées. Lord Melbourne, 
lord Lansdown et lord Holland auraient vivement adhéré 
à cet avis et auraient même fait forcer le main à lord Pal- 
merston. Voir le travail que nous avons consacré au comte 
Le Hon, ministre plénipotentiaire de Belgique à Paris, etc., 
p. 153. 







■ 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



39 



au chiffre de la dette annuelle, mise à la charge 
des Belges par le traité des vingt-quatre arti- 
cles. Cette dette s'élevait au chiffre énorme de 
8,400,000 florins, et une commission d'État, 
présidée par le baron d'Huart, ministre des 
finances, venait de démontrer que la part des 
Belges, au moment de la dissolution du royaume 
des Pays-Bas, ne dépassait pas une rente de 
2,2t 5,000 florins. Deux membres de la com- 
mission, MM. Du Jardin et I. Fallon, se ren- 
dirent à Londres et se joignirent à M. Van de 
Weyer pour rectifier les erreurs de la confé- 
rence. 

Dans une dépêche du 4 août, M. Van de Weyer 
informa le cabinet de Bruxelles que les plénipo- 
tentiaires des cours du Nord avaient l'intention 
de proposer à la Belgique, par l'entremise offi- 
cieuse de lord Palmerston, la signature d'un 
traité avec la Hollande. Ce traité aurait compris 
les vingt-quatre articles, sauf quelques modifi- 
cations, maintenu les cessions territoriales et 
abandonné à l'examen d'une commission, et, 
au cas d'un désaccord complet dans le sein de 
cette commission, à l'arbitrage de la conférence, 
la question des arrérages et celle» de la liquida- 
tion du syndicat d'amortissement. « Lorsque 
lord Palmerston me parla de ce projet, écrivait 












40 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



M. Van de Weyer, je lui déclarai, sans hésiter, 
qu'il était inacceptable ; qu'en effet, si je saisis- 
sais bien le sens de ces propositions, elles 
n'auraient eu pour résultat que de décider 
contre nous la cession du territoire et le paye- 
ment de la rente annuelle de 8,400,000 florins...; 
qu'il ne s'agissait plus, en 1838, d'insérer les 
vingt-quatre articles dans un traité avec la Hol- 
lande et d'y ajouter quelques articles explicatifs; 
qu'il fallait un traité définitif, réglant tous les 
points, tranchant toutes les difficultés, établis- 
sant, enfin, d'une manière stable et durable, les 
rapports des deux États... » Cette fermeté, qui 
ne se relâcha point dans des conférences ulté- 
rieures sur les questions financières, ne déplut 
pas à lord Palmerston. Le représentant de la 
Belgique disait en terminant:» Lord Palmerston 
a hâte d'en finir; mais son empressement n'est 
ni de la tiédeur ni de l'hostilité envers la Bel- 
gique. Il prend vivement ses intérêts à cœur, 
et il voudrait qu'il lui fût permis de seconder 
ses vœux pour l'intégrité du territoire; mais il 
me reste peu ou point d'espoir à cet égard. 
Cependant, j'ai prié Sa Seigneurie de faire en 
sorte, après l'examen du travail sur la dette, 
que je fusse mis en rapport direct et personnel 
avec le plénipotentiaire hollandais. Nous pour- 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



41 



rions alors, si le chiffre de la dette était rectifié 
en notre faveur, lui faire des propositions rela- 
tives au territoire. — Je doute, me répondit 
lord Palmerston, que M, Dedel soit autorisé à 
s'entendre directement avec vous, et je doute 
même que sa cour consente à vous suivre sur 
ce terrain. — Je crois devoir ajouter que je me 
suis abstenu, depuis quinze jours, de voir aucun 
des plénipotentiaires du Nord. Je n'ai voulu leur 
montrer ni empressement, ni inquiétude, et j'ai 
mis autant de soin à me tenir à l'écart que j'ai 
mis d'assiduité à voir les ministres de France et 
d'Angleterre ('). » 

M. Van de Weyer dépeignait la situation en 
deux mots, lorsqu'il disait qu'il lui restait peu 
ou point d'espoir de sauver l'intégralité du ter- 
ritoire belge f). Pour se conformer aux instruc- 
tions du cabinet de Bruxelles, il s'était occupé 



ni 



( ') Histoireparlementairedu traité de paix du i9avriU859 
entre la Belgique et la Hollande (Bruxelles, 1 839), t. I", 
pp. 35 et suiv. 

(*) Le 18 août, M. de Iheux s'adressait^en ces termes à 
M. Van de Weyer : « Je ne me dissimule en aucune manière 
les grandes difficultés que nous rencontrons en présence 
de diplomates pressés de mener à fin la question belge. Je 
sais, d'autre 
soutenir nos 



part, tous les spi«s r ^qTîB<-^ous prenez pour 
intérêts. » X. /v 1 -' s\ 




s 



^*k 












i 



42 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



sans relâche aussi des questions financières. Il 
prit une part active aux entretiens que MM. Fal- 
lon et Du Jardin eurent avec les plénipoten- 
tiaires de France et d'Angleterre pour étayer 
les assertions énoncées dans le mémoire de la 
commission dont ils avaient fait partie. Les 
plénipotentiaires des autres puissances reçurent 
communication de ce mémoire et essayèrent de 
le réfuter. Après un nouvel échange de notes, 
lord Palmerston, d'accord avec le plénipoten- 
tiaire de France, finit par déclarer qu'un chiffre 
transactionnel était le seul moyen pratique d'en 
finir. Le cabinet de Bruxelles ne fut pas de cet 
avis et refusa de s'associer au moyen indiqué 
par lord Palmerston. La diplomatie s'émut de 
nouveau. « Le 16 octobre, dit un document 
officie], les plénipotentiaires des cinq cours se 
réunirent en conférence; et, malgré la déclara- 
tion du gouvernement belge, les explications 
verbales et les efforts du ministre du roi et des 
commissaires, ils repoussèrent le système de la 
révision, persistant dans le projet d'une trans- 
action. Le chiffre de la déduction à faire sur la 
portion de la dette à mettre à la charge de la 
Belgiquefut, par eux, portéà3,000,000de florins. 
Us arrêtèrent, en outre, que des démarches 
seraient faites auprès des deux parties, pour les 



I 



m 



SYLVAIN VAN DE WEYEIt. 



43 



amener à l'adoption de ce système de transac- 
tion ('). » 

Toutes les puissances représentées à la confé- 
rence étaient impatientes , pour des motifs 
divers, d'aboutir à une prompte solution. Dans 
un entretien qu'il avait eu , à Paris , avec le 
comte Mole, président du conseil, lord Holland 
avait dit nettement que l'existence du ministère 
anglais tout entier était subordonnée à cette 
solution, et qu'il fallait l'amener sans trop faire 
crier la Hollande, qui avait de nombreux amis 
dans la Cité et dans les Chambres. Telle fut la 
pensée qui domina, dès lors, les délibérations 
du cabinet de Saint-James. Assemblé le 26 no- 
vembre, il décida, à l'unanimité, qu'il y avait 



■ 
I 



(') A cette époque (octobre 1838), M. Van de Weyer 
signait à Londres une convention entre la Belgique et le 
royaume de Sardaigne. » Le cabinet de Turin, écrivit-il, 
attache une grande importance à la convention que nous 
avons conclue ; il l'a fait publier à Gênes pendant le séjour 
du roi, et cette publication a été fort bien accueillie par le 
commerce. Le roi de Sardaigne se propose de resserrer 
ses nouveaux liens avec la Belgique par l'envoi d'une mis- 
sion permanente à Bruxelles. » Charles-Albert se plut, en 
outre, à témoigner sa satisfaction au représentant de la 
Belgique à Londres en lui conférant le grand-cordon des 
Saints-Maurice et Lazare. 



44 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



■ 



lieu de terminer dans le plus court délai pos- 
sible l'affaire hollando-belge, et que la mesure 
des sacrifices de la Hollande était comble. Il 
s'associa en conséquence à une nouvelle dé- 
claration, tendante à constater officiellement 
l'immutabilité des arrangements territoriaux. 

Se conformant toujours aux instructions du 
cabinet de Bruxelles, M. Van de Weyer proposa, 
moyennant certaines conditions, de porter à 
4,000,000 de florins la rente annuelle qui devait 
être imposée à la Belgique. Mais le représentant 
du roi Léopold put de nouveau se convaincre 
que la conférence n'accueillerait point cette* 
proposition; qu'une offre supérieure ne serait 
même discutée qu'autant que la Belgique renon- 
cerait à toute prétention sur le territoire ('). 

Le 6 décembre, la conférence adopte le pro- 
tocole final, qui fixe à une rente annuelle de 
S, 000,000 de florins la part des Belges dans les 
dettes du royaume uni des Pays-Bas, mais qui, 
d'autre part, reproduit et maintient strictement 
les arrangements territoriaux du 15 novem- 
bre 1831. 

Le cabinet de Bruxelles fit alors une dernière 
tentative. M. de Gerlache fut envoyé à Londres, 



( 1 ) Histoire parlementaire, etc., t. I 01 , p. 79. 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



45 



avec des instructions secrètes. En fixant le jour 
où il recevrait, au Foreign-Officc , le confident 
de M. de Theux , lord Palmerslon écrivit à 
M. Van de Weyer (Broadlands,! 1 janvier 1839) : 
« Je ne dois pas, cependant, vous induire en 
erreur en vous faisant croire que la mission 
de M. de Gerlache pourra arrêter ou changer la 
marche de la conférence. M. de Gerlache est 
arrivé huit mois trop tard. » Le 15, M. Van de 
Weyer, accompagné de l'ancien président du 
Congrès national, remit officiellement à lord 
Palmerston une note, où le gouvernement helge 
proposait de racheter le territoire qu'on voulait 
lui arracher. « Le soussigné, disait-il, doit ter- 
miner en déclarant que la Belgique ne saurait 
se soumettre au chiffre de cinq millions, en 
l'envisageant sous le rapport du droit et isolé- 
ment; mais il s'empresse d'ajouter que, en ratta- 
chant cette question à celle du territoire, le 
gouvernement du roi, si l'on reconnaît son état 
de possession actuelle, n'hésiterait pas à accepter 
la dette ainsi fixée, et que même, dans des vues 
de paix et de conciliation, il ajouterait à la rente 
de 5,000,000 de florins une somme capitale de 
60,000,000 de francs, à payer immédiatement. » 
Cette suprême tentative échoua également, 
comme l'avait prédit lord Palmerston, et il fallut 



I 









46 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



courber la tête pour ne pas exposer la natio- 
nalité belge à de nouveaux et redoutables 
périls ('). 

Le 19 février,M. de Theux propose aux Cham- 
bres l'acceptation des dernières décisions de la 
conférence. Après des débats orageux et émou- 
vants, les propositions du gouvernement sont 
adoptées, le i 9 mars, par la Chambre des repré- 
sentants, et, le 26, par le Sénat. 

Le jour même de l'adoption du traité par la 
Chambre des représentants, M. Surlel de Cho- 
kier, l'ancien régent, écrivait à celui qu'il se 
plaisait à appeler son •< ancien ministre des re- 
lations extérieures » :— « Nous sommes loin de 
cette union, de cet admirable accord qui faisait 






(') On lit dans le rapport du ministre des affaires étran- 
gères : .. M. Van de Weyer et M. de Gerlache virent suc- 
cessivement les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de 
la Grande-Bretagne et de Prusse ; ils les trouvèrent égale- 
ment inébranlables. » - De retour à Bruxelles, M. de Ger- 
lache écrivit à M. Van de Weyer (7 février) : ..... M. de 
Theux vous rend pleine justice, et je ne crois pas même que 
personne songe à vous attaquer dans les Chambres. Quant à 
moi, j'ai parlé, comme je le devais, à l'occasion, en rap- 
portant ce dont j'avais été témoin dans la lutte énergique 
que vous avez soutenue contre les Sébastiani, les Palmer- 
ston, les Biilow, etc. » 




SYLVAIN VAN DE WEÏEH. 



47 



la force du Congrès, dont la convenance, la 
gravité et la sagesse des débats excitaient l'ad- 
miration chez l'étranger ; c'est qu'alors nous 
n'avions tous qu'un même but : le bonheur et 
l'indépendance de notre patrie. Les petits inté- 
rêts personnels n'avaient pas encore corrompu 
les hommes qui s'étaient dévoués sans arrière- 
pensée au bien de tous, sans penser à leur 
bien être particulier. Ah ! mon cher collègue, 
que je plains les hommes qui sont au timon des 
affaires, et mes ci-devant cousins (') qui sont 
loin d'être aussi heureux sur leurs trônes que 
je le suis dans ma retraite de Gingelom. » 

Le cabinet de Bruxelles, voyant disparaître, 
à Paris, le cabinet présidé par M. Mole, ne se 
pressait point de signer le traité. Impatienté, 
lord Palmerston adressa, le 4 avril, à M. Van de 
Weyer, ce billet assez vif, écrit en français : 
« ... Mais l'autorisation que vous attendez pour 
signer, où est-elle donc? Le paquebot a-t-il fait 
naufrage? ou bien, est-ce que votre gouverne- 
ment attend encore les chances des arrange- 
ments ministériels à Paris? Si cela est, il n'y a 



■ 



(') L'ancien et caustique régent appelait familièrement 
Louis-Philippe : mon «ousin,. et le roi, aux Tuileries même, 
avait toléré de bonne grâce cette familiarité. 












48 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 






I 



rien à gagner par ce délai ; qu'on ne se fasse 
pas illusion à cet égard, tandis que ces manœu- 
vres épuisent la patience de tout le monde. 
Quand on a pris une résolution, on doit s'exé- 
cuter de bonne grâce... » Dans ce même billet, 
lord Palmerston faisait allusion à une discussion 
très-vive que le ministre belge avait eue avec le 
général Sébasliani, à propos des modifications 
dont le traité pourrait encore être susceptible. 
M. Van de Weyer répondit le lendemain : 

« J'ai pris depuis longtemps, à Lisbonne 

comme à Londres, la ferme résolution de ne 
jamais permettre à un ambassadeur de France 
de parler peu respectueusement du roi des 
Belges ou légèrement de l'indépendance de 
mon pays. » 

M. de Theux informait alors M. Van de Weyer 
que M. Nothomb, ministre des travaux publics, 
allait se rendre à Londres, pour « suppléer à 
ce que les instructions écrites laisseraient sub- 
sister de doutes, suivant les circonstances qui 
pourraient se présenter. » De nouvelles démar- 
ches furent alors combinées, et non sans succès, 
pour améliorer certains détails du traité. Enfin, 
le 19 avril, M. Van de Weyer, accompagné de 
M. Nothomb, se rendit au Foreign-Office , afin 
d'achever l'œuvre à laquelle il avait participé à 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



49 



travers tant d'angoisses et de périls. Il signa les 
traités entre la Belgique et les cinq puissances, 
entre la Belgique et la Hollande, et entre la 
Belgique et la Confédération germanique. Mais 
avant d'accomplir cette formalité solennelle, il 
remit à la conférence une dernière note, que la 
postérité même ne lira jamais sans émotion : 

« S. M. le roi des Belges a retrouvé avec douleur, dans 
les projets qui lui ont été soumis, les stipulations territo- 
riales imposées dans des jours de malheur, et demeurées 
sept années sans exécution ; le temps a exercé une bien- 
faisante influence sur d'autres questions, et celle-ci, digne 
d'une généreuse sollicitude, est restée irrévocablement réso- 
lue. Il a fallu que ce résultat se reproduisît avec son carac- 
tère primitif de nécessité, pour que le pays pût se résoudre à 
un si grand sacrifice ; il a fallu que l'empire des circon- 
stances fût de nouveau constaté de la manière la plus 
évidente. Sa Majesté devait un dernier effort à des popula- 
tions qui ont montré tant d'affection et de dévouement ; et, 
si elle renonce à les conserver, c'est moins à cause des 
dangers qui menaçaient la Belgique entière qu'en considé- 
ration des maux qui devaient fondre sur les provinces du 
Limbourget du Luxembourg. Jamais Sa Majesté n'a senti 
plus péniblement toute l'étendue de la tâche qu'elle a 
acceptée dans l'intérêt de la paix générale, et pour consti- 
tuer une nationalité devenue une condition nécessaire de la 
politique européenne • elle trouvera une consolation dans 
l'idée que celte nationalité et cette paix sont désormais à 
l'abri de toute atteinte. » 

». 4 



H 



■ 









50 



SYLVAIN VAN DR WEYEE. 



Après avoir signé le traité, M. Van de Weyer 
écrivit au roi Léopold : « Votre Majesté aura 
sous les yeux toutes les pièces qui ont été échan- 
gées depuis quelques jours, et aura acquis la 
conviction que le temps a été bien et utilement 
employé. Je me félicite de l'arrivée de M. No- 
thomb. Elle a beaucoup facilité les heureux 
résultats que nous avons obtenus. Le plus par- 
fait accord a régné entre nous sur tous les points. 
11 sera constaté aux yeux de la nation que, bien 
que le gouvernement de Votre Majesté fût muni 
par la Chambre de l'autorisation de signer, il 
n'en a fait usage qu'après avoir obtenu de nou- 
veaux avantages. Nous espérons que les actes 
que nous avons posés obtiendront la haute 
approbation de Votre Majesté. Dans la note d'ad- 
hésion, nous avons surtout fait ressortir la 
grandeur du rôle que Votre Majesté a accepté, 
non dans son intérêt de prince, mais dans 
l'intérêt de la paix européenne et d'une natio- 
nalité naissante Le pays comprendra que 

c'est à Votre Majesté que l'on doit les nouvelles 
modifications. » 

Pendant les dernières et suprêmes négocia- 
tions qui devaient consolider l'indépendance 
belge, les défenseurs de la maison d'Orange 
avaient redoublé d'activité et d'énergie dans 



SYIVAIN VAN DE WEYER. 



51 



leurs attaques contre les défenseurs de la révo- 
lution. On vit avec surprise parmi les premiers 
M. Wallez, qui, sous le gouvernement des Pays- 
Bas, s'était signalé par sa violente opposition à 
la maison d'Orange et qui, depuis 1831, avait 
rempli les fonctions de secrétaire de la léga- 
tion belge à Londres. M. Wallez, ayant quitté 
Londres, s'était laissé séduire et corrompre 
à Paris par le gouvernement néerlandais; 
M. Van de Weyer en eut bientôt les preuves 
entre les mains. Ce fut pour lui une triste 
déception. Le 8 octobre, dans une lettre au roi 
Léopold, il exprimait l'avis que les troubles de 
Gand, fomentés par la presse orangiste, n'avaient 
pas le caractère et l'importance politique que 
celle-ci cherchait à leur donner : ce n'était point 
un mouvement hostile à l'indépendance du 
pays. Mais, d'autre part, il ne voulait pas, cepen- 
dant, qu'on laissât sans réponse les calomnies 
de la presse orangiste ; il demandait qu'on réfu- 
tât les brochures de M. Wallez et qu'on arrachât 
à celui-ci le masque dont il se couvrait encore ('). 







(') M. Van de Weyer avait découvert que M. Wallez était 
l'auteur des brochures ayant pour titres : Le dernier des 
protocoles, Lettre d'un pair de France à M. Thiers, La 
Belgique de Léopold. 









52 



SYLVAIN VAN DE WEYEll. 



« Pourquoi, disait-il, n'oppose-t-on point à ces 
publications le tableau qu'ont fait de la Belgique 
des écrivains étrangers dont .l'impartialité est à 
l'abri de tout soupçon? Les revues anglaises 
contiennent, depuis quelque temps, des articles 
fort remarquables à ce sujet. Pourquoi ne point 
les traduire, et, en rectifiant ce qu'ils peuvent 
avoir d'erroné, les publier en Belgique et les 
répandre avec cet à-propos dont nos ennemis 
nous donnent si bien l'exemple? Je m'offre 
volontiers à faire ce travail, si on le juge utile; 
j'irai même plus loin, je rentrerai dans la lice, 
ne fût-ce que pour engager de plus habiles à 
sortir de cette apathie politique où nous aimons 
trop à nous plonger. » 

Dans toutes les conjonctures importantes, on 
retrouvait l'énergique patriote de 1830. Le rang 
qu'il occupait dans la société anglaise, la renom- 
mée qu'il avait acquise comme savant et comme 
diplomate, le bonheur qu'il s'était assuré par 
une heureuse union, rien ne lui faisait oublier 
son pays natal : toujours il eut pour la Belgique 
le même amour, le même dévouement. 

Le 16 décembre 1838, jour anniversaire de 
sa naissance, le roi Léopold avait apposé sa 
signature au contrat de mariage entre M. Van 
de Weyer et M lle Bâtes. Au mois de février 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



53 






suivant, après avoir reçu les félicitations du 
roi , M. Van de Weyer lui écrivit : « Vous 
avez daigné, Sire, prendre à mon mariage un 
intérêt plein de bienveillance et de bonté, et je 
suis heureux d'annoncer à Votre Majesté que, 
dans cet acte de ma vie privée, j'ai trouvé en 
Angleterre, chez les hommes de tous les partis, 
les attentions les plus délicates, et que j'ai reçu 
de toutes parts le témoignage le plus flatteur 
d'une amitié à laquelle j'attache le plus grand 
prix, et comme particulier, et comme homme 
politique. » Ce n'était pas seulement le roi Léo- 
pold qui s'intéressait à la félicité de son ministre 
à Londres : la reine Victoria montrait les mêmes 
sentiments que son oncle. Par une faveur spé- 
ciale, elle voulut être marraine du premier 
enfant issu de l'union qui avait sa haute sym- 
pathie. Depuis le jour où Philippine de Hainaut, 
épouse d'Edouard III, avait tenu sur les fonts 
baptismaux Philippe d'Artevelde, pareil hon- 
neur n'avait été accordé à une famille belge 
par les souverains de l'Angleterre. 

Le roi Léopold qui, au mois de décembre, 
prévoyait la dissolution peut-être prochaine 
du ministère présidé par M. de Theux (car, 
disait-il, dans un pays constitutionnel, on ne 
sait jamais d'avance comment la bataille tour- 









I 



54 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



nera), avait jefé les yeux sur M. Van de Weyer, 
pour la formation d'une autre administration. 
« Je ne vous rends que justice, lui écrivait-il, 
en vous disant que vous êtes du petit nombre 
de ces hommes de cœur et d'esprit aptes à se 
charger du ministère. » Mais plusieurs années 
devaient encore s'écouler avant que ce royal 
désir pût être accompli. 



VIT 



H 



Le maréchal Saldanha, chargé, en 1840, 
d'une mission spéciale à Londres, pria M. Van 
de Weyer d'accepter les fonctions d'arbitre dans 
les questions litigieuses qui restaient à régler 
entre le Portugal et l'Angleterre. 11 savait, 
disait-il, que les intérêts portugais seraient 
bien défendus par lui, et qu'il ne pourrait pro- 
poser à lord Palmerston un nom qui lui fût 
plus agréable ('). Avec l'autorisation du roi 

(') M. Van de Weyer rendit compte au roi Léopold de cet 
entretien avec le maréchal Saldanha : « — Londres, 
30 juin 1840. — Sire, la mission du maréchal Saldanha 
marche à sa fin. Il a obtenu que le remboursement des 
créances dues à l'Angleterre ne s'effectuât qu'à terme, au 
lieu de s'opérer immédiatement, ainsi que l'exigeait d'abord 









56 



SYLVAIN VAN DE WEÏEK. 



Léopold et l'acquiescement de l'Angleterre, 
M. Van de Weyer accepta les délicates fonctions 
qui lui étaient offertes. Cet arbitrage, qui dura 
plusieurs années, fut, par le nombre et l'impor- 
tance des questions engagées, un incident re- 
marquable dans la carrière du diplomate belge. 
On verra plus tard en quels termes chaleureux 

lord Palmerston. Il reste à examiner les' réclamations des 
militaires anglais. De ces réclamations, les unes sont 
admises, les autres contestées par le gouvernement portu- 
gais. Lord Palmerston veut que les cas douteux soient 
référés au ministre de la guerre (secretary at war) et 
décidés par lui en dernier ressort. Le maréchal Saldanha 
soutient qu'il n'est pas de la dignité du Portugal de se sou- 
mettre à cette prétention et de prendre pour juge l'une des 
parties. Il propose, en conséquence, de nommer deux com- 
missaires, l'un anglais, l'autre portugais, et, en cas de dis- 
sentiment, de s'en rapporter à un arbitre désintéressé. 
« Vous pouvez, me dit avant-hier le maréchal, rendre à la 
reine et au Portugal un grand service, en acceptant ces 
fonctions d'arbitre. Nos intérêts seront bien défendus par 
vous ; et nous ne pouvons guère proposer à lord Palmerston 
un nom qui lui soit plus agréable que le vôtre. » Je répondis 
au maréchal que je m'estimerais d'autant plus heureux de 
contribuer à terminer ce différend, que, pendant mon 
séjour à Lisbonne, j'avais exposé tout le danger qu'il y avait 
à en laisser subsister la cause ; mais que je ne pouvais 
accepter ces fonctions, sans l'autorisation spéciale de Votre 
Majesté. » 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



57 






lord Palmerston lui adressa les remercîments 
du gouvernement anglais. 

Déjà, en 1841, dans une lettre écrite par 
M. Baron à M. Van de Weyer, et publiée parle 
premier en tête de son Histoire de la littérature 
française, l'arbitrage portugais était considéré 
comme un vrai titre d'honneur. Après avoir rap- 
pelé ses entretiens littéraires et philosophiques 
avec l'homme d'État, qui était resté l'ami de ses 
anciens collègues, après avoir constaté égale- 
ment le chagrin de celui-ci, lorsque des intérêts 
plus pressants l'obligeaient d'interrompre ces 
savantes conversations, l'éminent professeur 
ajoutait : « A demain, me disiez- vous; aujour- 
d'hui de plus pressants intérêts m'appellent. Il 
s'agit de défendre, devant les hauts et puissants 
seigneurs du monde, notre nationalité nais- 
sante. Demain arrivait; et votre nom retentissait 
glorieusement à la première tribune constitu- 
tionnelle de l'univers, et, par un choix qui 
honore également la Belgique et son représen- 
. tant, deux peuples soumettaient à votre arbi- 
trage les difficultés les plus délicates de leur 
politique. Et demain recule toujours. » 

11 faut certes regretter que M. Van de Weyer 
n'ait point, avec sa plume si fine et si colorée, 
dépeint ces « hauts et puissants seigneurs du 



■ 






58 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



monde » devant lesquels il défendait depuis 
dix années bientôt les intérêts de son pays et 
de la civilisation. Moins réservé , M. Guizot, 
ambassadeur de France près du cabinet de 
Saint-James en 1840, ne s'est pas fait faute de 
tracer, dans ses Mémoires, des silhouettes, assez 
réussies d'ailleurs, delà plupart de ses collègues 
du corps diplomatique. Après avoir esquissé 
diverses autres physionomies, il dit du ministre 
de Belgique : « M. Van de Weyer était un inter- 
prète spirituel, discret et bien placé dans la 
société anglaise, du roi Léopold et de sa pensée 
politique sur les affaires européennes ('). » 

Ce fut, en effet, par l'entremise de M. Van 
de Weyer que le roi Léopold travailla le plus 
activement pour prévenir les conséquences 
fatales qui pouvaient résulter du célèbre traité 
du 15 juillet 1840; pour faire cesser l'isolement 
de la France; pour rendre enfin de nouveau 
possible le système de concessions réciproques 
qui avait maintenu la paix du monde depuis 
dix ans. Généreuse tentative, efforts habiles et 
heureux qui, en augmentant la renommée du 
roi des Belges, lui méritèrent la reconnais- 



(') Mémoires de M. Guizot (édition de Leipzig), t. V, 
p. 58. 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



59 






sance des hommes d'État dignes de ce nom, 
en même temps que la gratitude des peuples 
préservés des horreurs de la guerre. « Le roi 
Léopold, disait à ce sujet le représentant de la 
Prusse à Londres (le baron de Bûlow), le roi 
Léopold a rendu un grand service à l'Europe. Il 
a rempli avec une sagesse et une prudence qu'on 
ne saurait trop louer, cette mission de média- 
teur à laquelle il est appelé et par sa position et 
par son caractère. » — Plus expansif encore fut 
lord Holland, dans un de ses entretiens avec le 
ministre de Belgique; s'exprimant avec une 
vivacité et une chaleur qui partaient du cœur, 
il s'écria: « L'Europe ne reconnaîtra jamais suf- 
fisamment tout ce que le roi Léopold a fait pour 
elle; moi, je le considère comme le protecteur le 
plus habile de la civilisation, et je lui voterais 
volontiers une statue au nom de tous les hommes 
éclairés. » 

M. Van de Weyer avait pu apprécier mieux 
que personne les services du souverain , dont 
il recevait les confidences. Il pouvait donc, le 
\ 2 décembre 1 840, lui écrire sans être soupçonné 
deflatterie: « La prudence de Votre Majesté a 
fait prendre à la Belgique, dans les circonstances 
difficiles que nous venons de traverser, une 
attitude que l'Europe a approuvée, et dont elle 






60 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



nous tiendra compte. Elle sait aujourd'hui que 
notre neutralité n'est point un vain mot; que 
le sentiment de l'indépendance nationale s'est 
enraciné dans les cœurs, et que le parti du mou- 
vement n'a pas trouvé d'écho en Belgique. C'est, 
depuis que nous sommes constitués, la première 
fois que la Belgique a eu occasion de se déclarer 
à cet égard; et les circonstances étaient telles 
que la France elle-même n'a pu s'offenser de 
son langage. C'est une nouvelle épreuve par 
laquelle la Belgique a passé honorablement. » 

Quelque temps après, M. Van de Weyer fut 
chargé par le roi Léopold, le duc régnant de 
Cobourg,le prince Albert et les autres membres 
de la famille royale, d'une négociation confi- 
dentielle et particulière. 

Le rôle de médiateur, que le roi Léopold 
avait courageusement assumé, pendant la dan- 
geureuse crise de 1840, il continua de l'exercer. 
Les mariages espagnols, l'affaire Pritchard, la 
guerre avec le Maroc, etc., appelèrent de nou- 
veau son utile intervention et furent l'objet 
d'une active correspondance avec M. Van de 
Weyer, durant les quatre années suivantes. 

Le premier représentant de la Belgique indé- 
pendante à Londres avait alors conquis une 
position remarquable dans la société anglaise. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



61 



Hommes d'État des divers partis, personnages 
marquants de la Chambre des lords et de la 
Chambre des communes, écrivains illustres, 
publicistes influents, tous lui témoignaient une 
haute considération et se plaisaient à recher- 
cher ses entretiens si vifs et si spirituels. 11 
n'était pas un des hôtes les moins brillants de 
HoUand-Jwuse, ni l'un des émules les moins 
appréciés du révérend Sydney Smith, déjà 
son vieil ami. « Holland-house, dit M. Guizot, 
n'était pas seulement le rendez-vous habi- 
tuel des whigs engagés dans la vie politique ; 
c'était aussi le salon favori, le home adoptif des 
lettrés libéraux, étrangers à la conduite des 
affaires, mais dévoués à leurs idées et au 
redressement des vieilles injustices sociales. Ce 
fut là que je rencontrai pour la première fois 
le révérend Sydney Smith et lord Jeffrey, tous 
deux fondateurs, en 1801, de la Revue d'Edim- 
bourg, et les deux hommes de ce temps qui, en 
dehors du Parlement, ont le plus contribué au 
succès du parti whig et aux progrès de la liberté. 
Ils étaient l'un et l'autre bien loin, en 1840, du 
puissant élan delà jeunesse et de leur influencé; 
mais M. Sydney Smith conservait, à soixante- 
neuf ans, cette vive originalité d'imagination et 
d'esprit, cette verve inattendue et plaisante, 



■ 1 



I 
■ 



■ 






i 



l! 






62 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



qui éclataient partout, dans la vie familière 
comme dans les salons, et probablement aussi 
dans sa propre pensée, quand il était seul dans 
son cabinet ('). » 

Au mois d'octobre 1843, M. Van de Weyer 
et sa famille, se trouvant dans l'ouest de l'An- 
gleterre, rendirent visite au célèbre chanoine 
de Saint- Paul, dans le modeste mais agréable 
presbytère (parsonage) de Combe-Florey (Sotner- 
setshire). Ce fut une véritable fête qui se pro- 
longea pendant quarante-huit heures. Le temps 
était affreux ; mais si la pluie fouettait les vitres, 
tout était gaieté au dedans. La conversation était 
intarissable, chacun y apporlant un riche con- 
tingent d'anecdotes, de réflexions el de saillies (). 
M. Van de Weyer continuait à déployer la 
même verve dans les écrits qui sortaient encore 
de temps en temps de sa plume. En 1843, il avait 
publié : L'Autorité; La petite ville, etc., etc.; 
Lellreàun ministre belge. L'année suivante,sous 
un voile plus que transparent, il défendit'avec 
éloquence, contre un des chefs du parti catho- 



(') Mémoires de M. Guizot, t. V, p. 156. 

(*) Memoiroflhe révérend Sydney Smith, by his daughter, 
lady Rolland, t. I, p. 322 et suiv. On retrouvera avec 
plaisir le texte dans notre Appendice. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



«3 



lique, le grand mathématicien brugeois qui, 
resté fidèle à la foi protestante, avait émigré 
dans les Provinces-Unies, préférant Maurice de 
Nassau à la fdle de Philippe II. Il écrivit l'œuvre 
intitulée : Simon Stevin et M. Dumortier ('). Là 
il disait : 

« 11 y a peu de despotismes égal à celui que peut exercer 
une assemblée législative... Laissez-la transporter dans le 
passé les passions politiques du moment, et vous verrez ce 
qu'elle fera de notre histoire. Quoi ! vous livreriez la mémoire 
de nos grands hommes à la tendre merci d'une majorité 
catholique, aux chances capricieuses d'un vote par assis et 




ra 



Pi 



(') On lisait à ce sujet dans la Iîerii" nationale de 
Belgique, dirigée par M. P. Devaux (1844, t. XII, p. 220) : 
« Cette brochure nouvelle est signée du nom fictif de J. du 
Fan, élève en sciences. Elle est datée de Nieuport ; mais 
la forme des caractères étrangers avec lesquels elle est 
imprimée, et certaine odeur bien caractérisée qui s'exhale 
du papier, font soupçonner qu'elle vient d'un peu plus loin. 
Une franche vivacité dans l'attaque, de l'esprit et de la 
grâce dans le style, de piquantes épigrammes mêlées à une 
patiente érudition, une impression anglaise, des idées 
parfaitement belges , et une complète connaissance des 
choses de la Belgique ; cela suffit peut-être pour rendre 
assez transparent le voile du pseudonyme que nous n'es- 
sayerons pas de soulever davantage. » Ce fut, comme on l'a 
dit, un événement politique et littéraire ; six éditions furent 
rapidement enlevées. 



■ 






64 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 




levé («j ! Rome et Malines décideraient, par personnes inter- 
posées, quels écrivains il convient au pays d'honorer, quels 
de proscrire ! Ce serait dans la sacristie ou le confessionnal 
que nos députés feraient leur cours de biographie nationale ! 
Si vous acceptez ce tribunal pour les morts illustres, vous 
en subirez vous-même un jour les décisions inquisitoriâles. 
Nous assistons à un spectacle curieux. Le jésuitisme a 
ressaisi d'un effort désespéré la société qui lui échappait. 
Les uns y voient l'étreinte vigoureuse d'une main sûre de 
son fait; les autres, le mouvement convulsif de gens qui se 
noient. Mais les uns et les autres sont animés de ces haines 
implacables qui, lorsqu'elles se traduisent en faits, font 
souvent gémir l'humanité. Nous sommes à la veille d'un 
combat à outrance ; tout ce que je désire, c'est que deux 
vertus essentielles à la société, la foi et la charité chré- 
tiennes, ne périssent point chez nous dans la lutte. Laissons 
la France invoquer contre les jésuites la police et les tribu- 
naux, la Suisse employer la carabine et les corps francs; 
en Belgique, pour nous soustraire à leur despotisme, il 
suffira de la plume et de la presse, ces deux armes redou- 
tables que Dieu a mises entre nos mains pour défendre les 
droits de la raison humaine ; car, au fond, c'est de cela 
qu'il s'agit, et le refus d'élever une statue à Stevin n'est 
qu'une des mille formes que prend cette lutte éternelle entre 
l'autorité et la liberté de l'intelligence; on s'essaye sur les 
morts, en attendant qu'on puisse opérer sur les vivants. 
Mais n'oublions point pour cela nos anciens principes. 
Mieux vaut écrire que proscrire. Les Provinciales ont fait 

(') Il s'agissait de voter un subside pour ériger à Bruges 
une statue à Simon Stevin. 



SYLVAIN VAN DK WËYER. 



65 



aux jésuites plus de mal, à l'esprit humain plus de bien, 
que tous les arrêts du Parlement. Montrons que, si nous leur 
laissons avec justice la même liberté dont nous entendons 
jouir nous-mêmes, nous ne leur permettrons jamais de 
nous parler en maîtres, d'agir en despotes, d'abuser de. leur 
influence pour traîner aux gémonies les plus beaux noms 
de la science. Nous pouvons tout tolérer, hormis l'intolé- 
rance. » 

Ce redoutable pamphlet, par le bruit qu'il fit, 
appela de nouveau l'attention sur M. Van de 
Weyer. Chacun l'avait deviné, l'avait reconnu. 

Au mois de juin 184o, une crise ministérielle 
éclatait en Belgique, à la suite des élections 
qui avaient renouvelé une partie de la Cham- 
bre. Sans donner encore la majorité à l'opi- 
nion libérale, les électeurs avaient montré 
pourtant la volonté d'appuyer celle-ci avec 
plus d'énergie. M. Nothomb, chef de l'adminis- 
tration mixte qui avait succédé, en f84f, au 
cabinet libéral formé par M. Lebeau, prit la 
résolution de se retirer devant une manifesta- 
tion qui , à ses yeux, rompait l'équilibre. Le 
moment était venu , en effet, de marquer plus 
fortement dans le gouvernement l'influence 
croissante du parti progressiste. 

Parmi les tentatives qui furent faites pour 
reconstituer le ministère en ce sens, on remar- 
qua surtout les pourparlers qui eurent lieu 

H. s 




■ 



1 



66 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



avec M. Rogier, le chef de l'opposition parle- 
mentaire. Si le pouvoir ne lui fut pas offert 
formellement, M. Rogier put du moins indiquer 
les conditions auxquelles il croirait, le cas 
échéant, devoir subordonner son acceptation. 
Ces conditions ne furent pas agréées. Le chef 
de l'État, attaché à la politique unioniste, conçut 
l'espoir de la maintenir par une combinaison 
imprévue. 11 jeta les yeux sur M. Van de Weyer 
et fit un appel à son dévouement. 11 voyait en cet 
homme d'État une éclatante personnification de 
l'union qui avait créé la Belgique indépendante. 
On savait que M. Van de Weyer continuait 
de professer et de pratiquer la plus large tolé- 
rance en philosophie et en politique. Et si les 
hautes fonctions qu'il exerçait depuis quinze ans 
près la cour de Saint-James l'avaient éloigné de 
la politique militante, il avait néanmoins, de son 
hôtel de Portland Place, à Londres, suivi avec 
un vif intérêt les luttes dont le Parlement belge 
était le théâtre. Les catholiques modérés espé- 
raient le retrouver tel qu'il était au gouverne- 
ment provisoire et au Congrès. Quant aux 
libéraux, comment auraient-ils pu se défier du 
philosophe qui naguère attachait son nom à 
l'université libre de Bruxelles comme l'un des 
fondateurs et des professeurs honoraires de cet 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



67 



établissement, institué pour neutraliser les doc- 
trines de l'université catholique de Louvain? 
Comment auraient-ils oublié que, après la chute 
de l'administration libérale de .1840, il était 
revenu en Belgique pour donner aux ministres 
qui venaient de tomber un témoignage de sym- 
pathie (')? Et plus récemment encore, n'avait-il 
pas donné un autre gage de ses opinions fran- 
chement libérales? 11 avait, selon les expres- 
sions d'une revue anglaise, rivalisé de vigueur 
avec Chateaubriand et d'esprit avec Paul-Louis 
Courier, pour réhabiliter la mémoire d'un 
savant illustre, d'un protestant du xvr 3 siècle. 
Plein de reconnaissance pour le prince qui 
avait fait, lui aussi, de grands sacrifices au pays, 
M. Van de Weyer ne déclina point les offres qui 
lui furent transmises. Le 30 juillet, il était nommé 
ministre de l'intérieur, et son avènement fit une 
grande sensation en Angleterre f). 




(') Voir le discours prononcé par M. Dolez à la Chambre 
des Représentants, le 21 novembre 1845. 

( 2 ) On en trouve la preuve certaine dans les articles 
publiés, entre autres, par le Times, principal organe de la 
presse quotidienne, et par the Examiner, une des revues les 
plus estimées de Londres. Le Times disait : « ... In addition 
to the interest which we hâve always taken in ail that con- 
cerns the independence and prosperity of Belgium, we must 



■ 






D» SYLVAIN VAN DE WEYER. 

Tout aussitôt, le nouveau premier ministre, 
fidèle aux traditions les plus chères de sa vie, 
porta une sérieuse attention sur le développe- 
ment intellectuel de la nation. 11 croyait, avec 
raison sans doute, que les progrès des sciences, 
des lettres et des arts sont, comme ceux de l'in- 
dustrie et du commerce, nécessaires à l'existence 
même comme à la renommée des peuples. Déjà 

be allowed to express on this occasion the personal interest 
whicli cannot but be felt upon the promotion of a gentleman 
who has been so long known and so deservedly respected 

in this country In the political society of London his 

place will not easily be filled ; but he has left us, like 
M. Guizot, to rise to the highest position to which a consti- 
tutional minister can aspire ; and we trust that he will 
retain a lasting confidence and regard for a people whom 
ho has known. more as a countryman than as a foreign 
envoy... » The Examiner du 16 août 1845 signalait parti- 
culièrement les difficultés du gouvernement en Belgique, 
en présence des aspirations contraires des libéraux et des 
ultra-catholiques, constatait le sacrifice que faisait M. Van 
de Weyer en acceptant une tâche vraiment laborieuse et 
délicate, estimait, enfin, qu'il pourrait, en réussissant, 
rendre un service considérable, et que, en toute hypothèse, 
il saurait demeurer fidèle à ses convictions. « . . . If he 
succeed, even for a year or two, in the difficult task, he 
will hâve rendered an important service to king Leopold. 
Whether he does or not, M. Van de Weyer will hâve kept 
unsullied his own libéral and intellectual réputation. » 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



69 



en 1835, mécontent d'une indifférence littéraire 
et scientifique poussée , dans les régions admi- 
nistratives, jusqu'à l'excès, il disait : « Nous 
avons, en Belgique, une incroyable insouciance 
pour tout ce qui n'est pas d'une utilité immé- 
diate. Il faut que l'initiative vienne d'en haut('). » 
tën ouvrant, le 15 août, l'exposition des beaux- 
arts à Bruxelles, le ministre de l'intérieur fit 
entendre ces paroles remarquables : 

« Vous pouvez, sans être taxés d'exagération, parler de 
la gloire promise aux artistes belges qui, loin de se laisser 
éblouir et décourager par l'éclat de nos grands maîtres, ont 
su puiser, dans l'étude de leurs chefs-d'œuvre, la force et 
l'inspiration qui élèveront l'art en Belgique à la même hau- 
teur qu'autrefois. 

« Ce n'est point nous qui portons seuls ce jugement ; il 
est aussi sanctionné par l'étranger; j'en ai entendu plu- 
sieurs fois, avec bonheur, l'expression désintéressée, et 
croyons-le, Messieurs, la voix de l'étranger a devancé pour 
nos artistes contemporains la voix de la postérité. 

" L'histoire dira combien le sentiment d'indépendance 
nationale a ravivé chez nous le goût des arts et des lettres ; 
et avec quel sens profond le pays a compris que le culte 
élevé du beau, la libre recherche du vrai sont, avec la mâle 
pratique du bien, les éléments les plus solides de cette 
nationalité qui nous est chère. Ces sentiments vous ont 






m 

■ 



(') Voir, dans l'Appendice, une lettre au roi Léopold, du 
10 février 1835. 



I 



m 



70 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 



soutenus, Messieurs, dans la tâche difficile que vous avez 
remplie, et vous ont animés de ce zèle auquel je suis heu- 
reux d'être le premier à rendre un public hommage. » 

II eût été difficile de parler avec plus de 
noblesse de ce culte des arts qui, à diverses 
époques, avait jeté tant d'éclat sur le nom des 
Belges. Mais la peinture et la sculpture ne for- 
maient pas tout notre patrimoine. Aussi M. Van 
de Weyer entreprit-il de fortifier l'enseigne- 
ment dans les universités de l'État, de préparer 
la réorganisation légale des athénées et des 
collèges, et de multiplier les bonnes écoles pri- 
maires. En instituant les agrégés universitaires, 
il avait fait usage d'un droit que lui conférait 
la loi sur l'enseignement supérieur. Lui-même 
justifia mieux que personne cette mesure dans 
un discours prononcé, le 3 novembre, devant 
les autorités académiques de Liège : 

» ... Il existait, dit-il, un préjugé que les ennemis de 
notre indépendance ont longtemps exploité, à savoir que la 
Belgique n'était pas apte à se gouverner elle-même, et que 
les hommes capables manquaient aujourd'hui sur un sol 
qui jadis en avait produit un si grand nombre. Si, avant 1 830, 
on avait dit : « Dans dix ans, tous les postes importants de 
la magistrature, de l'administration, de l'armée, des corps 
savants, seront occupés en grande majorité, et honorable- 
ment occupés par des Belges, » cette prédiction n'eût 
rencontré que des incrédules, même parmi nos compa- 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



71 



triotes ; et pourtant les hommes n'ont point manqué aux 
circonstances. C'est .qu'il y avait alors comme il y a encore 
aujourd'hui, en Belgique, une foule de talents auxquels il 
ne fallait que le moyen de se produire. Donnons-leur ce 
moyen ; mettons-les en évidence ; celui qui sent l'œil du 
public fixé sur sa vie devient bientôt digne de l'attention 
qu'il excite, lorsque d'ailleurs il porte en lui-même tout ce 
qu'il faut pour la mériter. Et remarquez, messieurs, que 
les hommes qui, chez nous, ont le plus de valeur, sont 
précisément ceux qui savent le moins se faire valoir. Je ne 
les en blâme point ; cette modestie, cette espèce de pudeur 
du savoir est dans notre caractère un trait qui nous honore. 
Mais quel est alors le devoir du Gouvernement ? C'est de 
faire pour ces hommes ce qu'ils ne font pas, ce qu'ils ne 
veulent pas faire eux-mêmes. C'est de les mettre en relief, 
c'est de placer de ses propres mains, si je puis m'exprimer 
ainsi, toutes ces lumières sur le boisseau... » 

Trois jours après, parlant devant les autorités 
académiques de Gand, M. Van de VVeyer ne fut 
pas moins éloquent : 

" ... Ce que j'ai dit aux professeurs de Liège s'adressait 
aussi, messieurs, aux professeurs de Gand. Mais la vieille 
cité flamande, ce centre du mouvement de votre renais- 
sance littéraire, mouvement d'autant plus beau qu'il est 
aujourd'hui libre et spontané, la vieille cité, dis-je, attend 
peut-être du ministre, organe de cette haute sollicitude 
que le chef de l'État étend à tous les éléments vivaces de 
notre nationalité, quelques mots de plus sur la place que le 
roi a faite dans l'université à ceux qui cultivent avec succès 
l'antique idiome de vos pères. Non, messieurs, le Gouver- 



■ 






72 



SYLVAIN VAN DE WEYEIt. 






ncrnent ne pouvait méconnaître les titres des écrivains 
flamands de nos jours, à notre reconnaissance. En les agré- 
geant à un corps respectable et haut placé dans l'opinion, 
il a rendu à leurs talents une justice que la postérité nous 
reprocherait de ne pas avoir osé leur rendre. Si cette litté- 
rature a fait, en quinze années, plus de progrès que dans 
les deux siècles qui ont précédé notre indépendance, c'est 
que rien ne féconde le génie comme le sentiment qu'il pro- 
duit pour une patrie attentive aux travaux de ses enfants. 
Un pays devient bientôt étranger aux muscs, quand les 
muses n'y sont invoquées que pour chanter l'étranger... * 

Celte harangue fut traduite en flamand par 
les promoteurs du mouvement, auquel un si 
légitime hommage avait été rendu, et un exem- 
plaire imprimé en lettres d'or remis solennelle- 
ment au ministre. 

Le 26 septembre, présidant la distribution 
des prix décernés aux lauréats du concours des 
athénées et des collèges, M. Van de Weyer 
avait, selon les expressions d'un publiciste 
national, parlé à la jeunesse le langage d'un 
moraliste et d'un philosophe. Citons encore les 
paroles suivantes : 

«... Lorsque le ministre patriote (') qui conçut, le pre- 
mier, le projet de ce concours, fixa le jour où les lauréats 
recevraient le prix de leurs travaux, parmi les jours anni- 
versaires de notre indépendance, ce fut une idée heureuse 

(') M. Ch. Rogier. 



ttm 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



73 



et féconde. Il eut, sans doute, cette pensée qu'à côté de 
l'enthousiasme qu'inspirerait à ces jeunes cœurs la conquête 
de nos libres institutions, devait se trouver ce grave aver- 
tissement que la science seule peut en assurer le maintien ; 
qu'il n'y a de véritable liberté qu'une liberté éclairée, et que, 
sous ce rapport, plus nous avons acquis de droits, plus nous 
avons à remplir de devoirs envers la patrie. — Pour nous, 
messieurs, nous tâcherons de bien comprendre les nôtres. 
Déjà, dans l'intérêt de cette jeunesse studieuse qui occupe 
si vivement la sollicitude du roi, Sa Majesté a ouvert, par 
l'organisation de l'institution des agrégés, une voie nouvelle 
à l'intelligente activité des lauréats, au culte désintéressé 
de la science pour elle-même, à la composition nationale du 
corps universitaire ; de même que, par le rétablissement 
d'une inspection permanente des athénées, le gouverne- 
ment pourra, guidé par l'expérience, réunir les éléments 
d'une bonne loi sur l'instruction moyenne. Me sera-t-il 
permis d'ajouter combien je m'estime heureux d'avoir à 
exécuter comme ministre des mesures auxquelles j'aurais 
applaudi avec reconnaissance comme professeur, à l'époque 
où les abords de l'enseignement supérieur présentaient des 
difficultés presque insurmontables? Ces souvenirs de temps 
déjà si loin de nous s'emparent plus vivement de mon esprit 
en présence de cette élite de savants où je retrouve des 
professeurs qui ont été, qui sont encore mes collègues. » 

Membre de l'Académie des sciences de 
Bruxelles depuis 1840, M. Van de Weyer entre- 
prit aussi de la réorganiser sur des bases plus 
larges, et il en lit Y Académie royale de Belgique, 
où les sciences, les lettres et les beaux-arts 



I 




^ SYLVAIN VAN DE WEYEK. 

devaient être également représentés. 11 n'imposa 
point cette œuvre de régénération : il la discuta 
lui-même avec les autorités constituées de l'an- 
cienne académie, s'aidant des conseils et des 
lumières de MM. Quetelet, 1 eminent secrétaire 
perpétuel; de Gerlache, l'ancien président du 
Congrès national; de Ram, recteur de l'univer- 
sité catholique de Louvain, et de Stassart, ancien 
préfet de l'empire français et ancien président 
du Sénat belge, célèbre surtout par un recueil 
de fables ('). 

Dans le courant de l'été, le Parlement avait 
tenu une session extraordinaire pour voter les 
mesures exigées par une crise alimentaire dont 
on n'a pas encore perdu le souvenir. Il avait 
été alors résolu que les explications sur la for- 
mation et les principes du cabinet seraient 
ajournées jusqu'à la session ordinaire du mois 
de novembre f). 



(') Voir les explications données par M. Van de Weyer à 
la Chambre des Représentants, le 6 décembre 1845. 

( s ) Les électeurs de Bruxelles, ayant été appelés à choisir 
un représentant, M. Van de Weyer, malgré de pressantes 
sollicitations, refusa de poser sa candidature, voulant 
d'abord, selon ses expressions, avoir reçu le baptême par- 
lementaire. Malgré cette abstention, cinq cents suffrages 
lui furent donnés spontanément. 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 75 

Le roi ouvrit, le 11 novembre, la session 
législative de 184o-i846. Dès que l'adresse en 
réponse au discours du trône eut été mise en 
délibération au Sénat, M. Van de Weyer fit sa 
profession de foi : « Mes principes, dit-il, dans 
la séance du 13 novembre, sont tels aujourd'hui 
qu'ils étaient en 1830; je ne vois nulle nécessité 
de les modifier, et j'appartiens, aujourd'hui 
comme alors, au parti du progrès. Mais je me 
hâte d'ajouter que le ministère, en se formant, 
a pris le parti de n'être d'aucun parti. » On 
représentait le cabinet comme une coalition 
d'hommes appartenant à des opinions avancées, 
extrêmes. A cette observation, M. Van de Weyer 
répondit : « Je n'accepterai pas la position que 
l'on veut me faire, bien que je ne recule devant 
aucun progrès légal de l'opinion à laquelle j'ap- 
partiens. Homme de modération, je me suis vu 
fort jeune, trop jeune peut-être, jeté au sein 
d'événements graves, où vous m'avez vu et 
parler et agir. Si j'ai quelque valeur dans mon 
pays, si j'ai pu recevoir aujourd'hui même l'ex- 
pression de votre confiance et de votre estime, 
c'est qu'au sein des orages révolutionnaires-, je 
suis resté un homme modéré. Tel que jetais 
alors, tel je suis aujourd'hui... » 

Le Sénat montra beaucoup de bienveillance : 



76 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



le projet d'adresse fut voté à l'unanimité (*). 
Il fallait maintenant affronter les libéraux de 
la Chambre des représentants, qui se groupaient 
autour des hommes d'État renversés en 1844. 
Quelles que fussent leurs sympathies person- 
nelles pour l'ancien membre du gouvernement 
provisoire, ils le voyaient avec surprise dans un 
cabinet où siégeaient trois représentants consi- 
dérables de l'opinion catholique: MM. d'Anethan, 
Dechamps et Malou {-). Cet étonnement, M. De- 



I 

■ 
m 



(') Les défenseurs s'offraient à M. Van deWeyer, et parmi 
ceux qui aspiraient à l'honneur de le soutenir, on distinguait 
M. Ch. Durand, l'ancien rédacteur du Journal de Gand. Il 
proposa, moyennant une somme mensuelle qu'il fixait, de 
défendre le ministre de l'intérieur de Belgique, dans tous 
les journaux français dont il disposait, savoir : la Presse, le 
Courier français, le Journal du Commerce, etc. Il finissait 
sa lettre (4 novembre \ 845) en ces termes : « Il ne s'agit 
maintenant que d'une chose, c'est-à-dire si, devant l'intérêt 
public, M. Van de Weyer, ministre, a oublié les injures de 
M. Van de Weyer, littérateur. •> M. Durand se souvenait 
de Louis XII, oubliant les injures souffertes par le duc 
d'Orléans. M. Van de Weyer ne répondit pas. 

(*) MM. d'Anethan et Dechamps avaient fait partie de 
l'administration de M. Nothomb; quant à M. Malou, il 
était entré comme ministre des finances dans le nouveau 
cabinet. Les autres membres étaient : M. d'Hoffschmidt, 
libéral modéré , et le général Dupont. Deux ministres 







SYLVAIN VAN DE WEYER 



vaux, dont l'autorité sur ses collègues de la 
gauche était grande, ne le dissimula en aucune 
façon. M. Van de Weyer répondit avec la même 
franchise : « Dans un ministère de transaction, 
toutes les opinions doivent être représentées. 
Je n'ai pas hesoin de vous dire quelles sont les 
miennes dans le cabinet. Mes opinions, ce n'est 
pas d'hier qu'elles sont nées ; ce n'est pas d'au- 
jourd'hui que je suis appelé à les exprimer 
devant vous. J'appartenais à l'opinion libérale 
avant même que plusieurs d'entre vous eus- 
sent pris parti dans nos luttes politiques. 
Dès 1828, c'est-à-dire à une époque où la défense 
de nos droits politiques ne rapportait ni places, 
ni faveurs, ni influence; où elle nous condui- 
sait souvent et devant le juge d'instruction et 
à la prison des Petits-Carmes; à cette époque, 
messieurs, je professais ces opinions libérales 
que je n'ai plus abandonnées, que je n'abandon- 
nerai jamais. Je défendrai donc, ou plutôt je 
n'aurai pas à défendre, mais je maintiendrai, 
au sein du conseil, ces opinions libérales dont 
je ne me suis jamais écarté. — Mais je veux, 



H 



■ 



d'État, M. de Muelenaere et M. d'Huart, faisaient égale- 
ment partie du conseil, où le premier renforçait l'élément 
conservateur. * 



:.! 









78 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 






messieurs, dans l'application de ces principes, 
rester fidèle à mes antécédents; je veux poser 
des actes libéraux, non pas contre un parti, non 
pas contre les catholiques, mais avec les catho- 
liques; et, en professant ces sentiments, je ne 
fais que maintenir, messieurs, les principes 
que nous pouvons tous invoquer avec une 
espèce d'orgueil patriotique... 

M. De Decker, qui était rapporteur de la 
commission chargée de la rédaction du projet 
d'adresse, essaya, un peu plus tard, de saisir et 
reproduisit, en quelques pages dignes d'atten- 
tion, la physionomie vraiment intéressante de 
ces débals parlementaires ('). » 

Un incident important leur servit en quelque 
sorte de prologue. Incomplètement renseigné, 
M. Van de Weyer avait déclaré qu'une des 
causes de son entrée aux affaires était la préten- 
tion émise par M. Rogier, lorsque la couronne 
lui avait offert de constituer un cabinet, d'obte- 
nir un blanc-seing qui lui permît de dissoudre 
la Chambre quand il le jugerait opportun. C'eût 
été, selon M. Van de Weyer, l'abdication de la 



(') Voir la brochure intitulée : Quinze ans (1830-1845), 
par P. De Decker, membre de la Chambre des représentants 
(in-8°, 1845). M. De Decker était un unioniste catholique. 



SYLVAIN VAN DE WEYEIÎ . 



79 



couronne. Or, il résulta ensuite, d'une déclara- 
tion rédigée d'un commun accord et lue dans 
la séance du 21 novembre, que le pouvoir n'avait 
pas été formellement offert à M. Rogier. Quant 
aux conditions indiquées par celui-ci, M. Van de 
Weyer se référait, de même que son honorable 
contradicteur, aux explications données à la 
Chambre et déjà recueillies par le Moniteur. 

Les discussions sur l'adresse se prolongèrent 
pendant sept séances. M. Van de Weyer montra 
un esprit toujours alerte, une éloquence à la fois 
facile et élégante et une incontestable droiture. 
Ne voulant point se contenter d'une déclaration 
équivoque, il réclamait de la Chambre l'engage- 
ment que le ministère recevrait de sa part le 
concours qui lui était demandé. Le 20, en 
réponse à un remarquable et pressant discours 
de M. Devaux, il disait : « ... Messieurs, j'ai tou- 
jours accepté nettement et franchement ma 
position, et vis-à-vis de l'opinion libérale et vis- 
à-vis de l'opinion catholique. C'est précisément 
pour que cette position fût nettement dessinée 
que nous avons demandé à la Chambre, compo- 
sée de deux éléments, de déclarer si les hommes 
qui se présentent devant vous de toutes pièces, 
avec leur passé, avec leur présent, méritent la 
confiance des deux parties de cette Chambre. 



i 



■ 









m 

m 







80 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



Pour moi, professant des opinions libérales, 
mais m'élant en même temps imposé toujours 
pour règle d'admettre la conciliation, c'est-à- 
dire restant fidèle aux principes de l'union dont 
je ne me suis jamais écarté, je suis venu vous 
demander si un homme qui représentait ces 
idées en 1828, en 1830, comme il les représente 
en 1845, est un homme que l'opinion libérale 
peut ne point admettre et que l'opinion catho- 
lique doit repousser.- Vous aurez, messieurs, à 
vous prononcer sur ce point... Pénétrez-vous de 
celte pensée qu'aujourd'hui, comme en 1830, 
nous pouvons, quelles que soient nos opinions 
théoriques, philosophiques ou religieuses, nous 
entendre pour la bonne administration du 
pays... » 

M. Van de Weyer l'emporta dans cette lutte ('). 

(*) Le ministre de l'intérieur s'était, il faut le répéter 
distingué par la netteté de ses déclarations ; rarement la 
franch.se avait été poussée plus loin. On lira encore avec 
intérêt les paroles suivantes prononcées, le 22 novembre 
sur une des questions les plus graves qui puissent être por- 
tées devant une assemblée parlementaire : - « C e n'est 
pas la première fois que des hommes politiques ont laissé 
entrevoir la pensée que nos institutions fondamentales 
avaient un caractère dangereux; qu'il était prudent de 
prévoir le jour où elles pourraient subir des modifications 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



81 



Le 22 novembre, sur quatre-vingt-neuf membres 
présents, soixante-trois votèrent l'adresse avec 
la déclaration de confiance demandée par le 
ministère ('). 



Eh bien, qu'ai-je fait? Je me suis demandé quel est le 
devoir des hommes qui sont pénétrés de cette conviction. 
N'est-ce pas de se faire les représentants de cette pensée 
franchement, courageusement ? — Il faut que l'on pratique 
en Belgique, messieurs, ce qui se fait en Angleterre. Lorsque 
lord Grey conçut, à l'Age de vingt-cinq ans, le projet 
d'introduire, dans son pays, la réforme électorale, il était 
seul de son avis. Gela ne le découragea point : il présenta 
son projet. Qu'en résulta-t-il ? C'est qu'il resta isolé non- 
seulement au sein de la représentation nationale, mais au 
sein de la société anglaise, au sein même de sa famille. 11 n'en 
reproduisit pas moins sa pensée dans toutes les occasions, 
et ce vénérable vieillard eut, à l'âge de soixante-dix ans, la 
gloire de la réaliser. — Eh bien, je voudrais que cette noble 
conduite fût imitée en Belgique. Je voudrais que tous les 
hommes politiques qui ont l'intention de modifier notre 
constitution (et j'admets qu'on puisse consciencieusement 
croire à l'utilité de ce projet) vinssent le dire franchement, 
se posassent en réformateurs de nos institutions, en pour- 
suivissent l'exécution, ouvertement, à la face de la nation, 
et devant cette assemblés même... » 

(') Le général Goblet, ministre des affaires étrangères 
dans la précédente administration, où il représentait l'élé- 
ment libéral, s'exprimait en ces termes dans une lettre 
adressée à un haut personnage (novembre 1845) : « .. Je 
il. 6 



3 

■ 



I 



■ 






82 SYLVAIN VAN DE WEyW 

Le même jour, le roi Léopold écrivit à M. Van 
de Weyer : « ... Vous vous êtes noblement dé- 
fendu et avec un rare talent, et constamment 
vos sentiments d'honneur ont percé. Croyez-moi, 
c'est une victoire qui, même pour votre pays, 
que vous aimez, ne sera pas stérile... » Et, le 
5 décembre : « La reine Victoria vient de me 
charger de vous exprimer combien elle se 
réjouit, ainsi qu'Albert, des succès que vous 
avez obtenus dans la dernière bataille parle- 
mentaire. » 

Le cabinet du 30 juillet 184S, si brillamment 
inauguré, n'eut cependant qu'une très-courte 
durée ('). Malgré son esprit de conciliation, son 
bon vouloir, son talent, sa fermeté aussi, M. Van 
de Weyer vint se heurter bientôt contre des 
écueils infranchissables f). 

ne suis pas injuste pour les membres du cabinet; je recon- 
nais qu'il est composé d'hommes éminents et je rends 
hommage aux talents et au beau caractère de M. le ministre 
de l'intérieur; mais, je le répète, c'est pour avoir vécu moi- 
même dans un cabinet mixte que je connais toutes les diffi- 
cultés qu'y rencontre un tel ministère. Dans cette situation, 
je désire le voir à l'œuvre avant de me prononcer... » 

(') 11 faut lire sur la situation des partis en Belgique, 
à cette époque, un intéressant article dans la Revue nouvelle, 
t. VI, p. 102 etsuiv. 

('-) M. Van de Weyer savait défendre avec fermeté ses 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



83 



Au mois de janvier 1846, la Chambre discu- 
tait laborieusement une loi sur la chasse, et, 
durant ces débats parfois pittoresques ('), de 



principes. A propos d'une question relative à l'instruction 
publique, les évéques s'étaient adressés collectivement à 
lui. Il pria le cardinal-archevêque de Malines de se rendre à 
Bruxelles pour conférer. L'archevêque vint, et le ministre lui 
dit qu'il auraitpului répondre officiellement, mais qu'il avait 
préféré s'entretenir avec lui afin d'éviter un éclat. Il ajouta 
que le gouvernement ne pouvait pas constitutionnellement 
reconnaître un épiscopat, c'est-à-dire un corps constitué 
formé des évéques, et qu'il priait en conséquence l'arche- 
vêque de retirer la pièce. Son Éminence s'écria : « Une 
pareille déclaration est chose inouïe. » Alors le ministre lui 
mit sous les yeux une dépêche où l'impératrice Marie- 
Thérèse défendait sous les peines les plus sévères aux 
évéques des Pays-Bas autrichiens de correspondre collecti- 
vement avec le gouvernemenl, et l'archevêque se rendit à 
cet argument. 

(') Le ministre de l'intérieur avait dit au début de la 
discussion : « Messieurs, je suis, pour la défense du projet 
de loi sur la chasse, dans une position tout a la fois singu- 
lièrement avantageuse et défavorable. D'abord, je ne suis 
pas chasseur, c'est pour la défense de la loi un avantage; 
je n'y mettrai ni passion pour le gibier, ni haine trop vive 
contre le braconnier, ni intérêt personnel, ni intérêt de 
parti. Voilà l'avantage de ma position. L'inconvénient, c'est 
qu'étranger aux plaisirs de la chasse, je n'ai pas, pour 
examiner les détails du projet de loi, cette foule de connais- 



I 



■ 



81 



SYLVAIN VAN DE WKYER. 






plus hautes préoccupations absorbaient le cabi- 
net. Il s'occupait d'une tâche vraiment périlleuse: 
l'accomplissement de la promesse, faite dans le 
discours du trône, de présenter une loi sur l'en- 
seignement moyen. Le chef du cabinet, ayant 
communiqué à ses collègues l'œuvre qu'il se 
proposait de soumettre à la législature, dut 
reconnaître qu'il ne pourrait s'accorder avec 
les ministres catholiques sur les principes 
essentiels de la loi. Vers la fin de février, le 
cabinet était en pleine dissolution. Le 4 mars, 
dans une lettre très-digne d'attention et restée 
inédite jusqu'à présent, M. Van de Weyer 
exposait les causes qui l'obligeaient à se séparer 
de ses collègues. C'est un document historique 
qu'il faut citer : 

« Si j'étais entré au ministère dans des circonstances 
normales et ordinaires, je pourrais accepter un nouveau pro- 
gramme de transaction. Mais que m'a-t-on dit en juillet 
dernier? « Consentez à faire partie du cabinet, et vous lui 

sances spéciales qu'on acquiert seulement le fusil sur le 
dos, et lorsqu'on est soi-même chasseur et peut-être même 
quelque peu braconnier. Il résulte de cette position que 
j'examinerai le projet de loi avec une parfaite impartialité, 
sine ira et studio, s'il est permis de citer Tacite, à l'occasion 
de lièvres et de perdrix. >. La discussion s'étendit du 21 au 
31 janvier. 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



85 



donnerez la couleur de votre opinion. 11 ne dépendra que 
de vous de faire de ce ministère un ministère libéral. Vous 
serez maître de la situation. Les élections du mois de juin 
ont ouvert les yeux aux catholiques. Us sentent la nécessité 
de faire des concessions. Vous les trouverez fort effrayés 
de l'avenir, et partant fort raisonnables pour le présent. 
Que si cependant vous rencontriez, plus tard, une résis- 
tance imprévue, vous seriez maître, après quatre ou cinq 
mois de tentatives de conciliation, de vous retirer, de quitter 
la partie, car on n'exige de vous le sacrifice d'aucun de vos 
principes. » — Fort de ces assurances, et de ces mêmes 
principes auxquels je suis toujours resté fidèle, je déclarais 
à la Chambre que, libéral, je poserais des actes libéraux; 
que, si c'était avec raison que le pays se plaignait des 
empiétements du clergé sur le terrain réservé au pouvoir 
civil, j'arrêterais ces empiétements. En ce qui concerne 
l'enseignement moyen, nous primes, à la vérité, pour base 
de notre politique, le projet de loi de 1834 : mais en ajou- 
tant, 1° que ce projet subirait les développements et les 
améliorations dont l'expérience avait fait reconnaître la 
nécessité, et 2" que l'action de l'État y serait renforcée. 
Plus tard, des faits nouveaux, révélés pour ainsi dire sous 
forme de provocation (je veux parler de la convention de 
Tournai et de sa publication dans le Journal de Bruxelles), 
m'imposèrent le devoir de faire à la Chambre une profes- 
sion de mes principes à cet égard, et de déclarer que je ne 
sanctionnerais jamais des transactions de ce genre. Elles 
sont, à mes yeux, la violation la plus flagrante de l'art. 8 de 
la loi communale, l'empiétement le plus dangereux tenté 
par le clergé, la base la plus solide de sa domination tempo- 
relle. En effet, ces conventions accordent aux évoques, qui 



m 



1 





















86 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



ne sont point un pouvoir, qui agissent sans publicité, sans 
contrôle, sans responsabilité, le droit de nommer, dans les 
collèges communaux, de révoquer, de déplacer, de desti- 
tuer les directeurs , professeurs , instituteurs , surveil- 
lants, etc., etc., droit dont les catholiques ne veulent point 
investir l'État, le roi, le pouvoir civil, tuteur impartial et 
responsable de tous les intérêts ! 

« Dans cet état des choses, il était impossible que le 
simple projet de 1834 restât la base unique de la politique 
du cabinet : cette base a été nécessairement élargie par la 
force des circonstances, par les discussions qui s'ensui- 
virent, et par l'étude plus approfondie du statu quo en 
matière d'enseignement. Il ne s'agit donc plus, entre mes 
collègues et moi, d'un dissentiment sur l'interprétation que 
je donne aux améliorations indiquées par l'expérience au 
projet de loi de 1834 ; mais il s'agit de savoir si un abus, 
quelle que soit sa durée, et quelle que soit l'habileté avec 
laquelle on l'a insinué dans l'administration, peut jamais 
devenir un droit; il s'agit de savoir si le principe de conven- 
tions avec le clergé sera sanctionné par la loi; 'il s'agit de 
savoir si la loi communale doit être modifiée, ou entendue 
dans ce sens que les magistrats pourront déléguer leur 
autorité; il s'agit de savoir si l'Église dominera l'État, et 
jouira de droits que l'on conteste au souverain. - Voilà la 
véritable cause du dissentiment entre mes collègues et moi. 
Cette question, il serait inutile d'essayer de la rétrécir : elle 
a pris des proportions qui en montrent toute l'importance. 
Il faut donc envisager l'ensemble des circonstances que je 
viens de rappeler succinctement, pour se faire une idée 
juste de la situation du ministère et de ma position person- 
nelle. Je rencontre aujourd'hui dans toute sa force la résis- 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



87 






tance imprévue que l'on prévoyait en juillet dernier. J'ai 
fait tout pour la vaincre ; j'ai, pour me rapprocher de mes 
collègues, tout essayé, tout, excepté l'abandon d'un prin- 
cipe dont la violation serait de ma part un acte de haute 
trahison envers le roi et mon pays. » 

Le 7 mars, interpellé à la Chambre, M. Van 
de Weyer s'exprima en ces termes : 

« Messieurs, jusqu'à présent le ministère, retenu par un 
sentiment de haute convenance que la Chambre appréciera, 
n'a pas répondu aux différentes interpellations qui lui 
avaient été adressées relativement à la situation ministé- 
rielle. Aujourd'hui, messieurs, mes collègues et moi, nous 
pouvons rompre le silence qu'un haut devoir nous imposait, 
et nous nous empressons de répondre à l'attente de la 
Chambre et de déclarer qu'à la suite d'un dissentiment sur 
la portée et l'application des principes qui avaient servi de 
bases premières à la loi sur l'enseignement moyen, nous 
avons cru de notre devoir de supplier Sa Majesté de vou- 
loir bien accepter les démissions respectives des fonctions 
que nous tenions de sa royale confiance. - C'est, messieurs, 
le 2 de ce mois que ces démissions ont été adressées à Sa 
Majesté. — Depuis, le roi, avant d'accepter ces démissions, 
m'ayant fait l'honneur de me demander si j'accepterais la 
haute mission de former un ministère sur les mêmes bases 
que celui du mois de juillet, je crus répondre à ce royal 
désir, en m'adressant à mes propres collègues dont je tenais 
à ne me point séparer ; à mes collègues, messieurs, dont 
j'estimais et j'honorais les talents, le caractère, la droiture 
et la sincérité; à mes collègues qui avaient dirigé avec moi, 
dans le plus parfait accord, dans l'harmonie la plus con- 









88 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 



stante, les affaires du pays. - En conséquence, je fis près 
de mes honorables collègues une nouvelle tentative, et nous 
examinâmes de commun accord, consciencieusement et 
profondément, toutes les questions sur lesquelles avait 
porté notre premier dissentiment. Après de longues et 
mûres délibérations, mes collègues et moi, nous avons été 
convaincus que nous devions persister dans la résolution 
que nous avions prise le 2 de ce mois, et maintenir les 
démissions que nous avions supplié Sa Majesté de bien 
vouloir accepter. - En conséquence, messieurs, en ce 
moment, Sa Majesté avise, et je crois avoir rempli envers, 
le roi la seconde tâche que Sa Majesté avait daigné me 
confier, en m'adressant à mes collègues et en faisant la 
démarche qui est restée sans résultats ('). » 

L'altitude de M. Van de Weyer lui ramenait 
de nombreux partisans. Le libéralisme lui offrait 
formellement son appui. M. Verhaegen, le chef 
du parti à Bruxelles, lui écrivait qu'il était prêt 
à le défendre; M. Gendebien adressait à son 
ancien collègue du gouvernement provisoire 
les adjurations les plus pressantes pour qu'il 
tint bon('). D'autres le sollicitaient de former un 



. 



(') Annales parlementaires de Belgique (session de 1845- 
1846), p. 924. 

( s ) M. Gendebien à M. Van de Weyer. « Mon cher ami, 
n'oubliez pas que la Belgique, que l'Angleterre, l'Europe ont 
l'œil fixé sur vous. Ce n'est pas une question belge qui vous 
divise, c'est une question de haute philosophie européenne. 



I 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 89 

nouveau ministère dans le sens libéral. Mais 
M. Van de Weyer était revenu en Belgique avec 
des idées unionistes très-arrêtées : il ne crut 
pas devoir tenter une nouvelle épreuve, après 
avoir échoué une première t'ois, malgré toute sa 

droiture. 

Le 3i mars, le roi accepta la démission de 
M. Van de Weyer, qui alla reprendre près la 
cour d'Angleterre les hautes fonctions qu'il 
avait quittées pour montrer son dévouement 
au pays. Les catholiques prirent le pouvoir 
et devaient le garder jusqu'en 1847. Non-seule- 
ment M. Van de Weyer conserva toute leur 
estime, mais il gagna en même temps, comme 

— Tenez bon, ferme, conséquent avec toute votre vie 
publique et privée; les sacrifices, quels qu'ils Soient, vous 
seront compensés, vous ne perdrez rien à persister, vous 
gagnerez tout en considération. — Tenez bon. — C'est un 
ami sincère, dévoué, désintéressé qui veille à l'honneur, à 
la considération, au bonheur d'un frère. - Tout à vous et 

pour toujours de même. 

« Alex. Gendebien. 
« 24 mars 1846. » 

M . De Potter lui-même oubliait l'éclatante rupture qui avait 
suivi la réunion du Congrès national {voir t. I,p. 111). Nous 
nous souvenons que M . De Potter nous parla avec éloge, même 
en termes affectueux, de son ancien défenseur, des difficul- 
tés qu'il avait à vaincre, de son intelligence et de sa loyauté. 



1 



■ 



90 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 

on J'a vu, les sympathies des libéraux, même 
de ceux qui le combattaient naguère (') S'il 
avait succombé, c'était avec honneur 



(') Les membres du cabinet du 30 juillet 1845 arrêtèrent 
en commun des explications sur l'objet de leur dissenti- 
ment, et le départ de M. Van de Weyer les détermina à 
publier immédiatement ces explications dans le journal 
officiel. Elles formèrent ensuite la brochure intitulée ■ 
^sentiment entre les membres du cabinet sur la question 
de l enseignement moyen (Bruxelles, \ 846, in-8° de 40 pa»es) 
On peut lire aussi dans la Revue nouvelle, t VIII „ 3 68 
un bon article sur la crise ministérielle de 1 846. Ailleurs un 
organe du libéralisme disait s . ... Pour notre part noug 
ne saunons trop comment qualifier l'opposition qu'a ren- 
contrée M. Van de Weyer, dans le sein môme du cabinet 
et nous serions curieux de savoir par quelles bonnes raisons 
des borna» d'Etat pourraient l'expliquer. D'ordinaire ils 
sont jaloux de la moindre de toutes les prérogatives' du 
pouvoir, ,1s n'épargnent rien pour que la part de celui-ci 
soit aussi belle et aussi large que possible ; ils s'ingénient 
a chercher tous les moyens de rendre plus puissante l'ac- 
tion gouvernementale, comme étant la meilleure de toutes 
Ici c'est tout le contraire... » 



1 



VIII 

Le roi Léopold entretenait avec son représen- 
tant à Londres une correspondance régulière 
sur toutes les grandes affaires de l'Europe , et 
c'est là surtout que l'on peut apprécier les efforts 
incessants de cet illustre souverain pour conser- 
ver la paix générale. Mais, dès 1847, il avait de 
sérieuses appréhensions : il pressentait l'ap- 
proche de la tempête ('). Il se méfiait des 
conséquences fatales qui surgiraient, pensait-il, 

(') Le roi Léopold à M. Van de Weyer : « Saint-Cloud, 
18 octobre 1847. Mon cher ministre, vous me rendez bien 
justice en me disant que les événements qui influent sur votre 
position de famille et votre bonheur m'ont toujours inspiré 
un vif intérêt. Je vous ai toujours porté une sincère affection 



I 



92 

SYLVAIN VAN DE WEYER. 

des ressentiments que les mariages espagnols 
a™er.t provoqués en Angleterre du mécon- 
tentement « ue *"*« fautes estaient en 
France. M. Van de Weyer aussi voyait ven 
«rage; le 7 février t848.il écrivait au ô 
Leopold : .. ... Si la Belgique se montre attachée 

a sa nafonalité, dévouée à son roi, prête à s'ar- 
mer en masse et à combattre à outrance les 
ennçnns de son indépendance, elle peut compter 
«r les sympathies et l'appui de l'Angleterre Je 
repetea tout le monde que jen'a, aucune lié- 
tude a cet égard... » ' 

Dans une autre leltre, écrite quatre jours 
avant h .catastrophe, il signalait ,« se „'me 
<imprcdo ffil naicn, en Angleterre:,, La shuaton 
de la France, dl sa,t-il au roi des Belges, i„ sp i re 
-,dcv 1 vesmquiét„de,..Lc S jour„aVan^ s 

q»c votresxcel,™. mm a mlK ^ 

ir 8 cache pas que m " van * »*-. - ■» » « 

si aimable m evern tpns* m'a »„. • 

ewi/ sensé, m a toujours inspiré les s P nt; 
«* «M, mérite si bien. - Kms „,„„ £ £ II" 

S associant a, S e„ lim e„ is de Ia reine y| 

ie S r«^ plismaM]esecondenfanideMeu . Mr - 






SYLVAIN VAN DE WEYEU. 



93 



qui attaquaient le plus vivement M. Guizot ont 
singulièrement radouci leur ton, depuis l'aspect 
menaçant qu'ont pris les débats des Chambres 
françaises. C'est que personne, en Angleterre, 
ne veut encourager une France révolutionnaire, 
et les hommes politiques les plus libéraux, tout 
en regrettant vivement que le droit de discus- 
sion publique soit contesté aux Français,avouent 
franchement qu'ils verraient avec plus de regrets 
encore l'avènement de la gauche au pouvoir. 
L'un d'eux, habile observateur et homme pra- 
tique en affaires , me disait hier : << Nous 
avons le tort de juger la France avec nos 
idées anglaises. J'ai longtemps habité Paris, et 
j'ai eu lieu de me convaincre que, ce qui serait 
sans danger chez nous , la réunion de quelques 
centaines ou de quelques milliers de personnes, 
peut , en France , devenir un grave événe- 
ment, et cela parce que les Français, avec plus 
d'esprit que nous, n'ont point ce sens commun 
qui nous retient dans les bornes, qu'ils sont, 
eux, toujours prêts à franchir. » — Cet homme 
est un écrivain radical qui a rompu plus d'une 
lance en faveur de lord Palmerston contre 
M. Guizot. Le langage de Sa Seigneurie est aussi 
devenu beaucoup plus modéré depuis la visite 
de Votre Majesté à Windsor. » 






I 



I 















M 



94 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



Le 24 février, la république triomphait à 
Pans, et le soulèvement des peuples allait 
s'étendre depuis le détroit de Messine jusqu'à 
la Vistùle. Dans cette terrible crise, Louis-Phi- 
lippe et sa famille avaient cherché un asile en 
Angleterre. M. Van de Weyer s'empressa d'ac- 
cueilhr les princes d'Orléans dans sa demeure 
même; et bientôt M. et M™ Rates mirent à la 
disposition des nobles exilés leur château de 
Sheen, près de Richmond. 

Le 29 février, le roi Léopold adressait à 
M. Van de Weyer la lettre suivante : 

« Mon cher ministre, si l'Angleterre est main- 
tenant si pacifique, elle n'aurait pas dû pousser 
à tant de maux. Pour ce qui nous concerne, les 
traités sont positifs. Nous désirons aussi peu 
qu'elle la guerre. Nous ferons tout au monde 
pour n'irriter en rien notre rivale et voisine; 
mais si elle nous tombe sur le corps, l'Angleterre 
est obligée de nous secourir. - Le pays se con- 
duit admirablement dans ce moment. Je suis 
aussi très -content de mes ministres; ils sont 
dévoués et courageux ('). Fasse le Ciel que tout 
cela reste ainsi ! J'ose cependant m'en flatter; j'ai 

(') Le roi parlait des ministres libéraux entrés dans le 
cabinet formé le 12 août 1847 par M. Rogier. 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



95 



joué le système constitutionnel régulièrement et 
consciencieusement. On a même dit quelquefois 
que j'étais trop constitutionnel. Jene m'en repens 
pas; car nos gens disent: « On nous parle de ré- 
publique ; mais nous avons bien plus de liberté 
que la plupart des républiques.» —Je suis bien 
fâché de voir le ministère en difficulté en Angle- 
terre ; je crois qu'il vaut mieux qu'il reste. — 
Tout ce que vous avez fait ainsi que vos excel- 
lents parents est admirable, et je vous en 
remercie de tout mon cœur. Offrez mes hom- 
mages à M me Van de Weyer et à vos excellents 
parents ('). » 

Quand la nouvelle de la révolution de Paris 
parvint au delà du détroit, le gouvernement bri- 
tannique craignit le contre-coup qu'elle pourrait 
avoir en Belgique. Tout le monde, d'ailleurs, en 
Angleterre, paraissait convaincu que des tenta- 
tives immédiates seraient faites dans notre pays 
par le parti du mouvement, Lord Palmerston 
fit appeler M. Van de Weyer et lui communiqua 
les appréhensions du gouvernement. Le ministre 
belge répondit qu'il était sans inquiétude; que 







( d ) La reine des Belges adressa à M. Van de Weyer une 
lettre des plus touchantes avec l'envoi d'une magnifique 
miniature de Louis-Philippe. 









■ il 



96 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 



I 

■ 



Ja population de Bruxelles ne partageait aucune 
des passions du peuple de Paris; que le pou- 
voir, en Belgique, avait pris l'initiative de toutes 
les réformes; que le bien était toujours venu 
d'en haut et que la nation, profondément atta- 
chée à son indépendance, repousserait toutes 
les tentatives du dehors. « Rien à craindre, 
ajouta- t-il, de l'intérieur; tout de l'extérieur.' 
L'intérieur, nous en répondons. L'extérieur est 
votre affaire autant que la nôtre. » Le 25 février, 
après cette conférence, M. Van de Weyer écri- 
vait au roi des Belges : « Je compte sur le bon 
esprit et le bon cœur de nos populations. Une 
manifestation de leur dévouement au roi, à nos 
institutions, à notre nationalité effacerait les 
préventions enracinées dans bien des esprits. 
On nous croit toujours disposés à imiter la 
France et à faire bon marché de notre indépen- 
dance. » 

L'attitude de la Belgique vint bientôt justifier 
la sécurité de M. Van de Weyer, et le roi Léopold 
lui adressa, le 4 mars, les paroles suivantes : 
« Je vous félicite de tout mon cœur de la con- 
duite admirable de votre pays; maintenant vous 
êtes et vous resterez une nation. — J'avoue que 
la conduite du pays me fait un plaisir que je ne 
saurais pas assez vous exprimer; car j'ai toujours 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



97 



kl 



beaucoup aimé le peuple, et je crois que la con- 
fiance entière que je lui ai toujours accordée a 
été cause que ces bonnes gens ont eu d'autres 
sentiments pour moi que ceux que l'on trouve, 
hélas! dans tant de pays, de nos jours... » 

Quelques jours après, le 11, s'adressant encore 
à M. Van de Weyer, il lui témoignait sa vive grati- 
tude : « Je vous remercie du fond de mon âme 
pour tout le zèle, talent et dévouement que vous 
avez déployés dans les moments suprêmes que 
nous venons de passer, et j'ose espérer que le 
succès que nous avons eu nous sera le harbinger 
des succès que nous continuerons d'avoir. » 

De son côté, M. Van de Weyer s'exprimait en 
ces termes, le 7 mars, dans une lettre également 
destinée au roi Léopold : « ... La conduite de la 
Belgique est une grande leçon de morale don- 
née aux peuples de l'Europe. J'espère que son 
exemple portera ses fruits. De toute part, les 
plus vives félicitations me sont adressées. J'en 
suis d'autant plus touché, qu'a toutes les épo- 
ques j'ai constamment protesté de l'attachement 
des Belges à leur indépendance. Ma confiance 
est pleinement justifiée. Si Bruxelles avait été 
le théâtre des troubles qui ont, en ce moment, 
lieu à Londres, et surtout en Ecosse, tous les 
journaux de l'Europe eussent retenti d'impré- 

ii. 7 



I 



98 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 



■ 

■ 

■ 

■ 



cations contre nous. — A Londres, ces troubles 
n'ont aucune portée.. On assure qu'un grand 
nombre d'émeuliers de profession sont arrivés. 
Le fait est que j'ai vu beaucoup de Français 
dans la foule à Trafalgar square. » 

Depuis les changements accomplis en Europe 
par la chute de la monarchie de juillet 1830 et 
l'établissement d'une république qui avait placé 
à sa tête le prince Louis-Napoléon Bonaparte, le 
roi Léopold veillait plus activement que jamais à 
la sécurité de la Belgique. Une franche réconcilia- 
tion entre les Belges et les Hollandais lui parais- 
sait extrêmement désirable à ce point de vue, 
et tel était également l'avis de son représentant 
à Londres. Quoiqu'il eût pris une part considé- 
rable à la révolution belge, M. Van de Weyer 
avait toujours professé une grande estime pour 
le peuple hollandais ; et, s'il avait aidé à détruire 
le royaume des Pays-Bas, c'était avec la persua- 
sion qu'il serait avantageusement remplacé, 
comme barrière, par une solide amitié entre 
les Belges indépendants sous Léopold I er et les 
Hollandais toujours fermement attachés à la 
maison d'Orange. Il ne pouvait donc qu'approu- 
ver les vues si sages que le roi des Belges lui 
communiquait le 25 mars 1849 : 

« Les deux pays ont tout à gagner par des 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



relations d'une cordiale amitié et n'ont qu'à 
perdre par une politique contraire. J'avais établi 
déjà avec Guillaume II de bonnes relations, 
et je pense que le nouveau règne offrira, sous 
ce point de vue, des chances favorables ('). Vous 
ferez bien de parler dans ce sens en Angleterre. 
La Hollande et la Belgique, unies pour la défense 
commune et en bonne amitié, offrent ensemble, 
avec l'Angleterre, une force assez respectable, 
et je considère cet ordre de choses comme étant 
le plus important que l'Angleterre ait à protéger 
et à conserver sur le continent de l'Europe. » 

M. Van de Weyer achevait la tâche laborieuse 
quelui avait imposée l'arbitrage anglo-portugais. 
Lorsqu'il en connut les résultats, lord Palmer- 
ston lui adressa officiellement, au nom du gou- 
vernement britannique, l'expression d'une vive 
gratitude pour les services rendus en cette 
occasion, et il se fit un devoir de reconnaître la 
haute impartialité avec laquelle les questions 
les plus délicates avaient été résolues ( ; ). 

La position politique de M. Van de Weyer 
était certes excellente, même exceptionnelle à 



I 






(') Le roi Guillaume II était mort le 17 mars 1819. 
(-) On trouvera dans l'Appendice le texte de cette lettre 
de lord Palmerston, datée du Foreign-ofïîce, 29 juin 1849. 






100 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



■ 



certains égards. « Vous êtes vu de tous les partis 
avec confiance, lui disait le roi Léopold, et cela 
n'est pas facile à obtenir, en nos temps moins 
que jamais. » Cette confiance générale dont il 
jouissait permit à M. Van de Weyer de se charger 
d'une autre médiation. On n'a pas encore oublié 
les procédés insolites dont le gouvernement de 
la reine Isabelle II avait usé, par représailles, 
à l'égard de sir Henri Bulwer, qui avait été, à 
Madrid, le ferme adversaire du ministère Guizot 
dans la question dite des mariages espagnols. 
Le représentant de la reine d'Angleterre fut 
congédié de la manière la plus étrange en même 
temps que les chefs libéraux se voyaient con- 
damnés à la prison ou à l'exil. A Londres, les 
chefs des différents partis s'accordèrent pour 
approuver la conduite de sir H. Bulwer, et les 
relations diplomatiques avec le gouvernement 
de Madrid restèrent suspendues. En 1849,M.Van 
de Weyer, accédant au désir du roi des Belges, 
fut l'intermédiaire des négociations engagées 
pour le rétablissement de ces relations. Il vit 
ses efforts couronnés de succès, et le gouverne- 
ment espagnol lui témoigna sa reconnaissance 
en lui envoyant les insignes du grand-cordon 
de l'ordre de Charles III. 
M. Van de Weyer, cependant, ne renfermait 



SYLVAIN VAN DE WEYEE. 



101 



point exclusivement son activité dans les régions 
diplomatiques. Il était plus qu'un habile négo- 
ciateur; il était un érudit tout aussi renommé. 
11 avait conservé sa vieille passion pour les livres, 
et celle-ci s'était même accrue. Il possédait une 
des plus riches et des plus curieuses bibliothè- 
ques du continent, une bibliothèque comme des 
chefs-lieux de comté et des capitales même n'en 
possèdent point, et elle était accessible à tous 
ceux qui voulaient consulter 1 eminent biblio- 
graphe. La Chambre des communes elle-même 
eut recours à ses lumières et à son expérience. 
En 1849, MM. Van de Weyer et Guizot consen- 
tirent à comparaître devant un comité de la 
Chambre, où ils exprimèrent leurs opinions sur 
l'établissement de bibliothèques publiques en 
général, et de bibliothèques provinciales en 
particulier. Les vues émises sur cet important 
sujet par l'ancien conservateur de la biblio- 
thèque de Bruxelles frappèrent vivement les 
commissaires anglais. Au lieu de ne fournir 
aux bibliothèques populaires que des ouvrages 
de second ordre, comme étaient généralement 
les traités faits expressément à l'usage des classes 
laborieuses, il fallait, selon M. Van de Weyer, 
mettre les chefs-d'œuvre mêmes de l'esprit 
humain à la disposition des ouvriers studieux. 



I 



£2^ 



Lfl 






I 



102 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 






■ 




L'homme du peuple, selon lui, savait aussi bien 
que le lettré admirer les beautés des classiques; 
ne voyait-on pas, aux représentations gratuites, 
le peuple rester froid devant des farces, tan- 
dis qu'il applaudissait les chefs-d'œuvre de la 
scène aux endroits même qui excitaient aussi 
l'admiration des savants? Quant aux bibliothè- 
ques provinciales, elles devaient, selon lui, être 
appropriées expressément aux besoins des 
localités : ce qui convenait à Oxford ne pouvait 
convenir à Manchester. Indépendamment des 
ouvrages d'un intérêt universel, il fallait, pour 
composer une bonne bibliothèque provinciale, 
(pie celle-ci contint tout ce qui se rattachait à 
l'histoire, aux antiquités, aux ressources, à la 
situation présente de la localité. En un mot, 
les bibliothèques provinciales, pour se rendre 
vraiment utiles, devaient avoir un caractère 
« topographique ('). » 

La position littéraire de M. VandeVVeyer était 
donc au niveau de sa position diplomatique. Les 
plus grandes distinctions lui avaient été accor- 
dées. Il était membre honoraire de la Société 



■ 

I 
I 



(') Voir, dans l'Appendice, des extraits de l'intéressante 
enquête de la Chambre des communes sur les bibliothèques 
publiques. 



SYLVAIN VAN DE WEYEIt. 



103 



royale de littérature, de la Société royale de géo- 
logie, de la Société royale des antiquaires, etc. 
Lorsque le prince Albert devint chancelier de 
l'université de Cambridge, celle-ci conféra au 
ministre belge le titre de docteur en droit. 

Les journaux ont conservé le souvenir du 
banquet solennel, par lequel la Société royale 
de géologie célébrait, en 1849, l'anniveraire de 
sa création. La fête était présidée par sir Charles 
Lyall, qui avait à sa droite l'archevêque de Can- 
terbury et sir Robert Peel; à sa gauche, le 
, ministre de Belgique et le marquis de Breadal- 
bane. Parmi les toasts on remarqua celui qui 
fut porté par le président aux géologues de Bel- 
gique et à M. Van de Weyer. Le ministre belge 
était signalé comme un emblème d'immutabilité 
dans le corps diplomatique en Angleterre, de 
même que la Belgique était une image de la 
stabilité au milieu des ruines qui attristaient les 
nations environnantes. M. Van de Weyer se leva, 
aux applaudissements de l'assemblée, et répon- 
dit en anglais avec beaucoup de verve et d'esprit. 
11 dit que si un poëte anglais voulait prendre 
pour sujet les jouissances de la vie politique, 
il pourrait l'assurer qu'il n'y avait point de 
plaisir égal à celui que ressentait un ministre 
lorsque son pays était l'objet de si chaleureux 






■ 




104 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



éloges. 11 jeta ensuite un rapide coup d'œil 
sur l'état de la science géologique en Belgique, 
depuis le xvi e siècle jusqu'à l'époque actuelle, 
rappelant les noms des Belges qui, dans 
cette science, avaient conquis une réputation 
européenne. Quant à son existence diploma- 
tique qui comptait dix-huit ans déjà, c'était sans 
doute une sorte de phénomène; mais cette 
longue carrière, il ne l'attribuait point à son 
mérite ; il en était plutôt redevable à la nation 
qu'il avait l'honneur de représenter et qui, après 
avoir achevé l'œuvre de son indépendance, 
s'était préservée des passions conduisant à" 
l'anarchie et à la confusion, fl avait été démon- 
tré, ajouta-l-il,que la formation géologique de la 
Belgique et des lies britanniques était la même; 
mais il y avait encore d'autres points de simi- 
litude entre les deux contrées : chacune mon- 
trait le même attachement à ses institutions et 
professait les mêmes sentiments de loyauté. Les 
deux peuples possèdent également, dit-il en 
terminant, toutes ces qualités qui les ont ren- 
dus invulnérables au milieu des convulsions qui 
pendant les derniers mois ont agité l'Europe ('). 



(') Le discours de M. Van de Weyer sur les progrès de 
la géologie en Belgique mérite d'être reproduit. On en 



SYLVAIN VAN DE WEYEll. 



105 



Sir Robert Peel, se levant après le ministre 
de Belgique, commença par exprimer le plaisir 
qu'il avait ressenti en entendant le discours 
que l'on venait d'applaudir si justement. S'il 
lui était permis, poursuivit-il, d'être l'organe 
du sentiment public sur ce sujet, il dirait que 
le maintien de leur indépendance par les Belges 
devait être attribué, non-seulement à l'esprit 
de loyauté et au patriotisme qui animaient le 
peuple, mais aussi à la haute sagacité du sou- 
verain qui avait la direction des affaires et dont 
l'éducation politique s'était faite dans la Grande- 
Bretagne. Le peuple d'Angleterre devait toujours 
porter un profond intérêt aux Belges. D'autre 
part, les Belges ne pouvaient ignorer que rien 
ne leur importait plus que le maintien d'une 
cordiale intelligence et de bons rapports avec 
le gouvernement britannique. Cette sympathie 
existait heureusement depuis longtemps, et elle 
était due pour une bonne part , ajouta sir 
Kobert Peel, à cette bonne fortune que les Belges 



.••v ■'. . 



9à 



m 



trouvera le texte dans l'Appendice où nous reproduisons 
aussi ,1e discours prononcé à la Société royale des anti- 
quaires Cette seconde harangue a un tout autre caractère : 
c'est un ingénieux et piquant parallèle, au point de vue des 
prérogatives et des usages, entre les ambassadeurs d'au- 
trefois et les représentants diplomatiques du xix c siècle. 



106 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 






ont eue d'être représentés en Angleterre par un 
homme, que recommandaient et son caractère 
et la sagesse de ses vues. Parlant ensuite de son 
propre pays, sir Robert Peel émit l'opinion que 
le gouvernement ne faisait pas assez dans l'in- 
térêt de la science, et il prononça ces belles 
paroles : « La véritable gloire de l'Angleterre 
est inséparable de ses pacifiques triomphes sur 
les autres nations, et les noms de Newton, de 
Watt et de Herschell sont aussi sacrés dans 
l'histoire du pays et doivent être aussi fièrement 
transmis aux générations futures, que les noms 
de Marlborough, de Wellington et de Nelson. » 
Depuis longtemps M. Van de Weyer appar- 
tenait également à l'institution, fondée en 1790 
et régularisée en 1818, sous la dénomination de : 
Royal lilerary fund, pour venir en aide aux 
auteurs distingués qui auraient été réduits à la 
détresse par des calamités imprévues, ou que 
l'affaiblissement de leurs facultés et le déclin de 
l'âge auraient rendus incapables de continuer 
leurs travaux. Cette institution compte, parmi 
ses présidents successifs, ses membres, ses bien- 
faiteurs, les hommes les plus éminents de l'An- 
gleterre. Au dîner anniversaire de 1838, présidé 
par le marquis de Landsdowne, et où se trou- 
vaient, avec plusieurs représentants des puis- 



SYLVAIN VAN DE WEYtU. 



107 



1 



sances étrangères, Thomas Moore, E.-L. Bulwer, 
sir H. Ellis, le révérend M. Milman, etc., M. Van 
de Weyer répondit, au nom des ministres 
étrangers, et son discours concis, simple et bien 
approprié à la circonstance , passa pour le 
meilleur de la soirée ('). 

Le 18 mai 18S0, la Société célébra, dans 
Freemasons' Hall, le soixante et unième anniver- 
saire de sa création. Le fauteuil était occupé par 
l'honorable juge Talfourd, et l'assistance était 
nombreuse. On y remarquait encore plusieurs 
membres du corps diplomatique, et parmi les 
« visiteurs » se trouvait le célèbre philanthrope 
Joseph Peabody, Esq. de Massachusetts. Plus de 
quatre-vingt-dix dames se trouvaient dans la ga- 
lerie. L'honorable M. Talfourd s'exprima en ces 
termes sur M. Van de Weyer, nommé président 

pour l'année suivante : « Je suis heureux 

d'annoncer la nomination et l'acceptation de 
S. Exe. le ministre de Belgique. Messieurs, notre 
société est, à la vérité, anglaise dans sa racine, 
mais elle est universelle dans ses branches. Et 
l'Anglais le plusexclusif,celuiqui voudrait renfer- 
mer les efforts de notre institution dansla contrée 
où elle a son origine, admettra les titres de mon 



I 



■ 



(*) Voirie Examiner, n° 1583, 3 juin 1838, p. 346. 



108 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 






illustre ami au poste pour lequel il a été choisi, 
car il est dans sa meilleure moitié un Anglais : il 
est allié à la beauté anglaise; il a été pendant de 
nombreuses années l'ornement de notre société; 
il a cultivé les goûts anglais, il est le repré- 
sentant d'un pays que nous devons toujours 

regarder avec une affection particulière » 

M. Van de Weyer, après avoir remercié avec 
une exquise délicatesse, ajouta ces paroles : 
« Messieurs, lorsque je fus informé pour la pre- 
mière fois que j'aurais l'honneur d'être choisi 
pour votre prochain président, je procédai à un 
sévère examen de moi-même, et je me deman- 
dai comment j'avais pu mériter un si grand 
honneur. Ce n'est point, messieurs, parce que 
je débutai de bonne heure comme écrivain et 
que j'ai publié quelques timides essais, mainte- 
nant entièrement oubliés de chacun et presque 
de moi-même; ce n'est point parce que, fidèle 
à ces commencements, je suis fier d'être encore 
professeur de philosophie à l'université de 
Bruxelles, circonstance très-peu connue et de 
minime importance, excepté pour moi. Non, 
messieurs, c'est parce que, depuis le premier 
jour de mon arrivée en Angleterre, je me fis un 
devoir de comprendre ce grand et beau pays, 
de m'identifieravec ses institutions, de mefami- 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



109 



liariser avec son passé, et d'apprendre à con- 
naître sa condition actuelle .... » De longues 
acclamations accueillirent cet hommage rendu 
à la Grande-Bretagne. 

Le 14 mai 1851, M. Van de Weyer présida à 
son tour, dans Freemasons' Hall, le soixante- 
deuxième anniversaire de la Société. Il s'assit 
dans ce fauteuil qu'avaient occupé avant lui 
tant d'hommes illustres et les princes même de 
la famille royale, le duc de Kent, le duc de 
Sussex, le duc d'York, le duc de Cambridge, 
et, en 1842, le prince Albert. A l'exception 
du savant chevalier Bunsen, ambassadeur de 
Prusse, aucun étranger n'avait encore été l'objet 
d'un pareil honneur. Entouré d'une assistance 
d'élite, M. Van de Weyer sut l'intéresser et 
l'émouvoir par son éloquence et son esprit. 11 
porta le premier toast à la reine, « patronne de 
la Société, » et rendit un magnifique hommage 
à la souveraine constitutionnelle. 11 la montra 
dirigée, dès le premier jour de son avènement, 
par ce grand principe qu'elle est la reine de la 
nation entière et non d'un parti; il la dépeignit 
n'ayant d'autre intérêt à cœur que le bien-être 
du royaume confié à sa sollicitude impartiale. 
« L'Angleterre, ajouta-t-il, n'est pas le seul pays 
qui jouira du bénéfice et cueillera les fruits de 









110 



SYLVAIN VAN DE WEYEB. 




si hautes vertus constitutionnelles. En ces temps 
troublés, lorsque l'Europe est encore agitée par 
les difficultés et les dangers qui entourent la 
solution de ce grand problème : comment le 
principe monarchique peut être maintenu et 
combiné avec une juste et raisonnable liberté,— 
un tel exemple aura la plus salutaire influence 
au dehors, et il indique le véritable moyen d'em- 
pêcher de nouvelles révolutions Messieurs, 

durant les événements extraordinaires des trois 
dernières années, un fait curieux s'est produit, 
et qui est bien digne d'être rappelé dans une 
réunion littéraire, parce qu'il est de nature à 
augmenter encore, s'il est possible, notre vive 
admiration pour notre illustre protectrice. 
Parmi les papiers les plus secrets et les plus 
confidentiels, que dispersaient naguère les tem- 
pêtes révolutionnaires du continent, se trou- 
vèrent plusieurs lettres, écrites en français par 
S. M. la reine, et depuis lors réunies et publiées. 
Les juges les plus difficiles les admirèrent juste- 
ment pour leur gracieuse simplicité, la pureté et 
l'élégance du style, la délicatesse des sentiments 

dont elles portaient l'empreinte «Onpeutima- 

giner si ces paroles furent applaudies. Le pré- 
sident porta ensuite un toast au prince Albert, 
au prince de Galles et aux autres membres de la 




m 



SYLVAIN VAN DE WEYEtt. 



111 



famille royale. Honoré de la confiance du prince 
Albert, avec lequel il était accoutumé de s'entre- 
tenir des plus hautes questions philosophiques et 
sociales, nul ne pouvait parler avec plus d'auto- 
rité du promoteur de l'exposition universelle et 
de tant d'autres utiles entreprises. « S. A. R. le 
prince Albert, dit M. Van de Weyer, au lieu de 
s'ensevelir dans les grandeurs de la cour ou de 
dépenser sa vie et son énergie dans les vaines 
pompes de la représentation ou dans la pour- 
suite énervante du plaisir, Son Altesse Royale, 
avec un sentiment profond de ses devoirs 
comme homme et comme prince, s'est proposé 
un grand et noble but; elle a dévoué son temps 
et ses pensées à tout ce qui est propre à amé- 
liorer la condition physique, intellectuelle et 
morale de la race humaine. Dans les admirables 
discours du prince, — discours qui mériteraient 
d'être recueillis et de devenir le manuel des 
têtes couronnées, — tout auditeur ou lecteur a 
dû être frappé du sens si éminemment pratique 
qui s'y joint aux plus profondes vues philoso- 
phiques et aux plus douces aspirations. Nous 
n'y trouvons aucune trace de ces folles idées 
sur l'amélioration des classes laborieuses,qui ont 
eu, pour un moment , tant de succès ailleurs. 
Quel contraste entre les tentatives dangereuses 



il 



112 



SYLVAIN VAN DE WKYER. 



■ 



d'Albert l'ouvrier et lés sages suggestions d'Al- 
bert le prince! » 

C'était aussi le devoir du président de former 
des vœux pour la prospérité du fond littéraire. 
M. Van de Weyer, en s'acquittant de cette obli- 
gation, montra une noble sollicitude pour la 
position, parfois si précaire, des lettrés et des 
savants; il dit que jamais un pays ne devait 
décourager les hommes qui se dévouent aux 
pénibles et glorieux labeurs de l'intelligence. 
Après avoir rappelé les services déjà rendus par 
la société, il indiqua ce qui restait à faire : 
rechercher les moyens de procurer à des écri- 
vains distingués la tranquillité d'esprit et le 
revenu certain, qui leur permettraient de con- 
sacrer leurs facultés à des travaux de longue 
haleine. On pouvait, croyait-il, atteindre ce but 
par la création de bibliothèques publiques dans 
les principales villes. Les fonctions de biblio- 
thécaire deviendraient la récompense d'émi- 
nents services littéraires. « Et ne serait-ce pas, 
ajouta-t-il, un spectacle digne de ce bon et 
grand pays que de voir vos principales villes 
rivaliser pour obtenir le concours et assurer le 
bien-être d'un homme comme Southey? Puis 
vous appelleriez dans ces établissements des 
aspirants littéraires et vous leur permettriez 



SYLVAIN VAN DE WEYEIl. 



118 



ainsi de poursuivre en paix leurs études. Je 
parle, Messieurs, avec quelque chaleur sur ce 
sujet, parce que moi-même, au début de ma 
carrière littéraire, j'ai été grandement assisté en 
devenant bibliothécaire de la ville de Bruxelles 
et conservateur des manuscrits du roi. » 

Lord Ashburton ayant proposé le toast à 
M. Van de Weyer, celui-ci se leva de nouveau 
et dit : « Si j'ai consenti à occuper ce fau- 
teuil, remplaçant ici tant d'hommes distingués, 
ce n'est pas que je me crusse des titres pour 
devenir leur successeur. C'est parce que je suis 
désireux de saisir toutes les occasions de remer- 
cier ce grand pays, ses hommes d'État et ses 
hommes littéraires pour l'appui constant qu'ils 
ont donné à notre nationalité et au maintien de 
notre indépendance. Ce jour nes'effacera jamais 
de ma mémoire et, après moi, il ne sera point 
oublié, j'en suis sûr, par quelqu'un qui, né sur 
votre sol et ici présent, a le plaisir de voir avec 
quelle faveur son père est accueilli par ses com- 
patriotes littéraires. Messieurs, j'ai un titre à 
cette bienveillance : parvenu par ma plume 
à la position que j'occupe, j'ai toujours été 
fidèle à la littérature et n'ai pas négligé une 
occasion, comme ministre de la couronne, de 
procurer à mon pays les moyens de conquérir 

il. 8 






m 
m 



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1H 



SYLVAIN VAN DE WEYEIt. 



I 



■ 



I 

I 



et de garder son rang dans le monde scienti- 
fique et littéraire. Un pays, messieurs, qui a pro- 
duit des hommes comme Froissart, Corn mines, 
Van Helmont, Stévin, Vésale, et permettez-moi 
d'ajouter deshommescomme mon ami M. Que- 
telet, ici présent, n'a rien à craindre pour l'ave- 
nir.» M. Van de Weyer proclama ensuite le nom 
du président de la société pour la future année : 
c'était le grand juge, lord Campbell, l'éminent 
biographe. 

Plusieurs hommes célèbres, Ârchibald Alison, 
l'historien, Thackeray, le romancier, Rawiin- 
son, le hardi voyageur, et d'autres encore prirent 
la parole dans cette imposante réunion. Alison 
témoigna à M. Van de Weyer la reconnaissance 
de l'assemblée pour les sentiments qu'il avait 
exprimés avec une éloquence qui aurait fait 
honneur, disait-il, aux orateurs les plus exercés 
du barreau et du sénat de la Grande-Bretagne. 

La même année M. Van de Weyer prenait 
une part importante à l'exposition universelle 
de Londres. Déjà le 2 mai J 850, dans un mee- 
ting préparatoire tenu sous la présidence de 
lord Portman, et où se trouvaient sir B. Hall, 
Cobden et d'autres partisans actifs de la grande 
idée due à l'initiative du prince Albert, M. Van 
de Weyer proposa une résolution exprimant le 



SYLVAIN VAN DE WEYEH. 



115 



ferme espoir que les nations étrangères aide- 
raient cordialement l'Angleterre à réaliser une 
entreprise qui intéressait le monde entier. Il ne 
se borna point d'ailleurs à émettre un vœu élo- 
quent; il accepta la présidence de la section (') 
chargée d'apprécier les produits se rattachant 
à la typographie, à la librairie, à la papeterie, etc. 
Les rapporteurs des divers jurys adressèrent 
publiquement de vifs remercîments à leur pré- 
sident pour son assistance et sa collaboration. 
M. Firmin Didot, qui s'était chargé de la partie 
historique et technique du rapport, déclara 
également que divers renseignements étaient 
dus « au savoir étendu et si varié » de M. Van 
de Weyer. Celui-ci, dans une occasion solen- 
nelle et devant une assemblée d'élite réunie à 
Richmond, reporta au prince Albert tout l'hon- 
neur du succès obtenu par la grande œuvre 
dont l'époux de la reine avait été le promoteur; 
il avait été témoin, dit-il, des labeurs assidus 
et de la rare persévérance du prince. 

La brillante érudition, dont M. Van de Weyer 
avait donné tant de preuves, n'était pas moins 
appréciée au fameux Club, que le docteur John- 
son, de concert avec sir Joshua Reynolds, avait 



: H 






(') Class XVII. 



^n 



116 



SYLVAIN VAN DE WEYEH. 



fondé en 1764. Les membres de ce cénacle, tou- 
jours en petit nombre, s'étaient constamment 
recrutés parmi les plus illustres représentants 
de la littérature et de la politique. On y avait vu 
Burke, Johnson, Goldsmith, Fox, Sheridan, 
Windham, Adam Smith, Gibbon, Boswell ; on y 
avait vu aussi lord Liverpool, premier ministre 
en 1825; et, de nos jours, M. Van de Weyer s'y 
rencontrait avec le profond Hallam, l'éblouissant 
Macaulay, le savant doyen Milman et d'autres 
hommes d'élite, qui savaient maintenir l'esprit 
anglais à son ancien niveau ('). 

M. Van de Weyer, même dans les plus 
hautes positions, n'avait jamais renoncé au 
culte des lettres. 11 continuait d'enlretenir avec 
M. Van Meenen une savante correspondance 
sur les plus hautes questions de la philosophie; 
M. Gruyer, autre philosophe, aussi profond que 



(') Lord Mahon, après avoir {History of Enyland from 
thepmceofUtrechl, etc., 5 e édit., t. VI, p. 315-317) raconté 
l'origine et la splendeur intellectuelle de la société qui s'ap- 
pela par excellence : The Club, ajoute : « A member of the 
Club will hâve httle cause to complain of the degeneracy of 
mankind so long as he enjoys the high privilège of sharing 
in the converse of M. Hallam and M. Macaulay, dean Mil- 
man and bishop Wilberforce , D r Holland and Monsieur 
Van de Weyer, lord Landsdowne and lord Aberdeen. » 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



117 



modeste, ancien-membre de la Société des Douze, 
consultait souvent aussi M. Van de Weyer sur 
les Essais pleins de vues originales qu'il n'im- 
primait qu'à un petit nombre d'exemplaires ('). 
Parmi les autres savants qui avaient recours à 
l'érudition du ministre belge, il faut mentionner 
le docteur Payen. Montaigne, ses Essais, leur 
influence sur la littérature anglaise, sujet pi- 
quant, firent entre eux l'objet d'une active 
correspondance! 2 ). Parfois aussi M. Van de Weyer 



I 



(') On trouvera clans l'Appendice quelques détails sur 
MM. Van Meenen et Gruyer, ainsi que sur leurs relations 
avec M. Van de Weyer. 

( 2 ) Le D r Payen écrivait à M. Van de Weyer : «... Ce 
« point de vue est absolument nouveau ; c'est un sujet 

« vierge qui peut offrir un grand intérêt On convient 

« généralement, on dit partout que Shakespeare a fait des 
« emprunts à Montaigne ; mais je ne connais nul ouvrage 
■ français où ces passages soient rapprochés. Voudriez- 
« vous bien me dire s'il est quelque édition anglaise qui 
h cite les passages analogues de Montaigne?.... J'ai l'hon- 
•• neur de vous adresser deux exemplaires d'une impres- 
« sion, non d'une publication, à très-petit nombre, dont la 
« simple vue vous fera tout de suite comprendre le but, Je 
i' n'ai confié ces feuilles qu'à quelques personnes intimes et 
« dévouées, MM. Cousin, Villemain, de Sacy, Barthélémy 
« Saint -Hilaire, Sainte-Beuve, Weiss, Hase, Paulin 
« Paris, etc. J'ai déjà repu quelques renseignements, mais 



I 






I 



■ 



•'■^ SYLVAIN VAN DE WEYER. 

redevenait lui-même auteur, et tandis que 
l'ambassadeur s'efforçait de garder l'anonyme, 
on retrouvait en lui l'ancien publiciste libéral et 
national. On le reconnaissait à des signes irré- 
cusables : à l'originalité des pensées, à un 
spirituel et caustique enjouement, à un style 
toujours pur et vif, même à un certain luxe de 
citations, réminiscences chères à l'un des maî- 
tres les plus éminents de la science bibliogra- 
phique. 

En i8M, M. Van de Weyer donna à la Société 
des Philobiblon les Lettres sur les Anglais qui 
ont écrit en français. « ... Vous savez, écrivait-il 
à M. Milnes,que je me suis fait une petite biblio- 
thèque spéciale, composée de livres écrits en 
français par des Anglais. Or, je m'engage d'au- 









« il ne me semble pas que je doive en obtenir plus du 
« quart. Je ne doute pas, si vous voulez bien jeter un 
•< regard sur mes lacunes, que vous ne me mettiez à même 
« d'en combler un certain nombre. Cet appel vous prou- 
« vera que je pense sérieusement à donner une édition des 
» Essais. Aussi vous jugez avec quelle joie et quel transport 
« de reconnaissance je recevrais les renseignements dont 
« vous me parlez. » 

En résumé , M. Van de Weyer recueillit et envoya 
au D r Payen tous les éléments d'un chapitre intitulé : De 
l'influence de Montaigne sur la littérature anglaise. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



119 



tant plus volontiers à vous donner de temps en 
temps des notices détaillées sur ces écrivains, 
que ce fdon, plus riche qu'on ne pense, n'a 
jamais, que je sache, été exploité par les ama- 
teurs des Curiosités de la littérature. C'est ma 
Californie ! Si je ne vous en rapporte point de roi- 
bien pur, n'en accusez que moi et mon inhabi- 
leté à creuser le sujet. » Le savant bibliophile 
se déliait trop de lui-môme. La biographie de 
Thomas Haies, qui se faisait appeler à Paris 
M. d'Bèle, n'est point seulement un hommage 
rendu à l'un des plus brillants amis de Grétry, 
resté inconnu de ses compatriotes : c'est aussi 
une vivante peinture de la France du xvm e siè- 
cle au moment où l'anglomanie pénétrait et 
allait dominer dans les hautes classes. 

Trois ans plus tard, en 1857, M. Van de Weyer 
laissait publier la brillante dissertation qui a 
pour titre : De la littérature de l'exil. A propos 
d'un plagiat commis, en 1828, par un M. Poupar, 
au détriment d'un marquis de Sy, qui avait 
cherché asile en Angleterre pendant la révolu- 
tion française, M. Van de Weyer aborde un sujet 
neuf, que le Dante avait pressenti et que tant 
d'hommes illustres, successeurs du poëte floren- 
tin dans la voie douloureuse, ont rendu encore 
plus imposant." De tout temps, dit notre auteur, 



■ 




120 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 




le caprice des rois, l'injustice des peuples, l'in- 
tolérance des religions, la haine des partis, les 
guerres civiles, les tempêtes politiques ont jeté 
dans l'exil une foule de nobles cœurs et de 
hautes intelligences, qui ont exhalé de la ma- 
nière la plus touchante leurs douleurs, leurs 
regrets, leurs craintes, leurs espérances. » Or, 
ce sont ces livres écrits dans l'exil qui ont tou- 
jours eu pour M. Van -de Weyer un attrait par- 
ticulier. « Je les recherche, dit-il encore, je les 
recueille, je les lis avec une curiosité pleine 
d'émotion. L'intérêt que j'y prends est peut-être 
l'effet d'un secret retour que je fais sur moi- 
même. Quel est, depuis soixante ans et plus, 
l'homme engagé dans les luttes politiques sur le 
continent, qui n'ait pas été proscrit ou menacé 
de l'être? Et si Dieu n'eût point, quasi miracu- 
leusement, fait sortir, du fond des plus graves 
difficultés, l'indépendance de la Belgique et, du 
sein de l'Angleterre, un roi profondément habile 
et sage pour nous gouverner, au lieu de vous 
écrire de la chambre même (') où Chateaubriand 
rédigea, pendant sa brillante ambassade, une 
partie de ses tristes et sombres Mémoires 
(foutre-tombe, je daterais peut-être ma lettre 



■ 



(') Portland-Place, n° 50. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



121 



de l'ancien grenier du Haymarket où il traça 
les premières pages de son Essai sur les révo- 
lutions, et je n'aurais point comme lui, pour 
consolation, la perspective de cette gloire lit- 
téraire qu'il affecta plus tard de dédaigner avec 
superbe, après l'avoir savourée jusqu'à l'eni- 
vrement. Mais, à part ces considérations per- 
sonnelles, un livre écrit clans l'exil a presque 
toujours un cachet qui le«distingue de tous les 
autres livres, et y ajoute un grand charme. 
L'homme, et non l'auteur, s'y montre tout en- 
tier, naïvement, dans toute sa force ou toute sa 
faiblesse, avec des convictions qui honorent ou 
des passions qui font peur, et une façon d'envi- 
sager les choses de ce monde qu'on chercherait 
vainement ailleurs. » 

La magnifique bibliothèque du ministre belge 
était ouverte, avons-nous déjà dit, aux écrivains 
qui désiraient la consulter ('). Plus d'un, pour 
témoigner sa gratitude à notre compatriote, lui 
dédia le fruit de ses travaux. Ces dédicaces 
sont même nombreuses, et, si nous les mention- 
nons, c'est parce qu'elles n'ont pas un caractère 



«I 



I 






(') En 1839, il engageait l'abbé Carton à fonder à Bruges 
une société de bibliophiles et mettait à sa disposition un 
manuscrit précieux sur la célèbre famille de Gruthuise. 



H 






■ 






^H 



122 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



banal. Robert Bell, en dédiant à M. Van de 
Weyer le roman intitulé : A ladder ofgold ('), 
rappelle qu'il l'adresse à un savant accompli, à 
un politique dont la carrière est glorieuse, à un 
écrivain qui a toutes les sympathies de ses 
confrères. Lorsque le même auteur publia 
les poésies de Samuel Butler, il rendit un 
nouvel hommage à la courtoisie de M. Van de 
Weyer, « de la bibliothèque duquel, disait-il, 
j'ai tiré une aide puissante pour l'avancement 
de cette œuvre. » W. Noël Sainsbury, éditeur 
de Lettres inédites de P. P. Rubens, avec com- 
mentaire ( 2 ), dit aussi qu'il n'aurait pu achever 
ce travail sans l'assistance de M. Van de Weyer, 
car c'est lui qui avait mis à sa disposition des 
ouvrages rares et néanmoins indispensables ( ! ). 

(') 1850, 3 vol. 

D Original unpublished Papers illustrative oflhe kfe of 
sir Peler-Paul Rubens, as un Arlist and a Diplomatist, etc 
(London, 1859, in-8°.) 

{>) L'éditeur disait : « To his Exe. M. Van de Weyer 
I am under the deepest obligations. Without his patronage 
I could not hâve continued my labours ; without his assis- 
tance 1 should never hâve completed them. The books 
which his Excellency lias placed at my disposai, and the 
courteous and ready manner in which he has invariably 
rendered me assistance, demand from me this public 
aknowledgment of gratitude and thanks. » 



SYLVAIN VAN DE WEYEH. 



123 



M. Blakey dédia également son Histoire de la 
logique à l'ancien professeur de philosophie 
du Musée de Bruxelles. Enfin, en 1855, 
M. A Vera mit en tête de son Introduction à la 
philosophie de Hegel l'épi tre suivante : 

.. Lorsque j'écrivais ces pages, je ne pouvais espérer 
pour elles l'insigne honneur de les voir un jour présentées 
au public sous vos hauts auspices. Je dois ajouter que, sans 
vous, sans vos conseils et vos encouragements, par suite de 
l'indifférence des temps et des vicissitudes de ma vie, elles 
n'auraient peut-être jamais vu le jour. C'est donc vous qui 
les faites , si je puis dire ainsi , pour le public et pour 
la science, et si jamais elles parviennent à faire mieux 
connaître un des plus grands penseurs dont s'honore l'in- 
telligence humaine, à répandre, comme j'en ai la confiance, 
— car quel est l'auteur qui n'a pas cette confiance? — 
quelques germes de vérité, et à ranimer l'ardeur philoso- 
phique qui, dans ces dernières années, a paru s'attiédir, 
c'est à vous qu'on en sera redevable. 

» Ce patronage accordé à la science, qui, chez d'autres, 
est souvent une affaire de condescendance ou de position, 
n'est, chez vous, que l'expression naturelle et spontanée 
des habitudes de votre esprit. Ceux qui s'intéressent au 
sort de la philosophie, savent que vous fûtes un des pre- 
miers, en Belgique, à relever et à défendre, par la parole 
et par la plume, le drapeau philosophique, comme ceux 
qui connaissent l'histoire de votre pays n'ignorent point 
que vous êtes un des fondateurs de sa liberté et de sa 
régénération politique. Mais, ce que beaucoup d'entre eux 



I 



I 



124 



SYLVAIN VAN DE WEYEE. 






■ 






ignorent peut-être, c'est qu'au milieu des nombreux devoirs 
de votre haute position, au milieu de soins qui, quelque, 
graves et quelque importants qu'ils soient, détournent l'es- 
prit de la vie contemplative plutôt qu'ils ne l'y invitent vous 
avez fidèlement gardé à la science, qui occupa vos premières 
pensées, la première place dans vos affections. Je ne puis 
ici que parler en mon nom; mais, s'il m'était permis de 
parler au nom de la philosophie, je vous en remercierais 
pour elle, et j'ajouterais qu'elle attend de vous que vous 
nous- communiquiez le fruit de vos méditations et de vos 
travaux. » 

Nous devons, quoique à regret, abandonner 
le protecteur des lettres pour rappeler les tra- 
vaux qui occupaient le diplomate alors même 
qu'on le croyait tout entier livré à de curieuses 
recherches bibliographiques. 

Depuis longtemps le commerce maritime en 
Belgique réclamait un traité de commerce et 
de navigation avec le Royaume-Uni de la Grande- 
Bretagne et d'Irlande. Mais c'était là une œuvre 
que la législation anglaise rendait extrêmement 
ardue. En 1851, sous le ministère du comte de 
Derby, les principaux obstacles furent enfin 
aplanis et, le 27 octobre, M. Van de Weyer ap- 
posa sa signature à un traité auquel les Cham- 
bres belges firent un bon accueil. « Une simple 
inspection des positions et des législations res- 
pectives des deux pays démontre, disait le rap- 






SYLVAIN VAN DE WKYEll. 



125 



porteur de la section centrale de la Chambre 
des représentants, les embarras que la Belgique 
a rencontrés ; nous félicitons donc le gouverne- 
ment d'avoir réussi à mener cette négociation 
difficile à bonne fin. » Le roi Léopold se mon- 
trait également satisfait. « Ce si bon traité, 
écrivait-il à M. Van de Weyer, le 20 novembre, 
ne peut que faire le plus grand bien : il était 
essentiellement dans le véritable intérêt des 
deux pays. » 

Quelques semaines après le coup d'État du 
2 décembre 1831, par lequel le prince Louis- 
Napoléon Bonaparte établissait sa dictature en 
France, M. Van de Weyer, à la demande du roi 
des Belges, se rendit à Paris pour juger de la 
situation. 11 eut plusieurs entrevues avec le 
prince-président et ses principaux auxiliaires, 
MM. de Morny, Turgot, etc. Il a tenu un journal 
de ce voyage accompli au moment où l'héritier 
de Napoléon le Grand posait les fondements du 
second empire, aujourd'hui disparu, comme le 
premier, etdans un désastre plus terrible encore 
que celui de Waterloo. 

M. Van de Weyer venait de remplir la mission 
confidentielle .dont nous avons parlé, lorsque, 
en février 1852, un dissentiment se manifesta 
entre le ministère belge et lui sur l'exécution 



I 



•jjfl 






■ 













126 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



du traité de commerce conclu avec l'Angleterre. 
Le représentant de la Belgique à Londres donna 
sa démission et écrivit au roi Léopold : « Com- 
prenant mes devoirs de citoyen dans les cir- 
constances difficiles où nous sommes, je conti- 
nuerai non officiellement à servir Votre Majesté 
avec le même zèle, le même dévouement, à la 
tenir au courant de ce qu'il lui importe de savoir, 
et à mériter la continuation de cette confiance 
affectueuse et illimitée qu'elle a toujours daigné 
me montrer. Ces mots ne sortiront jamais de 
ma mémoire. » Le différend fut aplani, et la 
démission non acceptée. 

Le roi Léopold, selon ses propres expressions, 
considérait M. Van de Weyer comme un ami 
qui depuis plus de vingt ans s'était montré 
inébranlablement et affectueusement dévoué. 
« Mon bon et fidèle ministre, lui écrivait-il une 
autre fois, vous n'avez pas votre pareil. » Le roi 
ne négligeait d'ailleurs aucune occasion de 
témoigner hautement des sentiments qui l'ani- 
maient envers son représentant à Londres ('). 




HLorsqueM.VandeWeyerperditsamèreJelIjuinlSSS, 
dès le lendemain le roi lui écrivit .- « Quand je vous ai vu,' 
j'espérais que votre excellente mère était hors de danger; 
le ciel a décidé contre nos espérances. Déjà éprouvé par un 






SYLVAIN VAN DE WEYEIl. 



127 



A cette époque la question d'Orient absorbait 
l'attention du roi Léopold, et il entretenait sur 
ce sujet avec son ministre en Angleterre une 
intéressante correspondance. Les efforts du roi 
lendaient à prévenir une lutte et à maintenir 
la paix européenne, à laquelle il attachait un si 
grand prix. On sait que ces efforts échouèrent. 

Après l'issue glorieuse delà guerre deCrimée, 
où les drapeaux de la France et de l'Angleterre 
s'étaient unis pour la première fois, la reine 
Victoria, accompagnée du prince Albert, fit un 
voyage à Paris (1855). M. Van de Weyer s'y 
rendit également et adressa au roi des Belges 
de nombreuses lettres confidentielles. 

La même année, il réussissait à conclure avec 
l'Angleterre une convention pour garantir les 
droits réciproques de la propriété littéraire et 
artistique. 

Au mois de juillet 1856, la Belgique célébra 
le vingt cinquième anniversaire de l'inaugu- 

malheur récent, vous aurez été doublement accablé par 
l'immense perte d'une mère qui vous aimait tendrement et 
qui était en même temps une femme bien distinguée sous 
tous les rapports. On ne peut que partager la douleur et 
exprimer combien on sympathise avec celui qui souffre; 
patience et résignation restent, hélas ! sur cette terre sans 
cesse nos principaux guides. » 









fe v 







128 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



ration de son premier roi. M. Van de Weyer se 
trouvait à Bruxelles avec les anciens membres 
du gouvernement provisoire et du Congrès na- 
tional. Quel spectacle pour le patriote qui avait 
siégé à l'hôtel de ville pendant les combats de 
septembre 1830! Quelle source d'émotions pour 
celui qui, peu de temps après, se trouvait à 
Londres, songeant déjà au prince que la Provi- 
dence destinait à consolider l'indépendance 
belge! Vivement frappé des témoignages de 
gratitude et de dévouement qui lui furent 
donnés en ces jours solennels, le roi Léopold 
écrivit, le 30, à M. Van de Weyer : « ... Le fait 
historique qu'une assemblée quasi républicaine, 
dont un grand nombre (de membres) encore 
présent, a pu, après un quart de siècle, déclarer 
librement que toutes les promesses avaient été 
religieusement observées et que, en plus, il y 
avait des résultats que des siècles souvent ne 
sauraient montrer, vaut bien la peine de devenir 
l'objet de quelque attention de la part du 
public anglais si prompt à blâmer... » 

M. Van de Weyer, qui venait de recevoir le 
grand cordon de l'ordre national, était loin 
pourtant de croire sa lâche accomplie. Les 
Anglais, par ignorance ou par prévention résul- 
tant d'anciens préjugés, émettaient trop sou- 



M: 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



129 



vent encore des idées fausses sur la Belgique. 
En 1856, M. Van de Weyer eut à redresser des 
appréciations qui pouvaient porter préjudice à la 
renommée de son pays; il défendit celui-ci avec 
énergie et dans la presse et dans des entretiens 
avec des ministres anglais et autres. Le H mai, 
le roi Léopold lui avait déjà écrit : « Je dois 
vous remercier d'avoir si bien défendu votre 
patrie et d'avoir ainsi obtenu de beaux résul- 
tats. Il est pour nous de la plus vitale impor- 
tance d'être appréciés en Angleterre; c'est notre 
soutien naturel, comme nous sommes pour elle 
d'une importance très-réelle, qui est parfaite- 
ment indépendante d'une politique de senti- 
ment comme elle peut suivre en Italie. » Le 
17 septembre, le roi lui exprimait sa satisfaction 
avec plus de chaleur encore : « Je vous remercie 
de tout mon cœur pour les efforts que vous faites 
pour votre patrie qui le mérite; mais vous méritez 
aussi que j'ajoute qu'elle ne possède pas un seul 
de ses enfants qui soit aussi patriote que vous. 
Le spectacle qu'offre la Belgique est vraiment si 
instructif, si honorable pour elle, et si utile aux 
gouvernements monarchiques sages, qu'on ne 
saurait trop y appeler l'attention publique. » 

Un jour s'offrit à M. Van de Weyer l'occasion 
de se rendre également utile à l'Angleterre et 



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130 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 









de mériter, lui aussi, la gratitude du grand 
peuple au milieu duquel il vivait depuis plus 
d'un quart de siècle. 

Identifié avec les habitudes de la haute société, 
aimant la campagne et s'intéressant aux travaux 
des champs, M. Van de Weyer n'était pas seule- 
ment membre de la grande Société royale d'agri- 
culture, il avait également sa place parmi les 
landlords du Berkshire. Or, le 6 octobre 1857, 
se réunit, sous sa présidence, à Stroud-Farm, 
près de Maidenhead (paroisse de Bray), l'as- 
semblée annuelle de l'association agricole du 
comté. C'était la première fois qu'un gentleman 
étranger présidait un meeting d'agriculteurs 
anglais ; le ministre belge sut toutefois remplir 
de la manière la plus brillante les devoirs qu'il 
avait acceptés à la demande du comité. Aucun 
Anglais n'aurait pu, dit la relation officielle, se 
mettre à l'œuvre avec plus de zèle et de cor- 
dialité, et la manière dont le « chairman » 
s'acquitta de sa mission , lorsqu'il distribua 
les prix gagnés par les exposants et lorsqu'il 
présida ensuite le banquet traditionnel, pro- 
voqua l'admiration de ceux qui l'entendirent ('). 

Au banquet, qui eut lieu à la maison com- 



(') Boyal East Berks agricullural association. From the 



SYLVAIN VAN DE WEYEIt. 



131 



munale (Townhall) de Maidenhead, assistaient 
cent cinquante convives. Après un toast porté 
à l'armée et à la marine d'Angleterre, M. Van 
de Weyer prononça des paroles qui produisi- 
rent un immense effet. 11 rendit un éclatant 
hommage à l'indomptable bravoure que les 
soldats de la Grande-Bretagne déployaient dans 
l'Inde soulevée ; il glorifia l'héroïsme du général 
Havelock qui, avec une poignée de braves, avait 
opposé à l'ennemi une résistance telle qu'il n'y 
en avait point d'exemple dans les annales mili- 
taires. Ces vaillants soldats ne combattaient 
pas seulement pour la restauration et le main- 
tien du pouvoir de l'Angleterre dans l'Inde, 
ils combattaient pour la civilisation même. 
« Écoutez, poursuivit l'orateur, l'insolent lan- 
gage de vos ennemis, de ceux qui sont aussi les 
ennemis de toute liberté civile et religieuse. 
Déjà ils se réjouissent de ce qu'ils appellent 
votre humiliation et votre dégradation ; déjà ils 
prédisent orgueilleusement la chute de l'Angle- 
terre et de son haïssable gouvernement consti- 
tutionnel. En présence de ces dangers et d'une 
crise, dont il serait puéril de dissimuler la gra- 



E ton and Windsor Express, the Readiny Mercury and Oxford 
Gazelle, and the London papers (broch. in-12), passim. 






F 



M 



132 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



vite et la durée, vous voulez, j'en suis sûr, attester 
avec moi que c'est notre devoir suprême de 
témoigner notre admiration à l'armée et à la 
marine de l'Angleterre, non-seulement par des 
effusions patriotiques et sympathiques, non- 
seulement par des toasts et des applaudisse- 
ments, non-seulement par des paroles, quelque 
éloquentes et émouvantes qu'elles soient, mais 
par la ferme recherche de tous les moyens 
propres à accroître la noble armée de nos 
défenseurs. Que chacun de nous donne un coup 
d'épaule. Joignons nos têtes et nos cœurs; 
faisons un appel pratique au bon sens de l'un 
et à la bourse de l'autre (') ; que chaque bras 
qui peut être épargné à la ferme et à la charrue 
soit employé pour tirer vengeance des bour- 
reaux de femmes innocentes et d'enfants. Disons 
à tous ceux qui se plaignent de se trouver 
désœuvrés : Vous pouvez assister vos frères 
chrétiens dans l'Inde, et nous vous fournirons 
les moyens de traverser les mers; là vous trou- 
verez en ce moment le plus noble emploi qu'un 
Anglais puisse souhaiter, car vous y mériterez 
la reconnaissance de votre pays ainsi que l'ad- 



(') <i ... Let us make in a practicalway an appealtothe ster- 
ling sensé of the one and the pound sterling of the other. . . » 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



133 






miration du monde civilisé, et nous appel- 
lerons sur vous les bénédictions de Dieu. » 

Des acclamations enthousiastes accueillirent 
ces paroles tout anglaises, car l'orateur avait dit 
lui-même qu'il éprouvait les mêmes sentiments 
qu'un Anglais né sur le sol britannique. L'effet 
fut immense non-seulement à Maidenhead, 
mais à Londres, et dans l'empire britannique 
tout entier. Le Times opposa les viriles paroles 
du ministre belge aux sinistres prédictions des 
ennemis de l'Angleterre. Le Globe et l'Observer 
se joignirent au Times. De toutes parts des 
félicitations parvinrent au diplomate qui s'était 
fait le défenseur non-seulement de la cause 
britannique, mais de la civilisation même. Lord 
Howard de Walden, ministre d'Angleterre à 
Bruxelles et ancien collègue de M. Van deWeyer 
à Lisbonne, dans une lettre fort intéressante, 
opposa également les fières paroles de celui-ci 
à l'esprit ultra-français de certaine presse; et il 
faisait savoir en même temps que de tous les 
rangs de l'armée belge se présentaient des 
hommes dévoués qui offraient leurs services 
contre les mécréants de l'Inde ('). De son côté', 
le roi Léopold écrivait à son représentant près 



(') Voir le texte de cette lettre clans l'Appendice. Nous y 



H 



134 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



la cour de Saint-James : « Je vous félicite de 
tout mon cœur sur le juste succès de votre 
excellent discours. Puisse-t-il avoir l'effet de 
faire comprendre aux populations l'énorme 
importance de la lutte dans l'Inde et l'influence 
que cette même Inde exerce sur le bien-être 
intérieur de l'Angleterre; c'est à cela que même 
beaucoup d'hommes instruits ne font pas assez 
d'attention et qui mérite cependant leur plus 
grave examen. Ils verraient alors que si l'Inde 
cessait d'être à l'Angleterre, des avantages d'un 
caractère bien solide lui seraient ravis. » Les 
vœux du roi s'accomplirent. Par ses mâles 
paroles, M. Van de Weyer avait rendu un 
service réel à l'Angleterre : de toutes parts 
des volontaires accouraient, offrant leur sang 
pour dompter la révolte qui menaçait le pres- 
tige et, à certains égards, la sécurité même de 
l'empire britannique. 

donnons également le texte du remarquable discours pro- 
noncé à Maidenhead. 







IX 



A trois milles du château royal de Windsor, 
sur la lisière même de la célèbre forêt, s'élève 
une splendide habitation construite dans le 
style de la première époque des Tudor. C'est 
Netv-Lodge. Entourée d'arbres séculaires, au 
milieu d'un parc et de jardins magnifiques, 
New-Lodge rappelle les demeures seigneuriales 
du XVI e siècle. Elle a été érigée sur l'emplace- 
ment d'une habitation plus modeste (Hounds 
lodge), qui fut pendant quelque temps la rési- 
dence de lord Raleigh ('). Selon la tradition, ce 



I 



(') Voir The history and antiquities of the hundred of 
Bran, in the country ofBerks, par Charles Kerry. (Londres, 
in-8°, 1861, p. 128-129.) 



136 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



■ 



fut à New-Lodge aussi que le roi Jacques I er 
arma chevalier le naïf chaudronnier avec lequel 
il avait si joyeusement vidé un cruchon d'ale 
dans l'allée des Merles (') Vers 1856, M. Bâtes 
fit commencer les premiers bâtiments du châ- 
teau actuel. La devise du fondateur : Labore et 
virtute est incrustée sur le fronton de l'édifice. Le 
château fut achevé en 1858-1859 et faillit coûter 
cher à M. Van de Weyer : il n'échappa que par 
une sorte de miracle à un terrible accident (•). 

Si l'extérieur de New-Lodge mérite une 
franche admiration, l'intérieur est non moins 
remarquable. 11 est arrangé avec ce goût exquis 
dans lequel on reconnaît l'intelligence d'une 
femme distinguée. Tout frappe l'imagination 
ou évoque des souvenirs : ici les images de la 



(') Voir dans l'Appendice lu ballade intitulée : Kiwj James 
and the linker. 

( s ) 11 fut presque écrasé par la chute d'une porte. Le roi 
Léopold lui écrivait à ce sujet : .. 12 novembre 1858. J'ai 
été horrifié de votre accident et je vous prie instamment de 
vouloir faire attention, et de ne plus exposer votre excel- 
lente tête à des épreuves aussi rudes. Vous êtes unique 
dans votre genre, et pour moi, mon cher Van de Weyer, il 
n'y a personne qui pourrait vous remplacer dans mon cœur, 
et vous méritez cela, car depuis vingt-sept ans passés vous 
ne m'avez donné que des preuves de dévouement. .. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



137 



reine et de la famille royale; là, des tableaux 
flamands, et partout disséminés, des portraits 
d'Anglais illustres : Swift, Burke, Macaulay, 
Hallam, Palmerston, Clarendon, Aberdeen, etc. 
Il faut encore signaler un excellent portrait du 
baron de Stockmar, qui fut le premier guide de 
M. Van de Weyer dans la carrière diplomati- 
que ('). Est-il besoin de dire que la bibliothèque 
contient un choix excellent de livres rares et 
curieux? Ils portent la propre devise de M. Van 
de Weyer : Science et conscience. La salle à 
manger dénote aussi les goûts philosophiques 
de l'amphytrion : des devises fort ingénieuses, 
données par lui-même, invitent la cordialité et 
l'esprit à présider aux repas. 

M. et M me Van de Weyer ont créé autour de 
leur demeure la nouvelle paroisse de Bray- 
Wood. Ils ont érigé à la mémoire de M. Bâtes 
l'église que l'on aperçoit de New-Lodge. Du 
sommet de la colline où a été élevé ce temple 
de la piété filiale on a une vue superbe : à l'ho- 
rizon se dressent les tours imposantes de cette 
célèbre demeure royale, qui rappelle toute 
l'histoire de l'Angleterre, depuis Guillaume le 
Conquérant jusqu'à Victoria l' e . 



(') L'hôtel de M. Van de Weyer, dans Arlington-street, 



138 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



■ 



L'année où s'achevait New-Lodge, M. Van de 
VVeyer fut de nouveau sur le point de quitter 
sa position officielle par suite d'un second dés- 
accord avec le cabinet de Bruxelles : il s'agis- 
sait cette fois de questions qui concernaient la 
défense du pays. M. Van de Weyer ne retira 
même sa démission qu'à la demande pressante 
et très-honorable du ministre des affaires étran- 
gères ('). Du reste, il continua d'approuver les 
vues du roi Léopold sur le système de défense 
nécessaire à la Belgique. 

Parmi les hommes d'État anglais qui ont 
soutenu notre pays avec le plus d'énergie et de 
constance, il faut mentionner particulièrement 
lord John Russel qui, durant tant d'années, 
a occupé les postes les plus élevés du gouver- 
nement. Secrétaire d'État pour les affaires 
étrangères dans le cabinet que présida lord 
Pahnerston,depuislel3juinl85'9jusquasamorl, 
lord Russell, dans plusieurs occasions, donna 
des preuves irrécusables de ses chaudes sym- 
pathies pour l'indépendance delà Belgique. Déjà 
le 46 février 1852, quelques semaines après la 

renferme aussi beaucoup d'objets d'art qui rappellent la Bel- 
gique. De Green-Park, qui est contigu à l'hôtel, on a la vue 
de Buckingham-Palace. 

(') M. le baron de Vrière (19 mai <8o9). 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



139 



révolution bonapartiste, il avait fait évidemment 
allusion à la Belgique, lorsqu'il exhortait l'An- 
gleterre à ne pas souffrir d'usurpation violente 
de la part de tout État qui avait été partie 
dans l'établissement du système continental 
de l'Europe. Parlant, le 6 février 1861, à la 
Chambre des communes, à propos des affaires 
d'Italie, lord Russell saisit l'occasion de pro- 
clamer hautement la légitimité de la révolution 
par laquelle les Belges avaient recouvré leur 
existence nationale, et, à ce sujet, il fit publique- 
ment l'éloge de M. Van de Weyer. « Un gent- 
leman, dit-il, que tous nous connaissons et que 
tous nous respectons, un gentleman qui s'est 
fait une brillante place dans la société anglaise 
par ses manières hautement conciliantes, ses 
connaissances scientifiques et son habileté diplo- 
matique, M. Van de Weyer, à présent ministre de 
Belgique à cette cour, signa un manifeste qui 
commençait par ces mots : Aux armes! aux ar- 
mes (')! manifeste dont on ne peut méconnaître 
le caractère essentiellement révolutionnaire : 
mais M. Van de Weyer avait la conviction que 
les circonstances l'autorisaient à agir ainsi (*}: » 



(') Voir t. I, p. 72. 

( 2 ) En 1868, lord Russell fit tirer à vingt-quatre exem- 














**° SYLVAIN VAN DE WEYER. 

Un événement imprévu allait porter le deuil 
dans toute l'Angleterre. Vers le commencement 
de décembre (1861), la reine et le prince Albert, 
qui souvent honoraient M. et M me Van de 
Weyer de leur visite, étaient venus du château 
de Windsor à New-Lodge. Le prince se sentait 
déjà sérieusement indisposé. Hélas! ses jours 
étaient comptés : il était sorti pour la dernière 
fois de l'enceinte de Windsor. 
L'ange de la mort planait sur la famille royale. 
Quatre années auparavant, le 10 novem- 
bre 1857, l'aimable duchesse de Nemours, qui 
élait non-seulement la parente mais encore 
l'amie d'enfance de la reine Victoria, avait été 
presque soudainement enlevée à son affection. 
M. Van de Weyer lui-même avait retracé 
les touchants incidents qui suivirent cette 
fin également inaltendue. « Dans l'humble 






plaires une lettre qu'il adressa à M. Van de Weyer et où il 
racontait sa visite à Napoléon 1er dans l'Ile d'Elbe, en 1815. 
Cette lettre avait été écrite (Letter to M. Van de Weyer, 
Pembroke-lodge, 28 novembre 1868) à l'occasion d'un 
ouvrage de celui-ci qui n'est pas non plus dans le com- 
merce et qui a pour titre : Napoléon et les Anglais depuis 
l'abdication de Fontainebleau jusqu'au relourde Vile d'Elbe. 
Lord Russell voulait compléter ces renseignements histo- 
riques. 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



141 



caveau de Weybridge, écrivit-il, la profonde 
émotion du prince-consort fut remarquée par 
tous les assistants, et à la plus solennelle et 
dernière partie de la cérémonie, lorsque, fon- 
dant en larmes, les membres inconsolables de 
la maison royale d'Orléans, entourés de tous 
les ministres de famille, étaient agenouillés 
devant les restes de la bien-aimée duchesse, 
un bouquet d'immortelles fut déposé par un 
écuyer sur le cercueil : chacun devina le cœur 
et la main qui avaient préparé ce dernier et 
touchant souvenir à la vertu et à la beauté 
enlevées si prématurément par la volonté inson- 
dable de Dieu d'un monde où tant de bien avait 
été fait par celle qui les possédait ('). » 

Un coup plus terrible devait atteindre la 
reine Victoria. Le 14 décembre 1861, le prince 
Albert disparaissait prématurément aussi de ce 
monde où il s'était montré si digne de sa haute 
destinée. 

Le duc de Brabant et le comte de Flandre 
vinrent assister, dans l'église Saint-Georges à 
Windsor, aux funérailles de leur auguste parent, 
et logèrent à New-Lodge. 

(') The Queen and the duchess of Nemours (20 novem- 
bre 1 857). Il n'y eut que quelques tirés à part de cette lettre 
écrite en anglais et adressée à un journal de Londres. 



■ 






142 



SYLVAIN VAN DK WEYER. 






Sous l'empire de la plus profonde affliction, 
M. Van de Weyer rendit un magnifique hom- 
mage au prince dont il avait été le confident et 
l'ami. Le 20 décembre, il écrivait ces nobles 
paroles : « Le coup affreux qui frappe la famille 
royale a retenti jusqu'au fond de mon cœur, 
et je ressens cette grande calamité publique 
comme un malheur domestique. Vous savez 
combien, dans l'intimité des relations dont j'ai 
été honoré, j'ai eu d'occasions d'admirer l'élé- 
vation de caractère du prince que nous pleu- 
rons, ce pur amour du vrai, du bon et du beau 
qui l'animait en toutes choses, son dévouement 
à toute épreuve aux intérêts de son pays, sa 
tendre et active sollicitude pour les progrès de 
ses enfants. Ma vénération pour lui était égale à 
mon attachement. Le monde perd la plus haute 
des intelligences, le plus noble des cœurs. »> 

En 1862, M. Van de Weyer ne fut pas seule- 
ment occupé de la négociation d'un nouveau 
traité de commerce avec l'Angleterre. Il prit 
une part active aux travaux de l'un des jurys 
de la seconde exposition universelle tenue à 
Londres ('). En outre, il publia l'un de ses plus 



H H fut membre du jury de la classe XXII. Voir, dans 
l'Appendice, le texte de la lettre des commissaires de la reine. 




SYLVAIN VAN DE WEYER. 



143 



mordants et plus redoutables pomphlets. Le 
19 septembre il mandait au roi Léopold : 

« Votre Majesté recevra, j'espère, dans la 
journée de demain, ma réponse à M. Cobden. 
La publication de cette petite brochure a été 
retardée par la négociation du traité de com- 
merce qui a absorbé tout mon temps. Mais, à 
la veille des journées de septembre, elle arrive 
encore opportunément. 

« La prolongation du séjour du prince de 
Galles a Bruxelles, sa réception à Laeken, l'ac- 
cueil chaleureux des populations ont produit ici 
le meilleur effet. » 

Richard Cobden, roi des Belges! Qui a oublié 
le retentissement qu'a eu en Angleterre et en 
Belgique cette vigoureuse réfutation de théories 
creuses et funestes (') ? A propos des fortifications 
d'Anvers, l'ancien apôtre du Free Trade, ébloui 
par nous ne savons quelles illusions, recomman- 
dait à la Belgique un système de conservation qui 

(') On lit dans l'avant-propos de l'éditeur : « A peine cette 
brochure fut-elle publiée de quelques jours, que tout le 
monde, en Angleterre comme en Belgique, reconnut M. Van 
de Weyer sous le pseudonyme de l'ex-colonel de la garde 
civique qu'il avait pris dans la première édition, publiée a 
Bruxelles, et la deuxième publiée à Londres. » 



■ ■ 



|> 






144, 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



I 




eût été l'humiliation et même l'anéantissement 
de notre nationalité. L'antagoniste des Russell 
et des Palmerston avait écrit : « Si j'étais roi des 
Belges, et que je voulusse conserver ma cou- 
ronne à mes descendants, je garderais seule- 
ment sur pied quelques milliers d'hommes. 
Je me considérerais comme roi par la force 
morale seulement, et je dirais à mes puissants 
voisins : « Vous avez proclamé ma neutralité, 
et j'entends donner à mon peuple le bénéfice 
de cette situation, en en faisant la communauté 
la plus légèrement taxée et la plus prospère de 
l'Europe. Ce serait, croyez-moi, le moyen le 
plus certain d'attacher les Belges à leur indé- 
pendance. Mais d'élever des fortifications à 
Anvers avec l'idée d'y rallier une armée en cas 
de guerre, et d'inviter toute l'Europe à venir 
faire de la Belgique un champ de bataille, 
c'est placer votre population dans une si affreuse 
alternative qu'elle préférera encore l'annexion 
à une pareille destinée... » Ancien membre du 
gouvernement provisoire et du Congrès national, 
un des plus actifs et des plus illustres fonda- 
teurs de l'État belge, M. Van de Weyer s'indigna 
plus vivement que personne contre les déso- 
lantes doctrines du chef de l'école mercantile. 
« M. Cobden, disait-il, fait, à notre usage, une nouvelle 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



145 



théorie de l'amour de la patrie. La voici réduite à sa plus 
simple, à sa plus basse expression : Payons-nous peu à l'État, 
sommes-nous plus légèrement taxés que nos voisins, nous 
préférerons certainement demeurer indépendants ; payons- 
nous beaucoup, payons-nous, à notre sens, plus que de 
* raison (et les armements mènent là), nous serons naturelle- 
ment tous disposés à nous vendre corps et âme à la France. 
Le patriotisme se mesure à la prospérité dont on jouit. 
M. Cobden y ajoute bien la liberté, mais par simple ma- 
nière d'acquit. La patrie est là où l'on s'enrichit et s'en- 
graisse avec le moins de charges possible. Un pays pauvre, 
toujours menacé, toujours en armes, toujours appelé à faire 
pour sa défense de nouveaux sacrifices, ne serait pas une 
patrie. Spartiate, M. Cobden eût annexé la Grèce à l'Asie; 
Suisse, il eût baissé la tête devant Gessler et Maximilien ; 
Batave, il eût subi le joug de Philippe II. Indépendance, 
nationalité, autonomie, patriotisme, dévouement, honneur, 
dignité, devoirs sacrés envers le pays, souvenirs de son 
passé, espérances pour son avenir vains mots, senti- 
ments surannés, qui font sourire de pitié le froid et calcu- 
lateur économiste. » 

Le prenant corps à corps, le publiciste belge 
s'écriait : 

« Mais quoi! M. Cobden n'appartient-il pas à cette école 
qui écrit sur son drapeau : Paix et non-intervention? 
N'a-t-il pas voulu que l'Angleterre, bien qu'elle eût garanti 
l'intégrité de l'empire ottoman, permit à la Russie de s'em- 
parer de Constantinople? Ne déverse-t-il pas tous les jours 
contre le gouvernement de son pays tout ce que son humeur 

H. 10 



I 



M 



¥ 



■ 






146 



SYLVAIN VAX DE WEYER. 



I 







acariâtre et haineuse peut trouver d'amères injures pour 
lui reprocher ses armements et lui en imposer la réduction? 
Si M. Cobden veut que les Belges filent, tissent, forgent, 
labourent, trafiquent, vendent, achètent, et, de crainte de 
ne point assez s'enrichir, abandonnent à d'autres la défense 
de leurs foyers, de leurs lois, de leur prince, de leurs insti- 
tutions, je le demande, de quel front pourrait-il, après ses 
diatribes anti-militaires, demander aux Anglais, en exécu- 
tion de leurs engagements, de tenir sur pied un corps 
d'armée supplémentaire destiné à se battre pour nous? 
Supposons-le de bonne foi, lui permettra-t-on tant d'incon- 
séquence? N'est-il point, comme tous les démagogues, 
l'esclave du parti dont il croit être le chef? Ah! si nous 
étions assez insensés pour commettre le suicide qu'on nous 
recommande, M. Cobden, pour obéir à son parti, serait le 
premier à présider à une enquête sur le cadavre de la 
Belgique, et à prononcer froidement un verdict de felo de se! 
Et c'en serait fait pour jamais : on ne ressuscite point 
d'une mort aussi honteuse. » 

Réfléchissez ! ô Belges, réfléchissez à ces con- 
seils! Par imprévoyance ou par un faux calcul, 
n'allez pas livrer aux plus redoutables périls 
cette indépendance que vos pères ont eu tant 
de peine à reconquérir! Respectez et affer- 
missez leur œuvre, en marchant sur les traces' 
des grands, sages et habiles patriotes qui ont 
créé notre État. 

Après avoir lu la vigoureuse brochure de son 
ministre à Londres, le roi Léopold (25 septem- 




r *rf 



(') M. Van de Weyer, ayant envoyé un exemplaire de 
la brochure à lord Glarendon, en cachant le nom de l'auteur, 
reçut de cet homme d'État une lettre extrêmement intéres- 
sante. On la trouvera dans l'Appendice. Lord Clarendon 
adresse ses félicitations à l'auteur anonyme et exprime le 
vœu que la brochure soit traduite et répandue jusqu'aux 
extrémités de l'Angleterre. 



■ 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



147 



bre 1862) lui manda « qu'elle ne manquerait 
point de produire son effet ('). » En réalité, elle 
produisit un revirement au delà du détroit; elle 
donna aux Anglais la conviction que les Belges 
avaient la ferme volonté de défendre leur exis- 
tence nationale. « Les Anglais, écrivait quel- 
que temps auparavant le roi des Belges 
(27 mars 1862), ont toujours eu en moi un 
ami fidèle et utile, et peut-être pourrai-je encore 
leur rendre service. » 

A plusieurs reprises le roi Léopold, dans sa 
correspondance avec M. Van de Weyer, s'élève, 
non sans indignation, contre une accusation qui 
revenait fréquemment dans les journaux fran- 
çais. Les fortifications d'Anvers avaient été, 
d'après eux, exigées par l'Angleterre! Comme 
s'il n'avait pas suffi du sentiment national des 
Belges pour les porter à s'imposer spontané- 
ment les sacrifices nécessaires à leur défense! 
Le roi convenait d'ailleurs qu'Anvers est une 






148 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



position vraiment grandiose. « Rien de sembla- 
ble, ajoutait-il, n'existe en Europe et hors 
d'Europe. » 

M. Van de Weyer fut nommé ministre d'État 
le 13 mai 1863. Il prenait alors, d'après le 
témoignage du roi, une part active et heureuse 
aux négociations pour la libération de l'Escaut. 

Mais la république des lettres s'occupait de 
l'éminent diplomate autant que Downing-street. 
M. 0. Delepierre, attaché comme secrétaire à la 
légation belge depuis de nombreuses années, 
honoré de l'amitié de M. Van de Weyer dont il 
partageait l'ardeur bibliographique, savant lui- 
même, toujours à la piste des raretés littéraires, 
à la ibis érudit et homme de goût, M. Delepierre 
entreprenait une œuvre importante. Il mettait 
au jour la première série d'un Choix d'opuscules 
philosophiques, historiques, politiques et litté- 
raires de Sylvain Van de Weyer. « Depuis 
longtemps, disait l'éditeur, nous nous sommes 
occupé de recueillir la collection complète des 
opuscules de M. Van de Weyer. Cette tâche 
n'était pas facile : quelques-uns sont tout à fait 
épuisés; d'autres, imprimés à petit nombre, 
sont devenus presque introuvables. Il eût été à 
regretter pour les lettres que les productions si 
remarquables d'un écrivain qui fait honneur à 




m 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



149 



la Belgique et qu'il n'eût jamais songé à réim- 
primer lui-même, eussent fini par disparaître, 
comme tant d'ouvrages, même modernes, dont 
les bibliothèques déplorent chaque jour la 
perte. » 

Avons -nous un regret à exprimer? Oui. 
M. Delepierre aurait pu , ce nous semble , 
justifier mieux encore son entreprise en don- 
nant une application opportune aux paroles 
suivantes, qu'Armand Carrel traçait dans la 
notice placée en tête des Œuvres complètes de 
Paul-Louis Courier : « Quoiqu'il n'ait pas été 
l'un des moins remarqués, on doit avouer ce- 
pendant que sa réputation est restée jusqu'ici 
au-dessous de son immense mérite. Cela vient 
sans doute de ce que, sur les matières toutes 
sérieuses qui l'ont occupé, Courier ne com- 
posa jamais aucun ouvrage considérable, 
aucun traité ex professo, mais seulement des 
opuscules en littérature, en politique des pam- 
phlets. Pour que l'écrivain soit remis à sa place, 
que faut-il? Réunir ces pamphlets et ces opus- 
cules, et en donner un recueil complet. » 

Eh bien, nous estimons également que le 
recueil complet des opuscules et pamphlets de 
M. Van de Weyer mettra cet écrivain à sa véri- 
table place, non loin, comme on l'a déjà dit, de 



■ 





. 






p$ 



150 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



Fontenelle, de Saint-Ëvremond, de Lamotte, 
de la marquise de Lambert, de Hamilton ('). 



(' ) La première série des Opuscules fut, d u reste, accueillie 
avec une extrême faveur, en Angleterre, en France, en 
Belgique. The Press (9 janvier 1864) déclarait que M. Van 
de Weyer était l'heureux émule de Paul-Louis Courier et 
de Sydney Smith, aussi érudit et incisif que le premier, 
aussi plaisant et spirituel que le second. La Salurday 
Review rendait également un éclatant hommage à son 
talent. En France, M. Cuvilier-Fleury écrivait dans le 
Journal des Débats ■. « On a eu l'heureuse idée de 
réunir en un volume quelques-uns des piquans opuscules 
de M. Van de Weyer, ministre de Belgique à Londres. 
M. Van de Weyer est un des hommes qui lisent le plus, 
le plus longtemps et le mieux; j'ajoute qu'il est un de ceux, 
si peu qu'il écrive, que j'aime le plus à lire. Il est de 
l'école de ces écrivains délicats et fins d'autrefois, qu'on 
appelle aujourd'hui, je crois, ■• les humoristiques ; » et il ne 
serait pas impossible de lui trouver une place, comme je 
l'ai dit ailleurs, à quelque distance de Fontenelle et de 
Saint-Évremond. Le charmant volume publié à Londres, 
chez Trubner, et chez Lorenz à Paris, est un vrai vade- 
mecum de voyage. Une série de traités qui voudraient être 
sérieux, et qui sont surtout amusans, des boutades caus- 
tiques avec agrément, philosophiques avec gaîté, politiques 
avec politesse, quelle compagnie dans un wagon ! Et même 
quand vous êtes rentré chez vous, que la mauvaise saison 
est venue et que vous êtes les pieds sur les chenets pendant 
que la bise souffle au dehors, quel plaisir de causer avec 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



151 



M. Van de Weyer n'est pas seulement un 
écrivain remarquable : sa conversation aussi 
doit être signalée. Écoutons 'un excellent juge, 
le roi Léopold, qui, revenu à Laeken, après 
un assez long séjour à Windsor avec son 
ministre, écrivait a ce dernier le 3 mai 1864: 
« Voilà déjà presque quinze jours que nos 
bonnes relations viennent de cesser, et je les 
regrette bien vivement; rien ici ne saurait en 
approcher sous tous les rapports, et cette 
absence complète de conversations aussi agréa- 
bles qu'instructives is a terrible deprivalion. » 
Si M. Van de Weyer était tant recherché dans 
le.mondele plus élevé, ce n'était point seule- 
ment à cause de sa position, c'était aussi pour 
son esprit toujours fin et séduisant ('). 



un philosophe qui ne nous ennuie jamais, avec un politique 
qui ne se met jamais en colère, et avec un ministre pléni- 
potentiaire qui a tant d'esprit! » 

La deuxième série des Opuscules a paru en 1868. Mais 
il s'en faut que M. Delepierre soit au bout de sa tâche. Il 
reste encore à retrouver et à publier de curieuses disserta- 
tions comme : Essai sur l'art d'être malade, Essai sur les 
dangers de la lecture de Plutarque, L'e'gotisme en littéra- 
ture, etc. 

(') Voici un intéressant billet adressé par Sainte-Beuve 
à l'auteur des Opuscules, qui, en 1867, se trouvant à Paris, 






152 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



Au mois de juin 1863, M me Bâtes, que le roi 
Léopold appelait « une affectueuse mère » , avait 
été enlevée à l'affection des siens, et l'année 
suivante M. Bâtes la suivit au tombeau. Le 
roi Léopold professait la plus haute estime 
pour cet homme distingué : plusieurs fois il 
l'avait consulté sur des questions de finances 
et sur les moyens de développer les exporta- 
tions de la Belgique. 

Dans l'été de 1865, M. et M me Van de Weyer 
perdirent par un affreux accident leur fille 



n'avait pas, lors de sa première visite, rencontré l'éminent 
critique : « Monsieur, quel regret, mêlé au plaisir, ai-je eu 
hier en trouvant votre nom au retour d'une très-courte 
promenade, la seule que me permette mon état de santé ! 
D'anciens, de bien anciens souvenirs tout de bienveillance 
de votre part, se sont réveillés, et je me suis dit que cette 
conversation manquée se retrouverait pour moi. Je ne puis, 
malheureusement, l'aller chercher tout de suite, étant 
depuis plus de trois mois devenu impotent à demi. — On 
vous a suivi depuis plus de trente ans dans ces sphères de 
la politique où je sais que vous avez conservé tous vos 
goûts littéraires. Baron me le disait encore, la dernière fois 
que je l'ai vu à Paris. Votre souvenir, croyez-le bien, est 
pour moi le plus précieux témoignage. 

•< Agréez, je vous prie, Monsieur, l'hommage de ma haute 
considération et de mon dévouement. 

« Sainte-Beuve. » 




SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



153 



aînée, jeune femme accomplie, à qui un heu- 
reux mariage promettait de longs jours de 
bonheur. Celte mort presque soudaine excita 
dans toute la société anglaise la plus touchante 
sympathie. La jeune femme, qui était l'objet 
de ces regrets, s'était, par sa grâce et son esprit, 
attachée tous les cœurs. De nombreuses lettres 
prouvèrent aux parents désolés combien leur 
aimable fdle était appréciée et aimée. La digne 
reine des Français s'associa à leur douleur dans 
des termes qui arrachent encore des larmes. 
« _ 23 juillet 1865. — Mon cher monsieur Van 
de Weyer, c'est une mère éprouvée par le 
malheur, c'est une vieille amie qui vient 
exprimer à vous et à M me Van de Weyer toute 
la part qu'elle prend au cruel malheur qui vient 
de vous frapper. Oui, je m'associe à toute votre 
douleur et je pleure avec vous l'objet de votre 
tendresse que vous venez de perdre d'une 
manière si cruelle. Il n'y a qu'à courber la tête 
et se soumettre à la divine volonté. Je sais qu'il 
n'y a pas de consolations à donner. — Le Sei- 
gneur seul peut les donner, et c'est là où je les 
ai trouvées dans mes malheurs. Que Dieu vous 
conserve à vos autres chers enfants ; que votre 
santé et celle de la pauvre M me Van de Weyer ne 
soient pas trop éprouvées, et comptez toujours 



I 






■ 






154 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



■ 



sur toute la sympathie et l'amitié de votre bien 
affectionnée Marie-Amélie. » Le 6 août, le roi 
des Belges écrivit de Laeken : « Mon bien-aimé 
ministre, j'ai été dans la plus vive douleur 
quand j'ai reçu le coup désastreux qui vous a 
frappé, car ce coup me frappait au cœur. La 
chère enfant m'avait déjà à Ostende fait une si 
agréable impression et j'avais si sincèrement 
participé aux chances de son établissement qui 
avait si bien répondu à tout ce qu'on pouvait 
désirer! Schiller dit, dans teBraut von Messim, 
avec une si terrible vérité : Avec le destin 
il n'y a pas de pacte! Cela m'avait souvent 

frappé (') » 

Lord Palmerston, le plus constant ami de 
M. Van de Weyer et des Belges, mourut dans 
tout l'éclat de la puissance et de la gloire, le 
18 octobre 1865. Au mois de décembre, le roi 
Léopold descendait lui-même dans la tombe, 
pleuré par les Belges qu'il avait glorieusement 
gouvernés pendant plus de trente-quatre années. 
Le 13 décembre, lord Clarendon écrivit à 
M. Van de Weyer : « Vous savez mieux que je 



(') Dans l'église de New-Lodge, le capitaine Brand, des 
gardes, a consacré un touchant souvenir à la mémoire de sa 
femme si regrettée. 



I 



SYLVAIN YAK DE WEYER. 



155 



ne pourrais vous le dire combien est profond 
et général notre regret de la perte qu'ont subie 
la Belgique et l'Europe, et combien aussi est 
sincère et universel notre vœu que toute pros- 
périté puisse arriver à votre nouveau roi mar- 
chant sur les traces de son illustre père. » Parmi 
les autres lettres, en grand nombre, qui furent 
adressées à M. Van de Weyer, lors du décès du 
premier roi des Belges, pour exprimer les 
regrets et les sympathies de l'Angleterre, il faut 
distinguer une intéressante communication de 
lord Broughton. Lord Broughton était autrefois 
sir John C.Hobhouse, celui-là même qui, en 1830 
et en 1831, avait si vivement appuyé les pre- 
mières démarches de M. Van de Weyer en faveur 
de l'indépendance de la Belgique. A ses yeux, le 
roi Léopold I er avait été un grand monarque, 
et il justifiait cette opinion par des considé- 
rations remarquables ('). 

Un autre personnage qui portait également 
un nom cher à la Belgique, le général Grey, fils 
du grand ministre de 1831 0, se rendit à 



m 






(') Voir, dans l'Appendice, le texte de la lettre de lord 
Broughton. 

( 2 ) L'aiïection du général pour la Belgique était un senti- 
ment héréditaire. On sait que lord Grey avait journellement 








■ 



156 



SYLVAIN VAN DE WEYEK. 



Bruxelles pour assister à l'inauguration de 
Léopold IL II ne tarda point à communiquer 
ses impressions : « J'ai, mandait-il à M. Van de 
Weyer, pensé beaucoup à vous pendant ce jour 
à jamais mémorable, — glorieuse confirmation 
et consolidation de votre noble ouvrage. Je vous 
écris tout de suite pour vous féliciter du fond 
du cœur de ce qui m'a frappé comme la plus 
vraie et la plus satisfaisante des démonstrations 
populaires que j'aie jamais vue, et j'en ai vu 
beaucoup. Je puis vous dire aussi combien j'ai 
été hautement satisfait du langage tenu par le 
roi, qui m'a honoré d'une audience particulière 
après la revue. Il est impossible d'imaginer une 
plus parfaite appréciation de sa position consti- 
tutionnelle et de la marche qu'il se propose de 
suivre. Jamais il n'y a eu de mesures plus 
sages que celles qu'on a adoptées pour laisser 
un intervalle de six jours jusqu'au moment de 
la prestation de serment du nouveau roi. » 

Léopold II permit à M. Van de Weyer de 
continuer la correspondance politique que 
celui-ci avait entretenue pendant trente-quatre 



■ 



des conférences avec lord Palmerston pendant la durée des 
négociations (1831-1832) et qu'il sut diriger celles-ci avec la 
plus haute sagesse. 







SYLVAIN VAN DE WEYER. 



157 



ans avec son illustre père. Mais bientôt des 
travaux si soutenus, joints aux épreuves qu'il 
avait subies, ébranlèrent la santé de l'émiiient 
diplomate : les médecins lui ordonnèrent abso- 
lument de quitter les affaires le plus tôt pos- 
sible. 11 s'en exprimait ainsi à ses deux amis les 
plus intimes, M. J. Van Praet, dont le nom est 
inséparable de celui de Léopold I er , et M. J. De- 
vaux, qui marche sur les traces de son oncle, 
homme d'État accompli (') : « ... Juillet 18G6. Vous 
le savez, j'avais depuis plusieurs années arrêté 
dans mon esprit que ma vie politique se devait 
terminer avec la vie- du roi. Pendant mon der- 
nier séjour à Bruxelles, je compris que ma 
retraite ne pouvait avoir lieu le jour de l'avéne- 
ment de notre second roi, et qu'il me restait 
encore des devoirs à remplir. Depuis, j'ai reçu 
des avertissements dont mon âge et l'état de 
ma santé ne me permettent point de mécon- 
naître la gravité. — Le sage, dit Lafontaine, 
est toujours prêt à partir. — Je veux tâcher 
d'être sage et tâcher d'être prêt. Or, pour cela, 



m 



(') M. Van Praet, ministre de la maison du Roi, a été 
depuis -1831 jusqu'en 1865 secrétaire et conseiller intime 
de feu Léopold I er . M. J. Devaux est chef du cabinet de 
S. M. Léopold IL 



158 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



J 



il faut que je puisse consacrer le peu qui me 
reste de temps à mes affaires particulières. Ne 
croyez point que je veuille pendant l'orage 
quitter un vaisseau que d'aucuns croient à la 
veille de sombrer, mais qui, à mes yeux, est à 
l'abri de tout danger. Je resterai à mon poste 
jusqu'à ce que la bourrasque soit passée; mais 
faites en sorte, je vous prie, que, au commence- 
ment de l'année prochaine, ma retraite puisse 
avoir lieu sans opposition. 11 n'y a pas d'homme 
indispensable. Si j'étais mort, il faudrait bien 
qu'on me remplaçât. » M. Van de Weyer écrivit 
respectueusement au roi dans le même sens et 
le même jour. 

Les difficultés survenues à propos du barrage 
de l'Escaut et les négociations relatives à la 
neutralisation du Luxembourg, dernière grande 
transaction européenne à laquelle M. Van de 
Weyer prit part, le retinrent encore aux affaires. 
On le vit aussi prendre une part très-active à 
la réception si cordiale faite par la nation an- 
glaise aux excursionistes belges ('). 

Le roi Léopold II insistait vivement pour que 
le célèbre diplomate renonçât à son projet de 



(') Voir, dans l'Appendice, une lettre qui lui fut adressée 
. au nom des volontaires belges. 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 



159 



retraite. Mais il dut se convaincre que M. Van de 
Weyer ne taisait qu'obéir à ce qui lui était im- 
périeusement commandé par l'état de sa santé. 
Du reste, en quittant son poste, il ne délaissait 
point la Belgique, car, au besoin, son successeur 
trouverait en lui (on le savait) le secours de son 
expérience et l'appui de cette haute influence 
que lui avaient acquise un si long séjour en 
Angleterre et tant de services rendus à l'un et à 
l'autre peuple. 

Le 27 juin 1867, M. Van de Weyer informa 
le roi des Belges qu'il avait en ce jour présenté 
ses lettres de recréance à la reine de la Grande- 
Bretagne. 

Après la cessation de ses fonctions offi- 
cielles, il continua d'habiter l'Angleterre, qui 
était pour lui une seconde patrie ('). Mais 
la Belgique, nous l'avons déjà dit, conserva 
toujours la première place dans ses affections. 
Et ce fut pour la servir encore, et avec la même 
efficacité, qu'il se garda de négliger les hautes 



■ 



D 






(') La première éducation de M. Van de Weyer avait eu 
un caractère tout à fait anglais, grâce aux soins d'un ancien 
ami de la famille, M. Th. Stoney, homme d'une rare 
distinction. M. Van Meenen prononça, en 1845, sur la tombe 
de cet homme respectable, un discours plein d'une grande 
élévation morale. 



■ 



1 






160 



SYLVAIN VAN DE WEYEIt. 



relations qu'il devait à son mérite personnel plus 
qu'à toute autre cause. Les hommes d'État de la 
Grande-Bretagne continuèrent de lui témoigner 
la même considération, et la reine Victoria ne 
mit point un terme aux sentiments de bienveil- 
lance qu'elle avait toujours eus pour le citoyen 
belge qui avait si dignement représenté, près la 
cour de Saint-James, les deux premiers rois de 
notre dynastie nationale. 



. 




CONCLUSION. 






Un écrivain d'un admirable sens, Montaigne, 
dit quelque part : » Je tiens moins hazardeux 
d'escrire les choses passées que présentes : 
d'autant que l'escrivain n'a à rendre compte 
que d'une vérité empruntée ('). » 

11 nous est donc permis, en terminant ces 
pages d'histoire contemporaine, de solliciter 
encore une fois l'indulgence du lecteur. Au 
surplus, pourquoi ne dirions-nous pas nous- 
même qu'elles ont un mérite peut-être? Dans 
ses entretiens de Sainte-Hélène, Napoléon 1 er se 
plaignait un jour de la manière pitoyable dont 



■ 



■ 



(') Essais, liv. 1, chap. XX. 
m. 



11 



H 




*î 



62 



SYLVAIN VAN DE WEYEll. 










l'histoire avait été généralement traitée et il 
exprimait le vœu qu'elle fût composée d'après 
les rapports et les lettres des ministres et 
des ambassadeurs. Or, la biographie qu'on vient 
de lire est fondée tout entière sur des docu- 
ments politiques et diplomatiques d'une irrécu- 
sable authenticité en même temps que d'un 
sérieux intérêt. 

Ces pièces historiques démontrent clairement 
que, pour la fondation du royaume de Belgi- 
que, M. Van de Weyer a été le plus actif et 
le principal auxiliaire de lord Palmerslon, de 
l'énergique ministre qui eut le mérite d'achever 
l'œuvre à laquelle il s'était dévoué avec une 
remarquable ténacité. 

Lorsque, au mois de novembre 1830, M. Van 
de Weyer débarqua pour la première fois en 
Angleterre, il put constater, avec angoisse, que 
la révolution belge était encore méconnue, 
même solennellement condamnée au delà du 
détroit. Que d'efforts il fallut pour ramener 
l'opinion publique, pour se concilier les whigs, 
pour convertir les torys ! La Belgique naissante 
trouva enfin des défenseurs résolus dans la 
presse, au Parlement, et jusque dans les con- 
seils de la couronne ; et l'avènement du prince 
Léopold de Saxe-Cobourg vint clore heureuse- 






SYLVAIN VAN DE WEYER. 



163 



ment cette première période marquée par tant 
de vicissitudes. Mais les Belges allaient être 
exposés à une nouvelle épreuve. En quelques 
jours néfastes du mois d'août 1831, l'œuvre si 
laborieusement construite faillit être anéantie. 
Et elle l'eût été sans l'intervention de la France 
et la vigilance de l'Angleterre. Mais tout en 
n'abandonnant pas les Belges, tout en déjouant 
les diaboliques projets du vieux prince de 
Talleyrand et d'autres Méphistophélès de la 
même école, le ministère britannique subit le* 
contre-coup des revers que n'avait pu conjurer 
Léopold 1 er . L'œuvre, qui paraissait achevée 
au mois de juin 1831, dut être reprise dans des 
conditions moins favorables pour la Belgique. 

Les négociations, ayant pour objet de con- 
sommer la séparation des deux peuples qui 
formaient naguère le royaume des Pays-Bas, 
se prolongèrent, sauf une trêve provisoire, jus- 
qu'en 1839. 

C'est dans ces négociations suprêmes, c'est 
devant l'aréopage chargé de prononcer sur les 
destinées de son pays, que M. Van de Weyer 
déploya toute l'énergie de son caractère et 
montra toutes les ressources d'un esprit que 
rien ne pouvait déconcerter. 11 fut véritable- 
ment un habile et puissant intermédiaire entre 






I 



w 



164 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 




NI 




1 



la nation anglaise et la Belgique. Avant le traité 
de paix de 1839, comme après la fin de nos 
différends avec la Hollande, pendant près de 
quarante années, il fut près de la Grande- 
Bretagne l'avocat éloquent du gouvernement et 
delà nation qui lui avaient confié leurs intérêts. 
Il s'adressait tour à tour à la raison des hommes 
d'État et à l'honneur du peuple. L'indépendance 
et la neutralité de la Belgique devinrent enfin 
des articles de foi, et des milliers de volontaires 
se montrèrent prêts à verser leur sang pour 
cette même cause qui était conspuée en 1830. 

11 a été donné à peu d'hommes politiques de 
contribuer à un changement aussi profond, à 
une métamorphose aussi radicale. Torys et 
whigs se trouvaient maintenant d'accord pour 
défendre les droits des Belges. Ils agissaient 
sans jactance, sans ostentation, mais tous fière- 
ment appuyés sur l'opinion publique. De son 
côté, le roi Léopold 1 er comptait fermement sur 
l'Angleterre, tout en se montrant bienveillant 
et loyal avec toutes les autres puissances. 

Merveilleux spectacle que celui dont fut 
témoin depuis 1831 le représentant du premier 
roi des Belges près la cour de Saint-James! Il 
a vu à la tète du gouvernement ou dans les 
conseils de la royauté des hommes signalés 




SYLVAIN VAN DE WEYER. 



165 



parmi les plus éminents du xix e siècle, le duc 
de Wellington, lord Grey, lord Palmerston, lord 
Brougham, sir Robert Peel, lord Aberdeen, lord 
Derby, lord Clarendon, aujourd'hui couchés 
dans la tombe, les uns sous les voûtes de l'ab- 
baye de Westminster ou de la cathédrale de 
Saint-Paul, les autres plus modestement, à côté 
de leurs aïeux. 11 a vu s'accomplir les grandes 
réformes politiques et économiques auxquelles 
les Grey, les Russell, les Peel, les Gladstone, les 
d'Israeli, les Bright et les Cobden ont attaché 
leurs noms. 11 a vu les prodiges de l'activité 
manufacturière et commerciale. Il a vu com- 
ment une nation s'élève au plus haut rang en 
alliant l'ordre à la liberté, l'énergie au bon sens, 
l'esprit de travail à la patience, et en montrant 
toujours et partout un patriotisme que rien ne 
décourage et ne rebute. Il a vécu à une époque 
où la population de Londres atteignait trois 
millions dames et où celle de la Gronde- 
Bretagne, qui ne dépassait pas onze millions 
en 1801, s'élevait à plus de vingt et un millions. 
Il a pris une part directe au développement 
littéraire de son temps; il fut ou l'ami ouïe 
collègue de Bentham-, de Rogers, de Hallam, de 
Th. Moore, de Sydney Smith, de Macaulay, de 
Senior, de Thackeray, que la mort a également 



I 






ift» 









- 



166 



SYLVAIN VAN DE WEYER. 




emportés. Pour tout dire, l'histoire le signalera, 
lui aussi, comme un des personnages mar- 
quants du long et fortuné règne de la reine 
Victoria. 






APPENDICE. 



A-^^EisriDiCE. 



i 

(Page 9.) 

EXTRAIT. DES MÉMOIRES DE LADY MORGAN. 

« May 1835. — Habbagc's Parly last night very pleasant; 
gol into mon petit coin — liad a Minister, a philosopher, 
a reviewer, a polilician and a dandy, successivily sur la 
sellette. Van de Weyer charming, spirituel and observing. 
He inspires one with views and opinions sjmilar to his 
own, and we agrée upon most things. I told him I had 
received a letter from our mutual good friend Rogier, in the 
morning, full of cordiality and wann fceling — reniinding 
me of the old happy days of thirly-lhree. ■> (Ludy Morgan's 
Memoirs, autobiography, diaries, etc. London, W. Allen, 
1862. Tome II, p. 599.) 



B^ 






*i 



170 



APPENDICE. 








II 



(Page 62.) 
M. VAN DE WEYER ET SYDNEY SMITH. 

In the autumn, hearing that his friend M. Van de Weyer 
and his family were coming into the west, my father sent 
him the following note : 

« October 1843. 

« Health to the greatest of diplomatists, and, te- the belgian 
kingdom, trade, glory, and peace ! You must not pass this 
way without visiting Combe Florey ; we shall expect you on 
the 9'\ we dine at seven, — Madame Van de Weyer, you, 
and the little ambassador. We are six miles from Taunlon, 
and Taunton is an hour and a half from Bristol. If you Write 
to Sweet's Hôtel, they will bave horses ready for you, and 
the people know the way to my house. Pray write a Une to 
say whether we may expect you ; we shall be delighted to see 
you, and truly mortified to miss you. 

« Yours ever very truly, 
« Sydney Smith. » 

They came and spent a day or two with us ; days, alas ! 
of incessant rain, putting the charms of the little parsonage 
to the severest trial. But if it was dark and gloomy without, 
it was ail gaiety and sunshine within ; for our guests came 
disposed to be pleased with evcry thing they found, and the 
intercourse of two such remarkable men as M. Van de Weyer 



APPENDICE. 



171 



and my father, both loving to exercise Ihcir mincis on grave 
and important subjects, and both possessing such a fund of 
knowledge, wit, anecdote and clever nonsense, lo inter- 
mingle witb llieni, made one quite forgetthe passage of time, 
and the visit scemed over almost as soon as begun. They left 
us on the most Iovely morning, when Combe Florey had 
put on her gayest and freshcst garb ; and carried away, 
I trust, as agrecable impressions as they left behind. In the 
evening of the saine day arrived M. Van de Weyer's secre- 
tary, bearing a summons lo Windsor, which owing to 
M. Van de Weyer's movements, had remained some days 
unnoticed, and it became necessary to follow him to Bowood 
immediately. But as M. Delep.... could not arrive till one 
or two in the morning, my father thoughl Madame Van de 
Weyer might be much alarmed by suddenly hearing in the 
middle of the night, that a messenger had arrived from 
home, and it was agreed that M. Delep.... should send in 
the following note, lo set their minds al ease. 

« Dear Van de Weyer, 

« Long live the Belgic lion ! long may he roar over the 
liger of France! You are wanted at Windsor. Delep.... is 
below. The young ambassador, and ail the children, and ail 
the grandpapas are quite well. Thcre is an air of picty in 
Delep.... that is very agreeable to me. 

« Ever yours, 
<• Sydney Smith. 



H ' 



I 



« Gel up immediately. » 



172 



APPENDICE. 



And lie wrote at more length, to explain, as hc says, his 
share in the transaction. 

« Dear Van de Weyer, 

" Let me explain my share in tlie proceedings. Between 
five and six o'clock appeared, in a fly, a grave person, who 
denominatcd himself Octave Delep...., in scarch of you. 
I concluded by the solemnity of his aspect, that he was corne 
lo announce the last days of the belgian monarchy. On the 
contrary it was to carry you off to the castle at Windsor. 
He could not go from hence, seeing the lime of his arrivai, 
till the cleven o'clock train ; and as he was resolute to hâve 
you, and 1 believe madame also, in London h.y six o'clock 
to morrow, we agreed that nothing remained but lo procced 
to Chippenham in the train, to extract you from Bowood, and 
lo convey you to the melropolis. I told (lira he would most 
probably be sliol at Bowood by the watchman ; but he 
declared that his papers were ail in order, and to die in the 
performance of his duly was a glorious death for a Belgian. 
I wrote a jocular note to send up to your bedside, lhat you 
might not be alarmed about your children. 

•• If Octave Delep.... bas perished in the invasion of 
Bowood, I certify that he dieil wilh the deepest admiration 
of the ever mémorable Belgic révolution. 

« Yours very truly, 

« Sydney Smith. 
« 12 october 1843. » 
(Memoir of the révérend Sydney Smith, by his 
daugbterlady Holland(1855), vol. I, pp. 522-525). 



1 




APPENDICE. 



173 



III 



(Page 69.) 



U SCIENCE EN BELGIQUE. 



M. Van de Weyer au roi Léopold. 



« Londres, 10 février 1835. 

« Sire, je prends la liberté d'envoyer à Voire Majesté copie 
d'une lettre que M. Whewell, professeur à l'université de 
Cambridge, adresse à M. Quetelet, de Bruxelles. Celte lettre, 
que j'ai reçue tout ouverte, et avec prière de seconder les 
vues de l'écrivain, fixera sans doute l'attention de Votre 
Majesté. Il serait fort à désirer, dans l'intérêt de la science, 
et pour l'honneur de la Belgique, que le ministère de l'inté- 
rieur et celui de la marine prissent le plus tôt possible les 
mesures nécessaires pour que les observations dont parle 
M. Whewell fussent faites avec régularité sur les côtes du 
royaume. Mais en ceci, comme en tout, je ne crois au succès 
qu'autant que Votre Majesté prenne l'initiative. Nous avons, 
en Belgique, une incroyable insouciance pour tout ce qui 
n'est pas d'une utilité immédiate. Les savants étrangers se 
plaignent amèrement de nous, et disent qu'il est impossible 
d'obtenir à Bruxelles le moindre renseignement. Nous atten- 
dons toujours que l'impulsion nous soit donnée d'en haut. 
Votre Majesté l'a imprimée avec succès à notre marche poli- 
tique et commerciale. Un mot de Votre bouche suffira, Sire, 
pour que, dans cette circonstance, nous ne restions pas en 
retard, et que la Hollande n'ait pas, aux yeux du monde 



H 



174 



APPENDICE. 



I 



savant, un nouvel avantage sur la Belgique. Qu'il me soit 
permis, à cette occasion, d'exprimer des regrets sur la résolu- 
lion prise, à ce qu'il parait, par M. le ministre de l'intérieur, 
de n'autoriser celte année aucun savant belge à se rendre, 
aux frais du gouvernement, à la réunion scienlifique qui 
doit avoir lieu en Angleterre. Le voyage fait, il y a deux ans, 
. par M. Quelelet, a produit plusieurs résultats avantageux, 
et a beaucoup contribué à augmenter le nombre de nos amis. 
Personne n'est plus propre à remplir dignement celle mis- 
sion, par la profondeur cl la variété de ses connaissances, par 
une véritable modestie, que l'on sait apprécier en Angle- 
terre, et par celte absence complète de cbarlalanisme scien- 
tifique donl d'autres étrangers ne sont pas toujours exempts. 
Nous espérons encore que M. le ministre reviendra de la 
décision qu'il a prise, et que la Bclgiqne sera représentée au 
nouveau congrès. C'est pour le gouvernement un bien léger 
sacrifice, et la science et le pays gagnent plus à ces commu- 
nications qu'on n'est peut-être tenté de le croire. Agréez, etc. » 






TV 

(Page 99.) 
ARBITRAGE ANGLO-PORTDGAIS. 

Lord Patmerston à M. Van de Weyer. 

« Foreign-Office, June29, 1849. 

« Sir, now thaï tfae mixed British and Portuguese commis- 
sion bas complctcd ils labours and bas been finally closed, 



APPENDICE. 



175 



it is my grali-fying duty, to convcy to yofl Ihe warm thanks 
and acknowledgments of lier Majesty's government for tlic 
services which you hâve rendered as arbitrator between the 
British and Portuguese commissionners. 

« lier Majesty's government are grateful to you for the 
attentive considération which you gave to the cases which 
were referred to you, and for the impartial and ahle manner 
in which you arbitrated upon them ; and as the husiness of 
the laie commission was peculiarly connected with my own 
départaient, I heg of you to permit me to add the expression 
of my personal thanks for the important assistance which 
you hâve afforded to the British and Portuguese governmenls 
in tins matler. 

« I hâve the honor to be, with the highest considéra- 
tion, Sir, 

« Your most obedient humble servant, 

<• Palmerston. > 



^ 



(Page 101.) 

ENQUÊTE SUR LES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES. 

« Report from the sélect commitlee on public libraries ; 
together with the proceedings of the commiltee, minute „ 
of évidence. Ordered, by the House of communs, to be 
printed, 23 july 1849. 

(Extrait.) 

« Q. Do you think it désirable that the bcst and 



^H 







176 



APPENDICE. 



I' ! 



highest style of books should form the basis of a library, 
though frcquented only principally by tlie working classes? 
» R. I should positively say, on principle, that the first 
rate books ought to be put in the hands of the people, 
instead of the inferior publications prepared for them. 
They generally object to books being manufactured for 
them, and they enjoy and feel the beauties of the higher 
class of literature, I should say as deeply as any literary 
man. The same can be witnessed in the theatrical représen- 
tations, when the people are admitted gratis; if a farce is 
given to them, they hiss it; if the best plays of Corneille or 
Racine are represented before them , they applaud , and 
applaud those very passages which "a literary man most 
admires. » 

(Suivent de nombreux détails sur les bibliothèques de la 
Belgique , leur administration, l'admission des lecteurs, le 
prêt des livres, les achats, etc., etc.) 

« One of the great errors commilted every where, as far 
as my own expérience goes, is that no sufficient importance 
lias been altached to the locality in which the library is to 
be siluated. Therc are books of universal interest that no 
library can be without, but at the same time, in order 
to make a library perfectly useful, the wants of the popula- 
tion ought to be consulted. You could not establish a library 
of the same nature at Manchester as at Oxford : provincial 
libraries ought to be so collected, that ail the natural, indus- 
trial and manufactring interests should be consulted , and 
that any man, in applying to that library, could find the 
materials for improving the natural riches, which he lias 
before his eyes. I should say that the same rules would apply 



APPENDICE. 



177 



to a historical library in a provincial town. The success of a 
library very much dépends on the nature of the collection ; 
and there is a great moral advantage in collecting every 
thing that is connected wilh the town, or province, its 
history, its biography, books relative to its manufactering 
and agricultural interest. Ail that lias been too much neglec- 
ted 

Q. Is it not very désirable that provincial libraries should 
be topographical libraries? 

R. Topographical in the most gênerai sensé, its natural 
riches, its manufacturing interests, etc., etc. 

Q. Its past history? 

R. Justso : its past history, its présent ressources, and 
so on. 

Q. Its aneient monuments, its remains ofantiquity, and 
every thing which is topographical? 

R. Exactly. 

Q. You staled that you altached considérable importance 
to that; is the tendency of that kind of works to create a 
topographical feeling? 

R. I believe that the population is more attached to its 
own town, to its historical souvenirs and that there is a 
slronger local patriotism when there is a library where the 
past can be sludied and where the future can be prepared. 

Q. You would call ont the genius loci, as it were? 

R. I should say that those means of acting upon the moral 
and political feeling of the population hâve been too much 
neglected 

Q. You are understood to hâve staled, that, in your opi- 
nion, there should also be some distinction belween libraries 
such as the royal libraries at Brussels, the British Muséum 

12 



^■i ■ 




178 



APPENDICE. 



hère, and Ihe Bibliothèque royale at Paris, which are to be 
the great dépôts for ail sorts of literature, and a public 
library for the ordinary use of a provincial town ? 

R. Exaclly : a great library ought to be the réceptacle of 
books thaï arc found no where elsc but there ; it is for that 
purpose that money is granted to them for paying books 
which may add comparativcly liltlo value to the collection. 
There ought to be in every country a great réceptacle for 
such books where every thing is of value. But in provincial 
libraries one should only take whal is of universal or local 
interest. 

Q. Many works wich in thecyes of contemporaries appear 
trifling, may be very useful, as clucidaling the history, 
manners and progress of socicty for future times? 

R. Exactly : and for that reason no great library ought to 
despisc any publication. The very contemptible nature of the 
publication is an indication of the signs of the times, and 
ought to be collected in a large library, but not in a provin- 
cial library. 



VI 



(P.-iîîc 104.) 

DISCOURS DE M. VAN DE WEYER A LA SOCIÉTÉ 
ROYALE DE GÉOLOGIE. 



After the allusion made by your Président to Belgium, to 
the scienlific labours of my countrymen, and to myself, and 
after Ihe kind manner with which bis words were recived, 






APPENDICE. 



179 



I am in duty bound to overcome the nalural drcad of making 
a speech in english, and to try to express to him and to 
you, as well as I can, my decp sensé of gratitude for the 
honour you hâve done us. 

If ever one of your poets thinks of singing the Pleasures 
ofpolitical Ufe, let him take my word for it tliat there is no 
pleasure more gratifying, more pure and elevating tlian the 
one which a foreign minister feels when his counlry and 
his coutrymen arc praised by such a man as your worthy 
Président, and when that praise is applaudcd and rcsponded 
to by such an assembly as I hâve now the honour of addres- 
sing. I now feel that I shall be justified in showing some 
national pride and in speaking with some confidence of the 
merits of our geologists. You hâve, sir, very considéra te] y 
named only four of them, because you kindly wished to 
leave me something to say and some names to add to your 
list. We should bave been iinworlby of the unbounded 
richess with which a bountiful Providence lias endowed our 
soil, if, satisfied with deriving froin them ail the material 
advanlages, ail the comforts, ail the luxuries, we had nol 
aimed at reaching a higher sphère, and tried to study them 
with a pure and disinterested love of science. — A few men 
gifted with gcnius bave, in Belgium as else wberc, had at 
the end of the xvi' L century , some glimpses of the future 
importance of geology. Those guesses at trulh are forgotlen. 
But, from the moment that geology, resting on the basis of 
philosophical induction, bas becomeone of the mosl vigorbus 
branches of the tree of knowledge, supported in ils growlh by 
ail the sister branches, the number of men who, in Belgium, 
hâve bestowed upon it the whole of their lime and of their 
faculties bas encreased so much that it would require more 



I 



180 



APPENDICE. 






lime tlian you woulcl allow me and more knowledge than I 
possess, to give you the shortest analysis of their labours. 
However, the names of Robert de Limbourg , De Launay 
and De Burtin, geologists of the xvni ,h century, are still 
remembered ; and those of Bommel, Dethier and D'Omalius 
d'Halloy are still quoted as authorities every where. — But 
it is wilh the birth of our political indépendance that geology, 
like ail the olher sciences, has taken a much greater deve- 
lopment in Belgium , as if ail felt that it is nol enough for a 
nation lo occupy a place in the political. world, and that, in 
order to enjoy a full and complète existence, an existence in 
which other people take a higher interest, a nation must 
also conquer a place in the scientific world. Then it was 
that the Royal Academy of Brussels proposed yearly a prise 
for the best memoir on the geological construction of ail oui- 
provinces ; and to those memoirs are altached the well known 
names of Drapiez, Cauchy, Shinninger, Engelspach Lari- 
vière, Davreux, Galeotti, Nyst, Dumont. Then it was that, 
for the first Unie, I read with an undescribable pleasure in 
one of the able and profound anniversary speeches of this 
Society an account, given by sir Roderick Murchison, of the 
progress of what lie already called the belgian school of 
geology. Then it was that this society, struck with the gigan- 
lic labours of M. Dumont, assigned to him th« Wollaston 
gold mcdal for his memoir, map and sections of the geolo- 
gical constitution of the province of Liège. No one who 
lakes the slightest interest in the progress of geology in 
Belgium has forgotten the glowing terms in which D r Buck- 
land spoke of the task achieved by M. Dumont. The medal 
awarded to him in Brussels was certainly a great national 
récompense; but the voice of D r Buckland sounded to him 



APPENDICE. 



181 



and lo us like the voice of posterity. Those of your members 
who hâve extended the tield of their observations to Belgium, 
professor Sedgwick, sir Roderick Murchison, D r Fitton, sir 
Charles Lyell well know what an impetus that honour con- 
fered on a Belgian lias given to the cultivation of geology, 
as they hâve also been able to ascertain by personal inter- 
course with what zeal, what deep knowledge their own 
discoveries hâve been adopted by and adapted to our country. 

Il is now high lime that I should say a few words in 
answer to what it has kindly plcased your Président to say 
about myself. It seems to him, and such an acute and pro- 
found observer mustberight. that a ministerof eighteen yeacs 
standing is now a days one of the curiosities of the political 
world. I perfectly agrée with him in the explanation given by 
him of that sort of phenomenon which surprises me less 
than it does him. A few words will explain (lie pheiiumenon 
which would bave been equally observed if any other had 
occupied the same position. 

If the geological phenomena of Belgium bave sometimes 
perplexed the ablest observées, our political révolutions hâve 
often produced the same effect on foreign statesmen, who 
knew not what Ihe Belgians were at. One great, deeply 
rooted passion kept them unruly, dissatisfied, and turbulent 
— the natural passion for national indépendenee. 

That once satisfied at the priée of a lasl long convul- 
sion, and our old municipal and provincial institutions buried 
under heeps of foreign laws and regulalions, having sprung 
lo life again,lhewhole nation cooled down, and no personal 
passions, no misdirecled ambition came to disturb the happy 
state of things created by the last slruggle. Thus may be 
explained the révolutions of the past and the stability of the 






■ 






* 






182 



APPENDICE. 



présent, which, extending its influence on men and things, 
hâve not only kept us in place, but hâve also secured the 
country against the inroad of the lava of neighbouring vol- 
canoes. — One word more: several.succesful attempts hâve 
been made by English and Belgian geologists to identify the 
Belgian formations with those of England. Is there not also, 
Gentlemen, some resemblance between the character of the 
two people, in our same respect for Law, in our attachment 
to our institutions, in our loyalty to our sovereigns, in ail 
those qualitics which hâve enahled the two nations to stand 
erect and unshaken in the middle of the convulsions of 
Europe? We hâve in thaï respect learnt many things from 
you, and I could, returning the compliment paid to me, 
point out many an English diplomatist who enjoys the 
advantage of having been left undisturbed in the fulfilment 
of his duty for more years than I hâve had the happiness of 
spending among you. 



DISCOURS DE M. VAN DE WEYER A LA SOCIÉTÉ 
ROYALE DES ANTIQUAIRES. 



- 



In rising, as the senior member of the corps diplomatique, 
to return, in behalf of my colleagues and of my-self, our 
most sincère thanks to you, my Lord, for the honour you 
hâve conferred upon us in proposing our healths in such flat- 
tering terms, to you, Gentlemen, for the manner with which 
you bave been pleased to receive that toast, I cannot forbear 
both as a foreign minister and as a member of the Royal 



APPENDICE. 



183 



society of Antiquaries, expressing the wish that some future 
fcllow op this Sociely may one day take for subjecl of a 
Icarned dissertation, the position held at différent periods in 
England by ambassadors and foreign ministers as comparée! 
wilh the one they enjoyed in the 19"' century. 

There was a lime when Ihose agents werelooked upon with 
a jealous and dislrustful cye, when the Lord mayor of Lonclon 
thought himself, on certain occasions, aulhorised to refuse 
their being adraitted in tlie precincts of the city ; when the 
greal duc de Sully himself remarked, in finding to his utter 
astonishment, a collation prepared for him at Greenwich, 
that it was an established custom in England not to ireat 
ambassadors, and not even to ofler them a glass of water. 
There was a time when, in order to pave their way to a belter 
welcome, they provided themselves with gloves, hawks'hoods, 
leather for jerkins, a perfumer, and ail sort of delicacies 
which they bestowed aniongst Lords and Ladies, and when 
the Nelherlands ambassador accredited during the two short 
period of our first atlempt at indépendance from Spain, did 
not venlure to présent his credentials wilhout having a cargo 
of good flemish cheese for distribution among the court 
Ladies. Notwithslanding those précautions they scldom asso- 
cialed wilh the inhabitants on a footing of friendly inlimacy ; 
and their présence at a mask or a dinuer at court, became 
an important state aiïair, and oflen a source of international 
difficultés. 

Now a days, Gentlemen, there is no national or civic e'ntei- 
lainment, no literary or scientific anniversary, no agricul- 
lural or industrial meeting; no sociely for the study of the 
past, no private assembly for the social and intelleclual en- 
joyment of the présent where the foreign ministers are not 



I 

I 



m 















mm 







I 



184 



APPENDICE. 



received with the kindest feelings, the most noble hospitality. 
The future antiquary , in reading thèse facts of the 
19 lh cenlury, will probably make some observations of his 
own on the subject. Such, will lie probably say, was upon 
those foreign ministers, the effect of the kind and desinle- 
rested attentions bestowed upon thtm, that they idenlified 
themselves with ail our pursuits ; that they showed the 
deepestinterestin the progressof ail our national institutions, 
and were often admitted as fellow labourers: and that they 
found themselves so much athome in this our hospitable 
country, that many of them took unto thcm English wives, 
and (hat in our public meetings, inslead of claiming the privi- 
lège of speaking the Ianguage of their country, or a barba- 
rous sort of latin in which they dealt formerly, they actually 
were so far emboldened as toaddress us in our own Ianguage, 
regardless of the dangers of murdm'ng the Quecn's English, 
and perfectly certain of not even raisinga smile al their doing 
so. I hope, Gentlemen, that our future antiquary will add, 
that if we were rathcr inadéquate to the last lask, there was 
in us no lack of that deep l'elt gratitude of which I again beg 
you will accept the sincère expression. 






APPENDICE. 



185 



VII 



(Page M 7.) 

LES PHILOSOPHES. 

M. Laromiguière. 

Né en 1756, àLevinhac-le-Haut (Rouergue), morl en 1837. 

« C'était, dans l'ordre intellectuel et avec la fine modéra- 
tion de son esprit, un disciple du XVIII e siècle, et le fidèle 
ami des plus fidèles représentants philosophiques de cette 
grande époque, Condorcet, Tracy, Cabanis, Volney, Garât. 
Mais en partageant habituellement leurs opinions et leur 
société, M. Laromiguière se tint absolument en dehors de 
la 'politique, étranger à toute ambition mondaine, à toute 
apparence ambitieuse, exclusivement adonné à l'étude et à 
l'enseignement de la philosophie, et la pratiquant avec 
autant de sagesse qu'il avait de charme en l'enseignant. Je 
ne sais si, dans l'histoire de la métaphysique, il restera une 
grande trace de ses travaux, entre autres de sa tentative pour 
élargir et élever la doctrine sensualiste de son maître Con- 
dillac en lui faisant faire un pas vers le spiritualisme; son 
idée à ce sujet fut ingénieuse et bien exposée plutôt qu'ori- 
ginale et profonde. Mais ce qui restera dans le souvenir de 
notre temps, c'est l'attrait de la personne et de l'enseignement 
de M. Laromiguière; caractère doux et facile avec honneur, 
esprit clair et élégant, toujours animé et jamais agressif, qui se 
plaisait dans la conversation et la controverse, mais n'aimait 
pas la lutte et l'évitait avec soin, même dans la sphère philo- 



ï 



■ 



PF£- V 




APPENDICE. 

sophique, tout en maintenant avec dignité sa pensée; sincère 
sans passion ; se défendant bien et n'acceptant jamais la 
défaite, mais peu ardent à poursuivre la victoire ; plus soi- 
gneux de son indépendance et de son repos que jaloux de 
propager ses doctrines, et les livrant sans beaucoup de solli- 
citude à leur sort pour qu'elles ne troublassent pas le sien. • 
Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, par 
M. Guizot (édition de Leipzig), t. IV, p. 252. 






M. Van Meenen. 

M. Van Meenen, malgré son grand âge et les travaux de la 
présidence de la cour de cassation, et M. Van de Weyer, 
malgré ses nombreux devoirs diplomatiques et sociaux, con- 
tinuaient d'entretenir une correspondance littéraire et surtout 
philosophique. On jugera, par les deux extraits suivants, de 
l'importance des questions qu'ils examinaient et discutaient 
entre eux. 

M. Van Meenen à M. Van de Weyer. 

« Bruxelles, 31 janvier 1851. 

« ... Vous rappelez-vous qu'à la dernière soirée que j'ai 
eu le bonheur de passer avec vous, je vous ai lu les notes que 
je recueillais pour servir à un Essai sur l'éducation morale 
des enfants en Las-âge, que je médite et projette toujours, 
malgré mes maux. (M. Van Meenen avait alors soixanle-dix- 
neuf ans.) Le projet, le plan, les malérianx recueillis avaient 
paru vous sourire : mais avec votre esprit, votre instruction, 






APPENDICE. 



187 



l'expérience que vous avez acquise en élevant vos propres 
enfants, il est impossible que la communication que je vous 
ai faite ne vous ait pas suggéré des idées, des vues, des 
réflexions importantes que je compte bien que vous me 
communiquerez à loisir. Voilà ce que je vous demande 
encore. Si j'en ai le courage et la force, je vous joindrai ici le 
plan de mon Essai. En tout cas, je recommande le projet à 
vos méditations, et vous prie de me les transmettre, dés que 
vous le pourrez. Je tiens extrêmement et au projet même, 
par l'exécution duquel je voudrais utiliser, pour la société, 
le peu qui me reste à vivre, et à vos pensées, parce qu'elles 
pourraient encourager et féconder les miennes 

« Vous vous rappellerez que la question du langage et 
l'étude de la grammaire générale m'ont toujours beaucoup 
occupé : c'est que je suis convaincu, et chaque pas que je fais 
me confirme de plus en plus dans cette opinion, que le 
langage, la parole, c'est-à-dire ce qui constitue le fond com- 
mun de toutes les langues traduisibles les unes par les autres; 
que le langage enfin bien conçu, bien distingué, bien abstrait 
de toute concrétion avec une ou plusieurs langues quel- 
conques, parlées, mimées, dessinées, écrites, etc., contient 
les bases fondamentales de toute psychologie, de toute onto- 
logie, de toute théodicée, c'est-à-dire de toute philosophie, 
en d'autres termes, du sens commun, du bon sens pur et 
sans alliage, ce bon sens de l'humanité, ce qui fait de l'être 
à forme humaine un homme sociable, civilisable, éducable, 
perfectible, point de départ de toute philosophie, de toute 
théologie, et point de retour de chacune d'elles, même après 
les plus grands écarts, lorsqu'elle veut se faire comprendre et 
se justifier. Que font aujourd'hui les Lacordaire, les Ravi- 



■ 



■ 






■ 







I 



■ 



188 



APPENDICE. 



gnan, les Ventura, les Wiseman, les Sibour, les Dupanloup? 
En résultat, ils tâchent de réconcilier le dogme, le précepte, 
les rites, la hiérarchie romaine avec le bon sens, avec la 
philosophie. Voilà, mon cher, en gros, ce qui m'amène à 
considérer la question de l'origine et de l'essence du langage 
comme une question, ou pour mieux dire, comme la question 
capitale. » 

M. Van de Weyer a recueilli et classé les notes éparsesde 
M. Van Meenen, où ce profond penseur a abordé toutes les 
grandes questions de la philosophie, et il se propose d'en 
faire l'objet d'une prochaine publication. 

Pierre- François Van Meenen, né à Espierres (Flandre 
orientale), le 4 mai 1 772, est mort à Bruxelles le 2 mars 1 858. 



M. Gruyer. 

Louis Gruyer, né à Bruxelles, le 15 novembre 1778, 
décédé le 15 octobre 1866. Jl avail été fonctionnaire des 
douanes sous le premier empire. Il prit sa retraite dans les 
premières années du royaume des Pays-Bas, pour se livrer 
exclusivement au culte de la philosophie. En 1846, M. Van 
de Weyer le fit nommer correspondant de l'Académie royale 
de Belgique. Il faut lire, sur le modeste philosophe, l'écrit 
intitulé : Louis Gruyer, sa vie, ses écrits, ses correspon- 
dances, par L. Alvin. (Bruxelles, 1867, in-12.) 



■ 




APPKNDICK. 



189 



VIII 

(Page loi.) 

RÉVOLTE DES INDES. 

Discours prononcé, par M. Van de Weycr au Town-hall de 
Maidenhead. 

• ■ The toast which I hâve now to propose to you is 
one whicli makes, a t. this moment, every heart beat wilh 
the deepest émotion. You instantly l'eel that I mean I lie 
" Army and Navy of England » (Cheers). Under ordinary 
cireumstnnces, I should consider it my duty to expatiate upon 
thequalities which so highly distinguish the British soldier, 
upon his indomitable energy, his undaunted courage, liis 
fortitude under every trial, his manly dévotion to his Qucen 
and country; but when I reflectupon the wonderful military 
athievements which bave taken place since the beginning of 
this awful Indian crisis, I a'm conscious thaï I could nol find 
words adéquate to express the solemn feeling of admiralion 
and respect which sucb glorious deeds arouse in my soûl 
(applause). I feel that I could not do justice to the unostenta- 
tious heroism of that great and good man, General Havelock 
— (loud applause) - that man, who with a handful of brave 
warriors, opposes to the most treacherous and barbarous 
euemy, the most admirable résistance that bas ever been re- 
corded in the military annals of any country (cheers). Thèse 
gallant soldiers are not only fighting for the restoration and 
maintenance of your power in India ; they are fighting for a 
cause in which ail free and enlightened nations are interesled, 






■ 





190 



APPENDICE. 













and for the succcss of which wc ail do pray. They are fighling 
the batlle of civilization itself. Lislen to the insolent language 
ofyour enemies abroad, of those who are the enemies of ail 
civil and religious liberly. Already are they rejoicing upon 
what they call your humiliation and dégradation; already 
are they boldly predicting the downfull of England, and of ils 
hateful constitutional Government. In the face of such dan- 
gers, in the présence of a crisis of which it wonld be childish 
to diminish the extent and probable duration, you will, I am 
sure, feel and think with me lhat it is our paramount and most 
sacred duty to testify our admiration for the English army 
and navy, not only by patriotic and sympathie effusions, not 
only by toasts and cheers, not only by words, however élo- 
quent and stirring, but by the strongest combination of ail 
the possible means to increase lhat noble band of our defenders 
(cheers). Let every one of us put our shoulder to the wheel. 
Let us, availing ourselves of the ready machinery of thèse 
associations, put our hearts and heads together ; let us make 
in a praclical way an appeal to the sterling sensé of the one 
and the pound sterling of the other ; let every hand that can 
he spared from the field and farm be employed in wreaking 
vengeance upon the butchers of innocent women andchildrcn 
(cheers). Uenceforth let every one of us say to the man who 
complains he can find no employmenl : « you can go and help 
your Christian brethren in India, and we will assist in sen- 
ding youover ; there you will find al this moment Ihe noblest 
employmenl which an Englishman can wish for, an em- 
ployment in which you will reap the gratitude of your 
country, the admiration of the civilized world, and upon 
which as with one voice we will call down the blessings of 
God. » (cheers). I beg to apologise for having spoken at some 



1 I 

lit 



APPENDICE 



191 



length,and willi warmlh,upon (lie subject, but reallyl feelas 
iflwere a true-born Englishman (long continuée! cheering). It 
is with thèse feelings lhat I propose to you the healtli of the 
brave soldiers of the Army and Navy of England. . . . 



■ 



Lord Howard de Walden à M. Van de Weyer. 
« Brussels, oct. 12, 1 8.">7 . 

-i My deah Mons. Van de Weyer, 

« I hâve just read your speech al Stroud, and I cannol 
refrain, not only as an old colleague and friend, but as an 
Englishman from expressing to you the pleasure I derived 
froni sucli expression of sentiments so high mindod and just, 
as well as my cordial thanks for the sympalhelie cordialily 
with which you hâve cooperated to rouse a proper spirit in 
such a righteous cause. — 

« You hâve also given ullerance lo wholesome Irulhs in 
a loue which I hope will make many ashamed of them- 
selves. — 

'■ There is a détestable spirit of jealousy on the continent 
and perhaps nowhcre is it more évident than among the 
edilors of the daily press in tins country — you know 
the class and lo what extent ohl gallic anti inglish feelings 
prevail in viewing every thing that takes place with us. 
On the other hand your countrymen bave corne forward-in 
great numbers, — I may say of almost ail ranks in your 
army offering their services towaids the triumph of our 
ascendancy against the miscreants who can inspire no gene- 
rous mind with auy thing but sorrow. 












I 




192 



APPENDICE. 



« Believe me; always, my dear Mons. Van de Weyer, 
most sincerely and gralefully 

« Howard de Walden » 



IX 



(Page 130.) 
LE ROI JACQUES ET LE CHAUDRONNIER. 






■ 



■ 



KING JAMES AND THE TINKER. 

Tradition lias fixed the scène of the following ballad at 
Braywood-side. The inn alluded to is said to hâve been the 
« Royal Blackbirds, » in Blackbird Lane, and New Lodge 
(near the site of the Royal Krnnels) the place where the 
tinker was knighted. 

« And no to be brief, let's pass over (lie rest, 

Who seldom or never was given to jesl, 
And corne to long James, the first on the throne; 

A pleasanter nionarch sure never was known. 

As he was a chasing his fair fallow-deer, 
He drop't ail his nobles, and of them he got clear. 

In scarch of new pleasures, away he did ride, 
Till lie came to an aie house, hard by a wood-side. 

And there with a tinker he happened to meet, 

Whom in this kind sort did lovingly greet ; 
He said « Honest fellow what hast thou in thy jug, 

Which under thy arm thou so blithely dost hug? » 




APPENDICE. 



193 



In truth said the tinker, 'tis nappy brown aie, 
And to drink unlo thee, good failh, 1*11 not fail. 

Wliat though thy jacket looks gallant and fine, 
I hope that my two pence as good is as thine'. 

Nay, now by my soûl, man, the truth thou hast spoke', 
Then straight with the tinker he sat down to joke, 

He called for his pitcher, the tinker anolher, 
And so they fell to it likc brother and brother. 

Whilst drinking, the king was pleased to say, 
'What news, honest fellow, corne, tell me, I pray?' 

There's nothing, of news, the which I do hear, 
But the king is a — hunting his fair fallow-deer. 

'And truly I wish I so happy may be, 
That whilst he is hunting, the king I might see, 

For, though 1 bave travelled the land inany ways, 
I ne'er saw the king, Sir, in ail my whole days'. 

The king with a liearty brisk laughterreplied, 
'I tell tliee, good fellow, if thou canst but ride, 

Thou shalt get up behind me, and thee I will bring 
Into the royal présence of James our king'. 

'Perhaps', said the tinker, 'his lords will be drest 
So fine that I shall not know him from the rest'. 

'1 tell thee, good fellow, when thou dost come there, 
The king wild be covered his nobles ail bare'. 

Then up got the tinker, and like wise his sack, 
His old leather budget and tools at his back ; 

And when they came to the merry green wood, 
The nobles came round them and bare beaded slood. 

The tinker then seeing so many appear, 
Iramediately whispered the king in bis ear, 

'Since they are ail clothed so gallant and gay, 
Now which is the king, sir, come tell me I pray ! ' 

il. 45 






194 



APPENDICE. 



The king to the tinker tlien raade this reply 

'By my soûl, raan, I think it must be you or 1 ; 
The rest are uncovered, you see, ail around ;' 

This said, wilh the budget he fell to the ground, 

Like one that was frightened quite out ot his wils ; 

Then upon his knees he instantly gets, 
Beseecking formerey. The king to hira said, 

Thou art a good fellow, so be not afraid. 

Corne tell me thy name?' 'It is John of Ihe Vale, 

A mender of kettles, and a lover of good aie'. 
'Then rise up, sir John, I will honour thee hère, 

And create thee a knight of five hundred a year'. 

This was a good thing for the tinker, indeed; 

Then unto the court he was sent for with speed, 
Where great store of pleasure and pastime was seen, 

In the royal présence of both king and queen. 

Extrait de l'ouvrage intitulé : The history and Antiqui- 
ties of the Hundred of Bray, in the coutity of Berks, by 
Charles Kerry. 1861, in-8°, p. 187. 






TRADUCTION. 

La tradition a placé la scène de la ballade suivante à Bray- 
wood-side. L'auberge à laquelle il y est fait allusion était, 
dit-on, les Merles Royaux, dans l'allée des merles, et New- 
Lodge, près du site des Chenils royaux, est l'endroit où le 
chaudronnier fut armé chevalier. 

» Et maintenant, pour être brefs, arrivons au roi 

Jacques, premier de ce nom ; jamais, à coup sûr, il n'y eut 
un monarque plus jovial. 



APPENDICE. 



195 



« Comme il chassait ses beaux daims fauves, il se sépara de 
tous ses nobles et s'en débarrassa ; à la recherche de nouveaux 
plaisirs, il alla à cheval jusqu'à ce qu'il arrivât à un cabaret, 
près de la lisière d'un bois. 

« Et là il rencontra un chaudronnier, qu'il accosta d'une 
manière aimable en lui disant : « Honnête camarade, qu'as-tu 
dans la cruche que tu serres sous le bras? » 

« En vérité, » dit le chaudronnier, « c'est d'excellente aie 
brune, et je ne manquerai pas d'en boire à ta santé. Quoique 
ta veste paraisse brillante et belle , j'espère que mes deux 
sous valent les tiens. » 

« Par mon âme, camarade, tu as dit la vérité. » Là-dessus 
il s'assit pour plaisanter avec le chaudronnier. Il demanda 
un cruchon, le chaudronnier en fit autant, et ils les enta- 
mèrent comme deux frères. 

« En buvant, le roi voulut bien dire : « Quelles nouvelles? 
brave camarade, dis-le moi, je t'en prie. » — « Il n'y a 
d'autres nouvelles, que je sache, si ce n'est que le roi chasse 
ses beaux daims fauves. 

« Et vraiment, je voudrais être assez heureux pour voir 
le roi pendant qu'il chasse. Car, bien que j'aie parcouru le 
pays en tout sens, je n'ai jamais de ma vie rencontré le roi. • 

« Le roi répondit d'un bon franc rire : « Camarade, si tu 
sais seulement monter à cheval, lu monteras derrière moi, 
et je te conduirai dans la présence royale de Jacques notre 
souverain. » 

<• Peut-être, dit le chaudronnier, ses seigneurs seront si 



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196 



APPENDICE. 



bien habillés que je ne pourrai le distinguer des autres. » 
— « Je te dis, camarade, que, quand lu y arriveras, le roi 
sera couvert et ses nobles seront découverts. » 

« Alors le chaudronnier se leva, en même temps qu'il 
hissait son sac, son vieux sac de cuir et ses outils derrière le 
dos ; et quand ils arrivèrent au joyeux bois vert, les noble* 
les environnèrentet restèrent découverts. 

« Le chaudronnier, en voyant paraître tant de monde, 
murmura sur-le-champ tout bas au roi dans l'oreille : 
« Puisqu'ils sont tous vêtus si brillamment et si gaiement, 
lequel est le roi? je t'en prie, dis-le moi. 

«i Le roi répondit : < Par mon âme, camarade, je crois 
que ce doit être vous ou moi. Les autres, vous le voyez, 
sont découverts. » Le chaudronnier tomba par terre avec 
son sac, 

h Comme un homme effrayé et éperdu ; il se jette aussitôt 
à genoux en demandant miséricorde. Le roi lui dit : « Tu es 
un bon garçon, n'aie donc pas peur. 

<i Viens, dis-moi ton nom. » — « C'est Jean de la Vallée, 
raccommodeur de chaudrons et amateur de bonne aie. » — 
« Alors, lève-toi, sir John, je veux l'honorer ici el te créer 
chevalier de cinq cents livres par an. » 

« Ce fut là, en vérité, une bonne affaire pour le chau- 
dronnier; on l'appela sur-le-champ à la cour, où l'on vit 
abondance de plaisirs el de passe-temps, dans la royale pré- 
sence du roi et de la reine. » 




APPENDICE. 



197 



M. Van de Weyer a fait représenter par un peintre belge 
(M. Delfosse) le roi Jacques et son compagnon que saluent 
les seigneurs de la cour. 

« ... M. Delfosse a choisi, comme de juste, la scène princi- 
pale, et son excellente toile nous montre le roi et le chaudron- 
nier à cheval, au milieu de la noblesse anglaise, au rendez-vous 
du Gai-Bois-Verl. Le roi se retourne et vient de dire au 
rustique artisan : De par mon âme, c'est toi ou moi le roi. 
Le sac de cuir entr'ouverl, d'où tombe un marteau, marque 
l'ébahissement du bonhomme. Le roi le regarde d'un air 
narquois et fin, toute la cour rit de la méprise du pauvre 
diable et attend le résultat de l'aventure. Un page tient le 
cheval par la bride. Le geste du chaudronnier, ôtant à moitié 
sa toque, comme s'il n'était pas encore tout à fait convaincu, 
est traduit d'une façon fort naturelle. Chiens, pages, valets, 
un daim porté par deux piqueurs, tout concourt à faire res- 
sortir la scène principale, bien rendue. Les vieux chênes, 
dépouillés par l'hiver, encadrent à merveille cette joviale 
équipée du roi Jacques I". 

« M. Delfosse a donné à son tableau un cachet antique, la 
couleur du vieux temps, qui ajoule encore un puissant intérêt 
à sa toile irréprochable sous le rapport de la fidélité hislo- 
rique comme du dessin. Les vieilles estampes lui ont fourni 
le portrait authentique de Jacques I". Une particularité qui 
donne encore à cette excellente toile un nouvel attrait, c'est 
qu'elle ornera le château de New-Lodge, près Windsor, qui 
appartient à M. S. Van de Weyer, ministre de Belgique. La 
tradition raconte que cette légende a eu pour théâtre la partie 
même de la forêt de Windsor où s'élève le château de 
M. S. Van de Weyer. 

•■ Faisons remarquer que les traits de ce genre sont l'apa- 



■ 



I 















198 



APPENDICE. 



nage des rois populaires, et que notre bon Henri IV, de 
joviale mémoire, a eu plus d'une aventure à peu près iden- 
tique. Sont-elles imitées, calquées les unes sur les autres, ou 
inventés par des historiographes courtisans ? Je n'ai pas à le 
discuter, seulement ces rustiques pochades historiques, 
recueillies dans les ballades et légendes, peignent bien l'amour 
du peuple et ne doivent pas être dédaignées ; car si l'histoire 
enregistre quelque méchante action sur le budget historique 
d'un roi, elle se trouve souvent balancée au chapitre des 
profits et pertes par plus d'un trait généreux qui vivra tou- 
jours dans les récits des veillées, tandis que l'autre, la 
méchante action, apprise sur les bancs du collège, s'oubliera 

bien vite. » 

(Feuilleton de Y International du 5 juin 1867, 

par AMÉDéE de Ponthieu.) 



(Page U3.) 

EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1862. 

Lettre des commissaires de Sa Majesté à M. Van de Weyer. 

« South Kinsington, January 1863. 

« Monsieur, 
« 1 am directed by Her Majesty's commissioners to 
request that you will accept their best thanks for the 
valuable assistance which you hâve rendered them as a 
member of the jury of class 22. 



APPENDICE. 



199 



« The eommissioners feel that to Ihe cordial coopération 
of the many eminent men who consented to serve on the 
various juries, theyare, in no slight measure, indebted for 
the success of the exhibition ; and they trust that you wiil feel 
yourself repaid for any inconvenience or trouble, to which 
your services on this occasion may bave subjected you, by 
the manner in which the rcsults of your labours bave been 
appreciatcd by the public as welt as by the eommissioners 
whosc thanks I have now the bonour to convey to you. 

» As a mémento of the share which you have had in 
bringing this great undertaking to a satisfactory issue, 
I have the honour to send you, on the part of Her Majesly's 
eommissioners, one of the medals of the exhibition. 

« I am, Monsieur, 

« Your obedienl servant, 
« F.-R. Sandford, secretari/. » 



C'est avec un sentiment mélancolique qu'on relit aujour- 
d'hui quelques-unes des paroles adressées, le 25 jan- 
vier 1865, par Napoléon III, aux Français qui avaient 

participé à l'exposition universelle de Londres : <> La 

" voilà donc enfin réalisée cette redoutable invasion sur le 
« sol britannique, prédite depuis si longtemps ! Vous avez 
« franchi le détroit, vous vous êtes hardiment établis d'ans 
» la capitale de l'Angleterre; vous avez courageusement 
t lutté avec les vétérans de l'industrie. Cette campagne n'a 
» pas été sans gloire, et je viens aujourd'hui vous donner la 
«■ récompense des braves. 






■ 




200 



APPENDICE. 



« Ce genre de guerre, qui ne fait point de victimes, a plus 
« d'un mérite : il suscite une noble émulation, amène ces 
« traités de commerce qui rapprochent les peuples et font 
, disparaître les préjugés nationaux, sans affaiblir l'amour 
« de la patrie. De ces échanges matériels naît un échange 
u plus précieux encore, celui des idées. Si les étrangers 
« peuvent nous envier bien des choses utiles, nous avons 
., aussi beoucoup à apprendre chez eux. Vous avez dû, en 
« effet, être frappés en Angleterre de cette liberté sans 
« restriction laissée à la manifestation de toutes les opinions, 
a comme au développement de tous les intérêts. Vous avez 
» remarqué l'ordre parfait maintenu au milieu de la vivacité 
u des discussions et des périls de la concurrence. C'est que 
« la liberté anglaise respecte toujours les bases principales 
.< sur lesquelles reposent la société et le pouvoir. Par cela 
., même elle ne détruit pas, elle améliore ; elle porte à la 
.. main non la torche qui incendie, mais le flambeau qui 
.. éclaire, et, dans les entreprises particulières, l'initiative 
« individuelle, s'exerçant avec une infatigable ardeur, dis- 
y pense le gouvernement d'être le seul promoteur des forces 
« vitales d'une nation ; aussi, au lieu de tout régler, laisse-t-il 
.. à chacun la responsabilité de ses actes... >• 



I 



APPENDICE. 201 

XI 

(Page 147.) 

Lettre de lord Clarendon au sujet de RICHARD COBDEN, 
ROI DES BELGES. 

« Lathom-House Onnskirk, oct. 8, 186"2. 

« My dear Monsieur Van de Weyer, 

.. I only this morning reeeived your lettcr of the 50 1 ' 1 sep- 
ternbcr, which must be my excuse for not having acknow- 
leclged it sooner and thanked you for the pamphlet which 
you had the goodness to forward to me from it's author. 
1 hâve just finished reading it with infinité satisfaction, for 
it is a écrasant but at the same time digniiied criticism of 
impertinent ignorance, and I think that the manner in which 
the obligations of Belgium are pointed out by the guaranteeing 
Powers to « Richard the I 51 » is so complète and unans- 
werable that it gives to the pamphlet a European importance. 
Will you be kind enough to offer my best thanks to the author 
for sending me bis work and for doing me thereby the justice 
to believe that I should appreciate the opinions it contains. 

« I wish it could be translated and gencrally circulated in 
England ; it would do good in more ways than one. 

» I am delighted to hear that the King was none the worse 
for the bodily fatigues and the mental émotions of the 24 Ih , 
a mémorable day, which did as much honour to the people 
as to their sovereign (')• 

(') Voir Léopold !<*, roi des Belf/es, d'après des documents 
inédits, t. II, p. 201. 






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202 APPENDICE. 

« I hope to hâve the pleasure of meeting you at Clumber 
next week. 

« Aiways, my dear Monsieur Van de Weyer, 

« Most sincerely yours, 

« Clarendon. » 

Lord Clarendon, né à Londres le 26 janvier 1800, est mort 
le 27 juin 1870. 






XII 

(Page 148.) 
OEUVRES DE M. VAN DE WEYER. 

Sommaire des leçons publiques de M. Jacotot, Sur lesprin- 
cipesdel'enseignementuniversel.Lowain, 18%%; 1 voI.in-12. 

Essai sur le livre de M. Jacotot, intitulé : Enseignement 
universel. (Avec le concours de M. Van Meenen.) Louvain, 
1823; 1 vol. in-8». 

Dissertatio inauguralis philosophico-juridicae de naturali 
officiorum essentia, cognitione, observatione, etc. Publiée en 
français et précédée d'un avant-propos, sous le titre de : 
Dissertation sur la réalité , la connaissance et la pratique 
du devoir comme naturelles. Louvain, 1823; broch. in-8°. 

Supplément aux OEuvres de J.-H. Bernardin de Saint- 
Pierre, précédé d'un avant-propos de l'éditeur. Louvain, 
1825; broch. in-8". 

Les jacotins et leur antagoniste, satire, par ***, initié. 
Gand, 1825 ; broch. in-8°. 

Coup d'œil sur la philosophie d'Hemsterhuis. (En tête d'une 



▼ï 



APPENDICE. 



203 



édition des œuvres de ce philosophe.) Louvain, 1825; in-18. 

Moyen facile et économique d'être bienfaisant, proposé aux 
jeunes gens, suivi de pensées diverses. Bruxelles, 1823; 
broch. in-8°. 

(Nouvelles éditions en 1850 et 1847.) 

Il faut savoir dire Non; petit traité de morale et de poli- 
tique. Louvain, 1826; broch. in-52. — Nouvelle édition, 
augmentée, 1850. 

Discours prononcé à l'ouverture du cours de l'histoire de 
la philosophie, au Musée des sciences et des lettres, le 
18 avril 1827. Bruxelles, 1827; broch. in-8°. — Nouvelle 
édition en 1840, suivie des opuscules suivants : Le la direc- 
tion actuellement nécessaire aux éludes philosophiques, par 
le baron de Reiffenberg ; De la philosophie en Belgique, par 
Victor Cousin; 1 vol. in-18. 

Procès de YArgus. Défenseur M' S. Van de Weyer. 
Bruxelles, juillet 1828; broch. in-8°. 

Procès de M. De Potter. Défenseurs M u Van Meenen e* 
M c S. Van de Weyer. — Pétition présentée aux états géné- 
raux. Bruxelles, 1829; vol. in-8°. 

Lettre de M. Sylvain Van de Weyer, etc. , à M. Ernst 
Munch, etc. Bruxelles, 1829 ; broch. in-18. 

Nouvelle édition augmentée. Bruxelles, 1850; petit vol. 

in-18. 

Exposé de la situation des institutions de bienfaisance pour 
les pauvres dans le royaume des Pays-Bas, pendant l'an- 
née 1829. Bruxelles, 1850; broch. in-8°. 

(Traduit de l'italien, sur le MS. du comte Arrivabene.) 
Lettre de M. De Potier à M. Sylvain Van de Weyer. Précé- 
dée d'un avant -propos de l'éditeur (M. Van de Weyer). 
Bruxelles, 1850 ; broch. in-8°. 






I 



1 



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i 









204 



APPENDICE. 



Opuscules de morale. Bruxelles, 1830 ; 1 vol. in-18. 

Mélanges publiés en 1826, 1827 et 1828. Réimpr. pour 
l'auteur et ses amis. Londres, 1834 ; 3 vol. in-18. 

Rapport de M. le Ministre des affaires étrangères à M. le 
Régent de la Belgique, sur la situation de nos relations 
extérieures au 15 mars 1831. Suivi de pièces justificatives. 
Bruxelles, 1831 ; vol. in-8°. 

Lettre sur la révolution belge, son origine, ses causes et 
ses conséquences. Bruxelles, 1831 ; broch. in-8°. 

Nouvelle édition, revue et augmentée. Londres, 1832. 
(Traduit en anglais.) 

Jean le Brabançon au bon peuple de la Belgique. Bruxelles, 
1831 ; broeb. in-18. 

Nouvelle édition augmentée, juillet 1831. (Traduit en 
flamand.) 

La Belgique et la Hollande. Lettre à lord Aberdeen ; suivie 
de la traduction de son discours à la Chambre des Pairs , et 
tle notes sur ce discours. Londres, février 1832; vol. in-8°. 

(Publié sous le pseudonyme de Victor De la Marre.) 

Le roi Guillaume, esquisse historique. Tactique du roi 
Guillaume. Londres, 1833; broch. in-8°. 

La Hollande et la Conférence, ou examen raisonné des 
actes de la conférence de Londres et de la conduite du cabinet 
de la Haye. Londres, mars 1833 ; vol. in-8°. 

(Publié sous le pseudonyme de F. Goubau de Rospoul.) 
(Traduit en anglais.) 

De la situation de la Belgique en 1834. (Traduit de l'anglais, 
avec des observations du traducteur.) Londres, 1854; vol. 
in-8°. 

Lettre d'un vieux bibliophile belge à M. P. Namur, etc. 
Londres, 1840 ; vol. in-18. 






APPhNDICE. 



205 



L'autorité, la petite ville, etc., etc., etc. Lettre à un 
if- 
ministre belge. Londres, novembre 1845; vol. in-18. 

Simon Stevin et M.Dumortier. Lettre à MM. de l'Académie 
des sciences et belles-lettres de Bruxelles. Londres, 184b; 
vol. in-18. 

(Publié sous le pseudonyme de J. Du Fan, et réimprimé 
plusieurs fois, à Bruxelles et à Tournay, sans l'autorisation 
de l'auteur.) 

Concours universitaire et concours général entre les insti- 
tutions d'enseignement moyen, 1844-1845. Distribution des 
prix, 26 septembre 1845. Discours du ministre de l'intérieur. 
Organisation de l'institution des agrégés. Discours du minisire, 
à Liège et à Gand. Bruxelles, 1845; broch. in-8°. 

Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts 
de Belgique. Arrêtés royaux concernant sa réorganisation. 
Bruxelles, 1846; broch. gr. in-8°. 

Nouvelle édition précédée de quelques considérations 
générales. Londres, 1846; vol. in-18. 

Ministère du 30 juillet 1845. Dissentiment entre les mem- 
bres du cabinet sur la question de l'enseignement moyen. 
Projets de loi. Bruxelles, 1846 ; broch. in-8°. 

Opuscules historiques, philosophiques et littéraires, 1828 
à 1850. Londres, 1850; 2 vol. in-18. 

Choix d'opuscules philosophiques, historiques, politiques 
et littéraires. Londres et Bruxelles (l re série, 1865 ; 2° série, 
1869)0). 



I 



(') Ces œuvres choisies reçurent, comme nous l'avons dit, un 
excellent accueil. Déjà nous avons cité les appréciations de la presse 
anglaise et de la presse française. Il convient aussi de signaler les 
appréciations de la presse belge parmi lesquelles on peut distinguer un 



m* 



I 



■ 



206 



APPENDICE. 




Communication de M. Van de Weyer sur les fausses lettres 
attribuées à Milton et à Galilée. 

THE MILTON AND GALILEO LETTERS. 

« to the editor of the Daily News. 

„ sir, — After having read your two excellent leaders on 
the Milton and Galileo Letters presented to the French Insti- 
tute by M. Chasles, and after having studied carefully and 
attentively the article published by Professor Owen in Frazer's^ 
Magazine, with that wise and characteristic prudence which 
induced him to refrain from expressing an opinion on the 
genuineness of the papers, I intended to communicate to your 
readers, with your permission, in two or three letters, the 
resuit of my observations on thèse audacious literary forge- 
ries. Though it might be considered presumptuous in a fo- 
reigner to oppose the opinion of such men as M. Chasles and 
M. Elie de Beaumont, I was not deterred by thèse words of 
the lalter : - « The authors of thèse several letters and no- 
tices let their pen run naturally; they relain strictly llieir 

respeclive proper styles It is not in the power 

of any one to put himself in the position of Galileo, of Milton, 
of Louis XIV. . . . to write ad libitum, in harmony 

with the circumstances Le style c'est tout 

l'homme. « For myself, sir, I was perfectly convinced, after 
having read a few lines of each of the documents, that no 
man in the seventeenth century could hâve made use of such 



très-bon article de M. A. Leroy, professeur de philosophie à l'université 
de Liège, dans la Meuse du 8 avril 1870. 






J4 



APPENDICE. 



207 



extraordinary Frencli plirascology. M. Elie de Beaumont is 
an eminent geologist, but if lie rccognisrs in thèse letters tlie 
style of the Grand siècle, he mnst liave a very superficial 
knowledge of liis own motlier tonguc. I began my studies by 
the supposed letter of Milton to Louis XIV, having first ascer- 
lained that ail the facts concerning Milton's Iravels in France 
and in Italy liad been borrowed froni the account given by 
him, in self-defence, in the admirable and éloquent tract 
translated from Latin into English by Robert Fellowes, A. M., 
under the title of « The Second Defence of the People of En- 
gland » . I stopped, pondered, and admired, when I came to 
the following passage of Millons's supposed letter to Louis 
XIV, which I give hère at full length : 

« Je quittay donc Florence pour de là me rendre à Sienne 
où je reslay peu. De là j'allay à Rome, où je fus parfaitement 
accueilli de tous les scavans et principalement de Mon- 
seigneur le Cardinal Barberini, qui m'admettait à ses concerls. 
Ce fut là que j'entendis la fameuse musicienne Léonora. Je 
fus tellement charmé de ses chants et de sa beauté, que jen'ay 
pu m'empécher de faire ses louanges dans un sonnet : après 
un séjour assez long dans la capitale du monde chrétien, je 

m'en allay à Naples 

J'y fis connaissance du très-illustre marquis de Villa, 
vieillard plein d'esprit, ingénieux et enthousiaste, qui avoit 
esté l'amy et l'admirateur du Tasse, et qui parloit de luy avec 
cette abondance de souvenirs que laisse ordinairement dans 
la mémoire l'intimité d'un homme illustre et malheureux. Je 
me sentis comme inspiré en escoutant les beaux récits de cet 
amy du Tasse. 

« Now, sir, this is very good, very pure, very élégant 
French ; but it is not French of the i 7tli century, nor such 



w<-^ ■ 



m 



I 



■•■ 



208 



APPENDICE. 



as Milton, or any French writer could hâve then penned. It 
struck me that I had read sometliing of the kind before, and 
suddenly, by one of those liappy and unaccountable effects 
of memory, I recollected tlie following passage of M. Ville- 
main's Notice sur Milton, published in his Mélanges, and in 
the new édition of the Biograpliie Universelle de Michaud : . 
.... Milton visita Rome . . où il fut très favora- 
blement accueilli par le Cardinal Barberini, et admis à ses 
concerts, où il entendit Léonora, musicienne fameuse, dont il 
a célébré la voix et la beauté dans quelques vers anglais et 
dans un sonnet italien. . . Mais son ambition était de 
polir sa langue maternelle. Il était dès lors tourmenté de 
l'espérance d'élever quelque grand monument à la gloire de 
son pays. A Naples, il fortifia cette pensée par les entretiens 
qu'il eut avec le marquis de Villa, vieillard ingénieux et en- 
thousiaste, qui avait connu et beaucoup aimé le Tasse et qui 
parlait de lui avec cette abondance de souvenirs que laisse 
dans la mémoire l'intimité d'un homme illustre et malheu- 
reux. Milton se sentait inspiré en écoutant l'ami de Tasse. 

• After having thus detected the impudent forger, la main 
dans le sac, as our witty neighbours say, I need not bestow 
any more lime on those worlhless documents, nor inflicl ano- 
ther letter on you and your readers. I hope thaï M. Chasles 
will at last open his eyes, and recover from that infatuation 
which makes him, with such unaccountable credulity and 
literary ignorance, persist in believing in the authenticity of 
documents on the origin of which he still obstinately refuses 
to give any explanation to the French Institute. 

« I am, etc. 

« S. V. » 

(Daily News, 10 mars 18G9.) 



M 



APPENDICE. 



209 



XIII 

(Page 135.) 
LÉOPOLD I e 



Lettre de Lord Broughlon. 

« Tedworth-House, 11 december 186b. 

« My dear M. Van de Weyer, 

« Most deeply, and most sincerely do I condole with you 
on tlie irréparable loss which your nation, and llie whole of 
civilised Europe, hâve sustained. — He was almost tlie only 
instance with which I was acquainted, of the combination of 
very great virtues with very great intcllectual qualilies — and I 
do not at ail agrée with his otherwise fair eulogist, that he was 
not a great monarch ; I say he was a great monarch ; unless in 
order to be a great monarch it is necessary to be a great 
criminal. 

« Itwas once the fashion to deny that our Queen Elizabeth 
was a great sovereign, and in order to account for lier marvel- 
lous success, it wasacknowledged that she had wise advisers. 
Whereupon,asyou recollect, a great contemporary remarked, 
« did you ever know a foolish monarch that had wise 
advisers ? 

« Again, and again, I condole with you, and if it were 
not at variance with court étiquette, I would ask you to 
convey this heart felt regret to my own Queen. 

» Ever sincerely yours. 
« Broughton. » 
II. d4 



■ 



210 



APPENDICE. 



XIV 

(Page 158.) 
LES VOLONTAIRES BELGES EN ANGLETERRE. 



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i 



« Anvers, 26 juillet 1867. 
« Le colonel commandant en chef à M. Van de Weyer. 

« Monsieur le Minisire, permettez-moi, tant en mon nom 
qu'en celui de tous les gardes civiques qui se sont rendus à 
Londres, de vous remercier, une fois de plus, de la part 
active que vous avez prise à la réception si chaleureuse faite 
par la nation anglaise à nos compatriotes. 

» Nous vous avons trouvé partout; et partout plein de 
dévouement et d'affabilité et animé du désir le plus ardent 
de nous prodiguer vos services. Tous, nous avons été extrê- 
mement sensibles à ces marques de gracieuse et de bienveil- 
lante attention. 

« A Londres, nous n'avons pu suffisamment vous témoigner 
notre gratitude : c'est pourquoi, de retour sur le sol de notre 
patrie commune, je me rends avec bonheur l'interprète de 
tous nos compatriotes qui, rentrés dans leurs foyers, éprou- 
vent encore une fois le désir de vous adresser leurs derniers 
et sincères remerciments, 




ERRATA. 



T. I", p. 198, ligne 7. Au lieu de : Chambre des communes, lisez : 
de la Chambre des communes. 

T. II, |). 142. C'est par erreur que nous avons parlé du séjour du 
duc de Brabant et du comte de Flandre à New- 
Lodge, en décembre 18G1 ; ils s'y rendirent à une 
autre époque. 



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EXTRAIT DU CATALOGUE DE LA LIBRAIR/E EUROPÉEN!*! 



DE C. IWUQUARDT, HENRY MERZBACH, SUCCESSEUR 



(Bruxelles, Gand et Leipzig.) 



LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 



par Théodore Juste 



Joseph Lebeau, ministre d'État, d'après des documents 
inédits (1794-1865), i vol. in-8°. 

Surlet de Chokier, régent de la Belgique, d'après ses papiers 
et d'autres documents inédits (1769-1839), 1 vol. in-8°. 

Le comte Le ffon, ministre d'État, ancien ministre plénipo- 
tentiaire de Belgique à Paris, etc., d'après ses correspon- 
dances diplomatiques et d'autres documents inédits (4792, 
1856), I vol. in-8°. 

Charles de Brouckerc, bourgmestre de Bruxelles, etc. 
(1796-1860), 1 vol. in-8». 

Le comte de Muelenaerc, ministre d'État, d'après des docu- 
ments inédits (d 794-1 862), 1 vol. in-8°. 

Le lieutenant général comte Goblet d'Alviella, ministre 
d'Etat, d'après des documents inédits (1790-1869), 1 vol. 
in -8". 

Le baron de Gerlache, ancien président du Congrès natio- 
nal, etc., 1 vol. in-8°. 

Sylvain Van de Weyer , ancien membre du gouvernement 
provisoire , ancien ministre plénipotentiaire de Belgique 
à Londres, etc., d'après des documents inédits, 2 v. in-8". 







■ 

I 




Léopold /», roi des Belges, d'après des documents inédits: 
Première partie (1790-1832), 1 vol. irr-8°. 
Deuxième partie (1832-1865), 1 vol. in-8° (*). 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



Histoire de Belgique, depuis les temps primitifs jusqu'à la 
lin du règne de Léopold 1". 4° édition, 5 vol. gr. in-8°. 

Histoire du Congrès national de Belgique ou de la Fon- 
dation de la monarchie belge, 2 vol. 

Les Frontières de la Belgique, i vol. in-12. 

Histoire des états généraux des Pays-Bas (1465-1790), 
2 vol. in-8°. 

Histoire du règne de l'empereur Joseph II et de la Révolution 
belge de 1790, 3 vol. in-12. 

Souvenirs diplomatiques du XVIII e siècle. Le comte de 
Mercu-Argenteau (1722-1794), 1 vol. in-12. 

Le Soulèvement de la Hollande en 1813 et la fondation du 
royaume des Pays-Bas, précédés d'une introduction sur 
le règne de Louis Bonaparte 11806-1817), 1 vol. in-8°. 

(') Léopold I, king of Me Belgians, auttiorized translation, by Robert 
Black, M. A. London, Sampson Low et C, 2 vol. in-8°. 

Léopold 1, Konig der Belgier , nach nngedruckten quellen, etc., 
deutsch von Dr J.-J. Balmer-Rinck (Gotha, F.-A. Perthes), in-8-. 

Leven van Léopold 1, eerste koning der Belgen, naer bel fransch 
van Th. Juste (Gent, W. Rogghé), in-8«. 



XVI" SIÈCLE. 

Les Pays-Bas sous Philippe II (1555-1572), 2 vol. grand 

in-8°. (Épuisé.) 
Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination 

espagnole (1 572-1 57C), 2 vol. grand in-8°. 
Charles-Quint et Marguerite d'Autriche. Élude sur la mino- 
rité, l'émancipation et l'avènement de Charles-Quint à 

l'empire (1477-1521), 1 vol. in-8°. 
Les Pays-Bas sous Charles-Quint. Vie de. Marie de Hongrie 

(1505-1558), 2" édition, 1 vol. in-12. 
Le Comte d'Egmont et le comte de Homes (1522-1568), 

d'après des documents authentiques et inédits, 1 vol. in-8°. 
Vie de Marnixde Sainte- Aldegonde (1538-1598), tirée des 

papiers d'État et d'autres documents inédits, 1 vol. in-8°. 
Christine de Lalaing, princesse d'Èpinoy, 1 vol. in-12. 
Charles de Lannoy, vice-roi de Naples, in-8°. 
Conspiration de la noblesse belge contre l'Espagne en 1632, 

d'après les papiers d'État, \ vol. in-8". 






LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE 



APPRÉCIATIONS DIVERSES 



JOSEPH I I RIAI 

1 vol. in-8\ 

« En appliquant son talent bien connu d'historien à rap- 
peler les titres de Lebeau à notre reconnaissance, l'auteur 
n'a pas fait seulement un bon livre, il a fait aussi, ce qui 
n'est pas moins méritoire à nos yeux, acte do bon citoyen. » 
— La Meuse. 

« En se renfermant dans le cadre d'une stricte biogra- 
phie, l'auteur n'a diminué en rien l'importance historique 
de son livre; les papiers manuscrits de M. Lebeau, d'autres 
documents inédits encore, lui ont permis de jeter du jour 
sur bon nombre de faits incomplètement connus jusqu'ici, 
de signaler même plusieurs incidents entièrement nou- 
veaux... » — Echo du Parlement. 



M. Th. Juste a fait incontestablement une œuvre utile 



6 

en écrivant la vie de Joseph Lebeau , l'un des principaux 
fondateurs de la monarchie belge... Son livre renferme une 
foule de révélations intéressantes sur les hommes et les 
choses de la révolution et des premières années de la mo- 
parchie constitutionnelle. » — Journal de Bruxelles. 

« Lebeau avait droit à quelque chose de plus qu'une 
simple notice : sa vie résume un chapitre entier de l'his- 
toire d'un peuple, et ce chapitre, on eût pu jusqu'ici diffici- 
lement l'écrire. C'est pour avoir comblé cette lacune que le 
livre de M. Juste a droit à une mention toute particulière et 
qu'il doit prendre place dans toutes nus bibliothèques. » — 
Journal de Liège. 



u En écrivant la biographie de M. Joseph Lebeau, en 
faisant la lumière autour de cette figure obscurcie par la 
passion des uns, oubliée par l'indifférence des autres, 
M. Th. Juste a rempli un pieux devoir ; il a fait une œuvre 
de bon citoyen... Grâce aux nombreux documents inédits 
mis à sa disposition, il a en même temps éclairé d'un jour 
tout nouveau certains événements de notre histoire contem- 
poraine... >> — L' Impartial de Bruges. 

« Quand on songe que c'est sous son ministère que fut 
conclu le traité des dix-huit articles, si avantageux pour la 
Belgique, si la fortune de la guerre ne lui en eût ravi les 
fruits ; que c'est grâce à ses éloquentes sollicitations que le 
Congres élut Léopold de Saxe-Cobourg.. , on reconnaît que 
ce sage et intègre homme d'État mérite d'occuper la place 
que M. Juste lui a donnée au premier rang des fondateurs 
de la monarchie belge. — Ce livre se distingue par la 



sobriété et la simplicité ; et les documents inédits qu'il met 
au jour ajoutent beaucoup à son utilité et à son intérêt. » 
— Journal de Gand. 



« On se rappelait à peine parmi nous les noms des 
hommes qui fondèrent un État et préservèrent l'Europe 
d'une guerre générale. Il faut donc savoir gré à M. Th. Juste 
d'avoir consacré ce livre à Joseph Lebeau. Un pareil homme 
était digne d'un travail complet, et cette tâche a été rem- 
plie avec succès par l'auteur. L'ouvrage est d'un haut intérêt 
pour l'histoire contemporaine : c'est à la fois la biographie 
d'un homme et le récit des luttes et du triomphe d'une 
nation. » — The Athenœum. 



H 



« M. Th. Juste pouvait mieux que personne donner une 
biographie fidèle de Joseph Lebeau, par suite des relations 
qu'il avait eues avec cet homme d'État, et de l'étude parti- 
culière qu'il avait faite du drame de 1830-1831 dans son 
Histoire du Congrès national de Belgique. » — AUgemeine 
Zeitung (d'Augsbourg). 

« Il importe de ne pas oublier les hommes d'État qui, 
avec le roi Léopold, travaillèrent à la fondation et à l'affer- 
missement de l'État belge. Avec raison M. Juste a placé à 
la tête de ceux-ci Joseph Lebeau. ■■< — Europa (de Leipzig). 

« En se servant des souvenirs de M. Lebeau, le bio- 
graphe a donné plus d'importance encore à son œuvre et 
doté l'histoire belge d'un livre d'une haute valeur. » — Lite- 
rarisches Cenlralblatt. 



SI IU.ET DE CHOKIER. 

1 vol. in-8*. 

" M. Th. Juste, grâce aux documents inédits qui ont été 
mis à sa disposition, a pu retracer avec une grande exacti- 
tude tous les actes du Régent et les mobiles qui les avaient 
dictés. Son livre présente, sur beaucoup de points, l'intérêt 
qu'auraient les mémoires mêmes du personnage dont il 
retrace la vie. » — Journal de Liège. 

•i M. Th. Juste a écrit l'histoire du Régent et nul mieux 
que lui n'était en position de remplir ce devoir pieux, puis- 
qu'un concours de circonstances l'avaient rendu possesseur 
des papiers de Surlet et notamment de sa correspondance 
intime. » — Précurseur 




« Le volume que nous annonçons, consacré modestement, 
en apparence, au récit d'une seule vie, contient en réalité 
le tableau de toute une période de la révolution qui nous a 
affranchis. De plus, il révèle des faits importants jusqu'ici 
inconnus ou mal appréciés ; il offre, dans tous les sens du 
mot, l'attrait piquant de la nouveauté. » — La Meuse. 

« Tous les Belges qui aiment véritablement leur pays 
liront avec plaisir le livre de M. Th Juste et seront recon- 
naissants envers l'auteur. » — Écho de Liège. 

« M. Juste a eu le talent de faire aimer le caractère et de 
mettre en évidence les incontestables services de l'un des 
fondateurs de la monarchie nationale. » — Journal de 
Bruxelles. 






« Le nom de Surlet de Chokier, régent de la Belgique 
en 1 831 , est presque oublié de notre génération ; néanmoins 
le livre de M. Th. Juste, écrit avec conscience, sympathie 
et autorité, est fait pour être lu ailleurs qu'en Belgique. » 
— Bibliothèque universelle et Revue suisse. 

« C'est une attrayante peinture de ce personnage si 
remarquable et si intéressant. »—HeidelbergherJahrbiicher 
der Literalur. 

« Cette biographie éclaircit bien des points qui étaient 
restés obscurs dans l'histoire de la fondation du nouveau 
royaume de Belgique, et doit être considérée comme un 
document précieux. « — Hamburgischen Correspondenten. 

« Un historien belge, connu par de beaux travaux sur 
l'histoire nationale, M. Théodore .Juste , publie depuis 
quelque temps sous ce titre : Les Fondateurs de la monar- 
chie belge, une intéressante série de portraits politiques. 
Deux de ces portraits, ceux du régent de Belgique et du 
comte Le Hon, méritent plus particulièrement l'attention 
des lecteurs français. » — L'Avenirnational. 

LE COMTE LE HON. 

1 vol. in-8°. 

« Ministre du Régent et de Léopold I er près la cour des 
Tuileries, le comte Le Hon fut activement mêlé à toutes les 
négociations diplomatiques qui précédèrent l'élection du 
Roi, l'intervention française de 1831 et de 1832, la recon- 
naissance de la monarchie belge par l'Europe, et, enfin, le 
célèbre traité du 19 avril 1839. C'est là la partie vraiment 
historique du livre de M. Juste, et, nous devons le dire, 






10 






■ 






1 




H 111 




■ 










1 





cette partie présente un intérêt soutenu et jette un jour 
nouveau sur plusieurs épisodes de notre histoire contempo- 
raine. Outre un grand nombre de dépêches confidentielles 
et jusqu'ici inédites , nous y avons rencontré toute une 
collection de lettres autographes du roi Léopold 1 er . » — 
Journal de Bruxelles. 

« Au point de vue des révélations historiques, le nouveau 
livre de M. Juste est appelé à un grand et légitime succès. » 
— Étoile belge. 

.. L'ouvrage consacré au comte Le Hon n'a pas seule- 
ment une haute valeur pour la Belgique, mais il intéresse 
l'Europe entière par les données qu'il fournit sur l'établis- 
sement de la monarchie belge. » — Hislorische Zeitschrift. 

« C'est une histoire diplomatique, précieuse par les révé- 
lations et les documents inédits qu'elle contient. » — The 
Chronicle. 

CHARLES DE IlItOI < K ERE. 

1 vol. in-8'. 

« C'est un portrait fidèle, quoique rapidement esquissé. 
Nous connaissons peu de biographies d'une lecture plus 
attrayante; mais aussi nous connaissons peu d'existences 
plus laborieuses, plus noblement employées que celle de 
Charles de Brouckere, peu de caractères plus sympathiques, 
malgré ses brusqueries et ses caprices, légers défauts qui 
faisaient d'autant mieux ressortir ses grandes qualités. » — 
Indépendance belge. 

« Peu de carrières ont été aussi remplies que celle de 
Charles de Brouckere... La vie d'un tel homme est un 



]] 

exemple et une leçon; la notice que nous venons de lire 
nous parait destinée à devenir un livre populaire. » — 
Journal de Liège. 

* Le livre consacré à Charles de Brouckere vaut bien que 
l'on étudie la carrière de cet homme remarquable qui mon- 
tra un talent également éminent dans les positions si diverses 
qu'il occupa successivement. ■> — Schlesische Zeitung (de 
Breslau). 

LE COMTE DE III I I I VU Itl: 

1 vol. in-8". 

« M. Th. Juste vient de publier le septième volume de 
ses études sur les Fondateurs de la monarchie belge. C'est 
la biographie du comte de Muelenaere, rédigée d'après des 
documents inédits. Ce volume présente, comme les précé- 
dents, un vif intérêt pour tous ceux qui s'occupent de notre 
histoire contemporaine. » — Écho du Parlement. 

« M. Juste a très-habilement tiré parti des papiers inédits 
qui lui ont été communiqués par la famille de M. de Muele- 
naere. Les projets d'union douanière dont il a été question 
entre la France et la Belgique sous la monarchie de juillet, 
et dont l'ancien ministre des affaires étrangères fut l'un des 
plus persévérants adversaires, tiennent une place impor- 
tante dans ce nouvel écrit. .- — Indépendance belge. 

" Cette nouvelle page d'histoire est une œuvre utile et 
nationale. Elle jette une précieuse clarté sur les événements 
qui ont entouré la naissance et le développement de notre 
nationalité. Nous devons remercier M. Th. Juste d'avoir 
mis en lumière, avec l'autorité de son talent, tous les 



à 

détails de la belle et utile carrière du comte de Muelenaere.» 
— Journal de Bruxelles. 

u M. Th. Juste vient de publier, dans sa galerie des 
Fondateurs de la monarchie belge, la biographie de M. le 
comte de Muelenaere, ministre d'État, ancien ministre, l'un 
des hommes politiques éminents du parti catholique, dont 
on a pu dire avec vérité que son nom vivrait dans la 
mémoire de ses contemporains et passerait à nos descen- 
dants, car ce nom a été mêlé à tous les grands événements 
qui ont consacré notre existence politique, et il figure avec 
éclat dans les plus belles pages de l'histoire de notre régéné- 
ration. ■> — Étoile belge. 

LE I.IIOI Tl. V»\T 4.1 MU VI, COMTE (.OUI 11 II tIVIIII t 

1 vol. iii-8». 

« M. Théodore Juste, le consciencieux biographe des 
Fondateurs de la monarchie belge, vient de consacrer une 
intéressante notice à la carrière militaire, politique et diplo- 
matique de M. le lieutenant-général Goblet, comte d'Alviella, 
ministre d'Etat. L'auteur a tiré parti d'un grand nombre 
de documents inédits. » — Indépendance belge. 

« ... Ce volume renferme une assez longue série de 
documents inédits, qui jettent un jour nouveau sur les 
nombreuses et graves péripéties qui ont longtemps tenu en 
échec la constitution définitive de la Belgique. ...» — Journal 
de Bruxelles. 



. . . La vie du général Goblet nous présente aussi des 



13 

luttes, des contrastes, des vicissitudes. Soldat fidèle et 
loyal, il semble d'abord hésiter entre un gouvernement qui 
a méconnu ses services, mais qui a reçu son serment, et 
son pays qui fait appel à son dévouement et à son activité; 
rallié comme malgré lui au nouvel ordre de choses, lui- 
même se révèle un homme nouveau. Cet ingénieur, que la 
révolution a trouvé occupé à construire des fortifications, 
se trouve être un habile diplomate, et il va à Londres 
chargé de la mission difficile de contrecarrer Talleyrand et 
de persuader Palmerston. 

« Ces biographies sont écrites du style clair, simple, 
net, qui convient au genre. L'auteur est sobre de réflexions ; 
il laisse parler les faits et les personnages eux-mêmes : il 
cite beaucoup. Grâce aux nombreux documents mis à sa 
disposition, lettres et papiers de famille, il a pu mettre dans 
tout son jour le rôle joué par chacun des hommes dont il 
retrace la vie. Bien des faits restés jusqu'à ce jour dans une 
certaine obscurité, se trouvent ainsi éclaircis.... » — Écho 
du Luxembourg. 



« M. Th. Juste vient d'ajouter à la galerie des Fondateurs 
de la monarchie belge un nouveau portrait qui a droit d'y 
figurer ; c'est celui du lieutenant-général comte Goblet. 

» L'auteur rappelle la belle défense de Saint-Sébastien, 
qui fut pour le lieutenant du génie Goblet un beau titre de 
gloire et qui lui fit obtenir, à 23 ans, la croix de la Légion 
d'honneur; il rappelle la difficile et délicate négociation 
relative aux forteresses, confiée aux soins du général 
Goblet, par le roi Léopold I er et si habilement menée et 
terminée; il expose avec concision, mais avec clarté, les 
motifs de la détermination hardie par laquelle, devenu 



14 

ministre des affaires étrangères, le général mit en demeure 
devant la conférence le cabinet de La Haye de s'expliquer 
sur ses intentions réelles à l'égard du traité du 1 5 novembre, 
et il parcourt les phases successives de la carrière bien 
remplie de l'homme d'État dont il raconte la vie et les actes 
politiques. 

« M. Juste a pu enrichir sa relation de correspondances 
et autres papiers inédits qui jettent un jour nouveau sur 
les grandes affaires auxquelles M. Goblet a pris part, et 
joignent leur témoignage à celui des pièces authentiques 
sur les services qu'il a rendus au pays. • — Moniteur belge. 

n ... Ambassadeur à Londres et à Lisbonne dans les 
moments les plus difficiles, ministre des affaires étrangères, 
chargé à plusieurs reprises de missions d'une extrême 
délicatesse, M. Goblet s'est montré en toutes circonstances 
homme de caractère, esprit élevé, digne et loyal agent du 
grand diplomate couronné dont il avait la confiance.... •• 
— Journal de Liège. 



I 



LEOPOLD I", ROI DES BELGES. 

2 vol. in-8' ('). 

.. Cette biographie du roi Léopold I er n'est pas un de ces 
panégyriques où l'on célèbre toutes les vertus et tous les 

(') Leopold h king of Ihe Belgiuns, authorized translation by, Robert 
Black, M. A. London, Sampson Low et O, i vol. in-8'. 

Leopold I, Koning dei Belgier, nacta ungedruckten quellen, etc., 
deulsch von 0').-3. Balmer-Rinck, (Gotha, F.-A. Pertbes), in-8". 

Leven van Leopold 1, eerste koning der Belgen, naer het fransch 
van Th. Juste. (Gent, W. Rogghé), in-8». 



15 

mérites d'un monarque défunt. M. Th. Juste a voulu faire 
œuvre d'historien. Il a rassemblé les documents inédits, il 
est remonté aux sources pour ne rien ignorer de la carrière 
si longue et si remplie du roi Léopold I er , et il nous a donné 
un récit riche en faits, où les jugements sont impartiaux, 
où les détails sont intéressants. » — Indépendance belge. 

« 11 eût été difficile de mieux exposer la carrière si bril- 
lante que Léopold a parcourue comme soldat, comme prince 
et comme roi... M. Th. Juste s'est montré, dans son livre, 
historien impartial et calme... C'est l'œuvre austère d'un 
patriote qui comprend sa mission et qui la remplit avec 
conscience, équité et modération. » — Journal de Bruxelles . 

« Personne ne pourra écrire l'histoire de la Belgique 
indépendante, pendant le premier règne, sans puiser large- 
ment dans le livre de M. Th. Juste. » — Journal de Gand. 



« La biographie de Léopold I er présente un résumé com- 
plet, clair et bien divisé, de cette première et glorieuse 
partie de notre histoire nationale. » — Précurseur. 

» Les biographies des Fondateurs seront dans l'avenir le 
commentaire perpétuel le plus fidèle et le plus instructif 
de notre histoire pragmatique... Les meilleures qualités 
de l'historien brillent dans la biographie du fondateur 
de notre dynastie nationale, et quoiqu'il se soit attaché à 
peindre un homme plutôt qu'une époque, son récit et ses 
appréciations se distinguent ici par une ampleur et une 
portée peu communes. » — Journal de Liège. 

« Récemment un historien belge, dont l'impartialité n'est 



16 

contestée par personne, vient de publier, d'après des docu- 
ments inédits, une très-intéressante biographie du roi Léo- 
pold, qui nous permet de saisir l'ensemble de sa carrière. . .» 
— Revue des Deux Mondes. 



« Nous avons sous les yeux la deuxième partie de l'inté- 
ressant travail de M. Th. Juste sur le roi Léopold I". Ce 
travail se distingue par les qualités qui ont rendu le nom de 
M. Th. Juste populaire en Belgique : sincérité, clarté, sim- 
plicité. La dextérité du prince à ménager et à s'attacher 
les puissances voisines, la prudence proverbiale dont il fit 
preuve dans les circonstances critiques ou il se trouva en- 
gagé à l'intérieur et à l'extérieur, la bienveillante protection 
dont il couvrit toujours ses proches, sa fidélité inaltérable 
dans ses affections, tous ces principaux traits qui consti- 
tuent la figure imposante de Léopold I", surnommé le Nes- 
tor de l'Europe, ont été reproduits par M. Juste avec une 
vérité et aussi avec une expression dévouée dont le lecteur 
belgelui saura gré. Un grand nombre de lettres authentiques, 
de dépêches, de pièces diplomatiques, etc., etc., qui ont 
été communiquées à M. Juste et qu'il a reproduites à la fin 
de son volume, donnent une plus-value à son étude. » — 
Le Nord. 

« Sans tomber dans le ton du panégyrique, l'auteur a su, 
avec un chaleureux patriotisme, faire une peinture vivante 
du roi Léopold I"; se rendant l'interprète de la gratitude de 
son pays, il a rendu un légitime hommage au prince qui 
sut réaliser ces belles paroles : Tant que je vivrai, je servi- 
rai de bouclier à la Belgique. •> — Historische Zeitschrift. 

u Quoique l'auteur eût traité plus d'une fois avec succès 




17 

le développement récent de son pays, sa tâche n'était pas 
facile cette fois-ci. D'un côté, il ne devait pas blesser une 
nation qui pleurait encore un prince éminent ; de l'autre, 
l'historien avait une trop haute idée de sa mission pour 
accorder des louanges faciles et banales. Les deux extrêmes 
sont évités avec le même tact. Ce qui donne en outre une 
valeur durable à cet ouvrage, c'est l'emploi judicieux et la 
communication de documents restés inconnus. » — Litera- 
risches Centralblatt . 

« L'auteur de tant d'ouvrages remarquables nous donne 
ici, d'après des sources authentiques, un exposé fidèle de la 
vie et des œuvres de Léopold I", le célèbre fondateur de la 
dynastie et de la liberté belges. » — Osterreichische miii- 
tcirische Zeitschrift. 



Extraits des journaux anglais- 
ai A readable biography of the wise and good King 
Leopold is certain toberead inEngland. Theinterestof his 
life, unlike that of so many sovereigns, is not merely histo- 
rical. He acted a greatpart on a noble stage, and his name 
is in a measure associated with ail the stirring events of 
this century. The introduction to this biography of Leopold 
is the most interesting portion of the book. It describes 
the King in his study and in his home, the simplicity of his 
fastes, the energy of his character, his capacity for hard 
work, his love of science and gênerai literature, which 
included a spécial inclination for novel reading, his delight 
in fine scenery , and his passion for exercise. » — Daily 
News. 




BPS* rtt ' : 






i 



18 

« However frequently the late King of the Belgians was 
designated in his lifetime by the honourable title of the 
« INcstor of modem politics, » it wat never made so clearly 
apparent why he merited that title until this biography was 
written It is indeed delightful to follow M. Juste as he 
traces the eventful career of this eminent personage from 
the time of his being a cadet of the noble family of Saxe- 
Coburg, through his earlier days, when he took a prominent 
part in that eventful war, of the miseries of which the 
présent génération hâve very little cognizance or thought, 
during which he saw and conversed with Napoléon I, and 
Alexander of Russia, and attached himself to the one, whilst 
he repudiated the offer of promotion from the other ; and 
how afterwards he became the husband of the Princess 
Charlotte, to find, after a few mônths of happiness not often 
enjoyed by mortal man, ail his prospects blasted by her 
cruel and sudden death ; for we seem to pass through those 
eventful circumstances as in some rneasure participating in 
them. But it is when M. Juste cornes to record the causes 
of Leopold I, accepting the Crown of Belgium, and of the 
manner in which he raised that little kingdom to a pitch of 
unexpected prosperity and prominence which it never could 
hâve anticipated, that the real value ofthis biography is 
perceived. Having had the advantage of reading M. Juste's 
biography in the original French, no less than by means of 
Mr. Blaok's remarkably well-made translation, we are able 
to say that a more important contribution to historical 
literature has not for a long while been furnished, or one 
that will more positively demand and receive the claim of 
présent and future standard réputation. » — Bell's Weehly 
Messenger. 



19 

« The author has shown considérable industry in the 
collection of correspondance, and has accomplished his task 
in an enthusiastic spirit. He, moreover, writes agreeably, 
and sometimes even eloquently ; and he is so far impartial 
that he does not hesitate to record opinions adverse to his 
hero. M. Juste's book offers a sufficiently pleasant means 
of refreshing the memory, and of studying the character and 
career of a remarkable prince , who knew how to reap 
the full advantage of living in remarkable times. » — Pall 
Mail Gazette. 

« This translation of the complète memoirs, by Mr. Black, 
is executed, so far as a comparison of various correspond- 
ing passages in the two texte enables us to judge, with 
correctness, yet not without a graceful ease. This end is 
nnt often attained in translations so nearly verbal as this is : 
the book itself deserves to become popular in England . 'I he 
subject is of interest, and the story is narrated without 
excessofeitherenthusiasm or dépréciation. » — Alhenœum. 

« The interesting memoir of M. Juste gives us fresh 
détails of the various complications and conflicting circum- 
stances which affected the life of this popular sovereign. 
M. Juste is altogether a charming guide and companion. 
Much of the matter which M. Théodore Juste has collected 
is a new to us ; and in giving us a thoroughly readable and 
interesting book, he has increased our admiration for a man 
whose name and famé must last, and whose glory will 
increase, as Belgium each year becomes the nearer and 
dearer friendof England. » — The Examiner. 

« Circumscribed as are the limits of Belgium , its royal 






■20 



founder. Leopold I, will ever occupy a foremost place 
among the distinguished worthies of his âge. The rise of 
his fortunes and the development of his plans are the subjects 
of thèse volumes,, for which the author has obtained his 
materials from original documents, or from crédible and 
compétent informants. The whole narrative is so perfectly 
in accord with our own observations and the universal tes- 
timony of Europe, that we read it with confidence and 
trust in it with satisfaction » . — Morning Pop*<~^''Çp^ 




BruioHct. — l'w GoitmF.nrs, imp. du Bai, rue do Loiivn'm, 40. 






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